mardi 31 mars 2015

Contes modernes - 22

Dillon rentra par les transports en commun, rêveur. Jamais il n'aurait imaginé pareil déroulement à sa soirée.
A leur retour, Vivianne le tira sans ménagement du sommeil.
— Il a fallut que tu l'accapares ! Comment as-tu pu oser ? Une chance unique pour Violetta ou Virginia et tu l'as gâché !
Elle continua sur le même ton pendant plusieurs minutes avant de le laisser. Dillon se moquait des reproches injustifiés de Vivianne : il allait revoir Vic.

Rien ne put entamer la bonne humeur de Dillon les jours qui suivirent. Il se rendit à un centre de dépistage anonyme qui avait l'avantage d'être gratuit. Pour un résultat fiable, il y avait 3 mois de délai, mais Dillon prit la nouvelle de façon positive : Vic envisageait une relation sur la durée.
Dillon envoya un CV et une lettre de motivation pour devenir homme de ménage. Ce n'était pas vraiment son job de rêve,  et surtout dans ce cas, à quoi bon ses études ? Mais au moins, il était doué pour cela. Des années d'expérience qui lui avaient lui-même valu d'être considéré comme un « maniaque de la propreté. » Il pensait tout le temps à Vic, toutes les paroles qu'ils avaient échangées, leurs baisers, le moment où leurs corps s'étaient unis...
Le jour du rendez-vous, Dillon épousseta en fredonnant, tout guilleret. Vivianne lui reprocha  de lui casser les oreilles, comme si son bonheur retirait quelque chose au sien.
En fin d'après-midi, Dillon reçut une réponse décevante pour le poste d'homme de ménage. Faire le ménage chez lui ne le qualifiait pas. Il lui était recommandé de passer un CAP agent de propreté et d'hygiène.
Il ne se laissa pas abattre par la nouvelle grâce à la perspective de sa soirée avec Vic.
Le rendez-vous étant à vingt heures, Dillon s'occupa tôt des courses pour le repas du soir pour Vivianne, Virginia et Violetta et se lança tôt dans la préparation du dîner.
— Mais enfin, pourquoi es-tu déjà en cuisine ? s'étonna Vivianne.
— Je sors ce soir.
— Voir qui ? Tu n'as pas d'amis.
C'était douloureusement vrai. Avant Vic, personne ne l'avait jamais invité. Dillon ne sut quoi répondre.
— Eh bien, que vas-tu donc faire ?
Aucun brillant mensonge ne vint à Dillon. Même s'il prétendait sortir pour rencontrer du monde, cela ne plairait pas à Vivianne.
— Je vais dîner avec Vic Sanders, avoua-t-il, espérant que peut-être Vivianne, comme elle appréciait ce dernier, ne dirait rien.
Grave erreur.
— Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?! s'écria-t-elle. Pourquoi n'avons-nous pas été invitées nous aussi ? Qui d'autre sera présent ?
Elle fit une courte pause, grimaça et s'emporta :
— Ah ! Non, ce n'est pas vrai ! Il est comme toi. Un des ses affreux sodomites ! Dis-toi bien que c'est hors de question ! Si tu y vas, pas la peine de revenir !
Elle le menaçait de le renvoyer à la rue. Cela fit peur à Dillon. Il savait maintenant ce que c'était. Il ne voulait pas y retourner, pas recommencer à errer.

