vendredi 29 août 2014

Le garçon fée - 224

Cependant, la vision ne disparaissait pas. La voix enchanteresse de Relhnad retentit alors :
– Désolé de te réveiller en pleine nuit, mais j'ai eu toutes les peines du monde à trouver, puis infiltrer cette pièce sans que la directrice n'apprenne ma visite.
– C'est vraiment vous ?
Zibulinion n'osait y croire : et si jamais c'était là une nouvelle manière de le torturer de la directrice ? N'avait-il pas peiné à finir cet ouvrage sinistre sur toutes les horreurs commises par les sorcières contre les fées dans les temps anciens ?
– Pas en chair et en os, hélas. Je n'ai réussi qu'à envoyer une projection de moi-même.
C'était pour ça qu'il était translucide et intouchable.
Relhnad continua :
– Tu vas bien, Zibu ? Elle ne t'a fait aucun mal ?
– Ça va. Elle m'oblige à étudier et je suis coincé ici.
– Pour le moment, je ne sais pas comment te faire sortir, mais je te promets que je trouverai. Cela me prendra peut-être encore des semaines, mais...
– Nous sommes quel jour au juste ? demanda Zibulinion.
– Le 3 novembre.
L'adolescent fut suffoqué. Plus de trois mois s'étaient écoulés... Son anniversaire était passé sans même qu'il le sache. Ses 18 ans. Même si personne ne lui avait jamais fêté, cela faisait bizarre.
– J'avais perdu le compte, je n'avais pas réalisé que cela faisait autant de temps que cela que j'étais enfermé... balbutia-t-il, les larmes lui montant aux yeux.
– Dès que je me suis rendu compte de ta disparition, j'ai interrogé la directrice qui m'a dit que tu étais en sécurité et que je n'avais pas à m'occuper de toi. Je suis revenu à la charge, mais elle a refusé de me laisser te voir. D'après elle, en tant que tutrice, elle avait le droit de te séquestrer  pour ton propre bien, pour te protéger de notre relation « malsaine » qu'elle exposerait si je continuais à la déranger. J'ai choisi de communiquer le problème de ton enfermement au Comité, mais elle a dû étouffer l'affaire en interne, car je n'ai reçu aucune réponse. Dans le même temps, tes trois amis se sont adressés à moi, inquiets de ta disparition.
– Ils vont bien ? Et ma famille aussi ?
– Oui, ne t'en fais pas pour eux. J'ai dissuadé tes amis de se manifester auprès de Validocielle. Cela aurait été courir au devant des ennuis ou de pertes de mémoires.
– Elle n'a pas essayé de vous contraindre à m'oublier ?
– Je sais me protéger... D'ailleurs, au cas où elle se déciderait à jouer avec ta mémoire, je ferais mieux de t'apprendre un sort...
Zibulinion, malgré sa fatigue, écouta attentivement les explications de son professeur bien-aimé.
C'était merveilleux que Relhnad soit là, mais douloureux de ne pouvoir se blottir contre lui.
– J'ai compris, dit-il finalement, étouffant un bâillement.

jeudi 28 août 2014

Le garçon fée - 223

Dans cette pièce privée de lumière et coupé du monde, rythmées par des plateaux repas dont il ne savait s'il correspondait à de véritables horaires, Zibulinion perdit vite la notion du temps. Toutes ses tentatives pour s'échapper échouaient les unes après les autres. Chaque fois, cela le mettait en retard dans les lectures que lui imposaient la directrice et chaque fois il récoltait un sort punitif perturbateur qui ne prenait fin que longtemps après.
Successivement, il perdit le goût, l'odorat, l'ouïe. Son corps le démangea à différents endroits et fut traversé par diverses sensations de chaud et de froid. Le plus terrible, c'était de ne jamais savoir ce qui allait tomber. Cela le démotivait au point qu'il espaçait de plus en plus ses essais pour s'évader.
Parfois certains livres l'absorbaient si bien qu'il oubliait son enfermement, mais la plupart du temps, il en souffrait. Relhnad lui manquait terriblement, son sourire, ses baisers, sa gentillesse, son étreinte pomme-cannelle. Il devait se faire du souci pour lui et ses amis également. Le cherchaient-ils ?
Au bout d'un moment, Zibulinion, découragé par ses multiples échecs, ne pouvant plus supporter ses pénibles punitions surprises, renonça à s'enfuir et se focalisa sur ce que Validocielle voulait qu'il étudie, n'accordant que de rares pensées à Relhnad, ses amis et sa famille. Quand il songeait trop à eux, c'était pire. Souvent, toutefois, il rêvait d'eux. Les contacter par ce biais s'était hélas révélé impossible, mais demeuraient les rêves naturels, induits par aucune magie.
Certaines nuits, il était à table entouré par Relhnad, Waltharan, Neyenje et Folebiol. Non loin Zurmmiel, Joathilde et Rozélia jouaient sous l'œil bienveillant du père de Zibulinion. D'autres, Relhnad l'embrassait jusqu'à perdre haleine, lui faisant l'amour.
Toujours, il se réveillait seul face à une monstrueuse pile de bouquins