lundi 30 mars 2015

Contes modernes - 21

— Tu n'es pas doué, glissa Vic quand Dillon eut libéré sa bouche.
— Désolé.
— Non, c'est moi. J'aurais pu éviter de te le faire remarquer.
Dillon faillit avouer que c'était ses premiers baisers, que tout son expérience se résumait à la masturbation, mais finalement se contenta d'ôter sa veste, son cœur battant à cent à l'heure à l'idée d'être étreint par l'homme qui lui faisait face.
— Garde-la. Nous avons le temps, certes, mais de le faire dans les règles de l'art. J'ai quand même des bougies à souffler et des cadeaux à déballer.
Dillon se rappela de la bouteille choisie par Vivianne qu'il avait empaqueté avec soin et dont les avait débarrassés l'homme qui les avait introduit.
Tout ce que Dillon avait offrir, lui, c'était son corps.  Il était plein d'appréhension, mais aussi de désir. Il défit la boucle de sa ceinture et le bouton du pantalon avant de le baisser d'un geste résolu, en même temps que le caleçon, libérant son érection.
La main de Vic se referma à la base de son membre et remonta. Dillon était sûr à présent qu'il allait se réveiller d'un instant à l'autre sur le canapé du salon. Mais la main redescendit et une autre se plaqua sur ses fesses tandis que la bouche de Vic venait mordiller son oreille, arrachant un gémissement à Dillon.
Le jeune homme toucha l'entrejambe de Vic et sentit la chaleur que dégageait le sexe de ce dernier à travers le tissu. Il batailla avec la ceinture et la braguette à boutons, perturbé par les caresses de Vic qui finit par avoir pitié de lui et acheva le travail, faisant glisser le pantalon et le slip sur ses hanches.
Dillon effleura le pénis durci de Vic avant de le caresser, puis de faire rouler les bourses entre ses doigts.
Avec une hardiesse qu'il ne se connaissait pas, embarrassé par ses vêtements descendus, il trottina jusqu'au lit, posa les mains dessus ainsi que les genoux, gardant les fesses levées dans une position d'invite on ne peut plus explicite.
— Je prends un préservatif et du lubrifiant et je suis à toi.
Un claquement de tiroir de plus tard, Dillon sentit un doigt humide tracer le contour de son anus, appuyant doucement jusqu'à s'insinuer à l'intérieur. C'était une esquisse torture.
Il sentit ensuite la virilité de Vic frotter contre sa raie, puis finalement se presser contre son orifice et enfin, en lui.
Les mains de Vic s'emparèrent de son pénis et se mirent à aller et venir dessus, au même rythme qu'il bougeait à l'intérieur.
C'était bien plus satisfaisant que de se masturber et Dillon ne tarda pas à jouir. Vic s'activa encore un peu avant de pousser un léger râle.
Après une courte pause, il se dégagea. Dillon, bras et jambes faibles, resdescendit du lit. Il avait sali la couette avec son sperme.
Vic lui tendit une boîte de mouchoirs. Dillon essuya son sexe à la va-vite, remonta à la hâte son caleçon et pantalon et s'empressa de frotter la couette. Même en mettant un peu d'eau, ce ne serait pas formidable.
— Où ranges-tu les housses de couettes ? Je vais te la changer.
Vic le fixa, interloqué.
— Tu es un maniaque de la propreté ? C'est sur le dessus. Je ne suis même pas sûr de me coucher dedans ce soir... Je demanderai à ce qu'elle soit changée demain.
— Je peux le faire, murmura Dillon embarrassé.
Ce n'étant pas tant qu'il était un fanatique de la propreté qu'il avait l'habitude de s'occuper du ménage.
— Retournons plutôt à la fête.
— Je vais rentrer.
— Déjà ?

Moins d'une demie-heure s'était écoulée et il était encore tôt, mais Vic allait à coup sûr se consacrer à ses autres invités et Dillon ne se voyait pas rester debout dans un coin. Assis éventuellement, et encore...
— Je ne suis plus en état d'aller danser, répondit-il.
Les yeux bleu de Vic pétillèrent et il lui adressa un beau sourire.
— Tu es amusant... Cela te tente de revenir pour dîner en tête-à-tête d'ici quelques jours ?
Dillon accepta, ne croyant pas à sa chance. Il avait honnêtement pensé que les choses allaient s'arrêter là. C'était déjà assez incroyable comme ça que cet homme fascinant l'ait embrassé et ait couché avec lui.
Ils discutèrent du jour et de l'heure en regagnant l'étage où se déroulait la fête.
— N'hésite pas à faire les tests. Je te montrerai les miens, dit Vic juste avant qu'ils ne replongent dans la foule et ses bruits.
Vic fut aussitôt interpellé et Dillon, après l'avoir observé encore un petit moment de loin, s'en fut.

vendredi 27 mars 2015

Contes modernes - 20

Dehors, sur le balcon, le vent d'octobre soufflait fort. Dillon serra les bras contre son torse tandis que Vic s'excusait de ne pas avoir pensé à ce détail.
— Le paysage en vaut la peine, déclara Dillon en toute sincérité.
La ville s'étendait en effet sous leurs yeux, scintillant de centaines de petites lumières.
— Tu veux que j'aille nous chercher des manteaux ?
Dillon secoua la tête. Pas question de déranger son hôte.
— J'ai froid aussi, précisa Vic.
Et, se mettant dans le dos du jeune homme, il l'enveloppa de ses bras.
Personne n''avait plus étreint Dillon ainsi depuis la mort de sa mère. Cette chaleur l'émut et sa vue se brouilla. Il ferma les paupières et abandonna sa tête en arrière sur l'épaule de Vic. Une bouche exigeante recouvrit alors la sienne. Dillon, en dépit de sa surprise, entrouvrit spontanément les lèvres et la langue de Vic s'insinua en lui.
C'était donc ça un baiser.
Le jeune homme poussa un léger soupir quand Vic le relâcha et rouvrit les yeux. Vic le regardait. Dillon sourit. Vic ne le trouvait pas répugnant, il l'avait embrassé. Qu'il l'aime, comme lui, n'était bien sûr pas envisageable...
— Rentrons, dit Vic avec brusquerie.
Ils repassèrent devant le lit. S'imaginant quel effet cela lui ferait d'y être caressé, Dillon marqua un temps d'arrêt devant qui n'échappa pas à Vic.
— Je ne t'ai pas fait monter pour coucher avec toi... Je reconnais toutefois que j'avais bien l'intention de te séduire. Après, si tu en as envie, c'est différent. Cependant, pas de fellations ou rapports non protégés sans que tu aies fait des tests de dépistage pour les MST.
Dillon resta interdit. Vic ne s'était-il donc pas rendu compte qu'il était totalement sous son charme ? Pas besoin de le séduire, c'était déjà fait, presque depuis le moment où il l'avait aidé à enfiler sa chaussure. Par ailleurs, la notion de séduction avait un côté romantique qui contrastait étrangement avec le pragmatisme des propos. Vic pouvait bien taxer son oncle de franchise, il était bâti sur le même modèle.
Vic se rapprocha et l'embrassa à nouveau. Sous l'effet de sa bouche qui goûtait à la sienne, Dillon se sentit à l'étroit dans son pantalon.
— Personne ne va s'étonner si ton absence se prolonge ? demanda-t-il d'une voix altérée.
Il avait envie que Vic le touche davantage. Sa peau le brûlait. Et, puisque Vic voulait miraculeusement bien de lui, il se moquait du reste. C'était maintenant ou jamais. La vie était pleine d'imprévus, tout pouvait basculer, il le savait depuis la mort de sa mère, le débarquement de Vivianne et ses filles le lui avait confirmé et son passage dans la rue le lui avait rappelé à la dure.
— Cela a  beau être mon anniversaire, beaucoup de gens ne sont là que pour le buffet et se faire voir. Enfin, il y en a aussi qui sont venus pour me faire plaisir. Cependant, la fête devrait durer jusqu'au petit matin, donc, non, ce n'est pas un problème.
Dillon, lui, n'était pas supposé dépasser minuit selon les exigences de Vivianne. Il avait toutefois encore  deux  heures devant lui... Il s'essaya à donner un baiser.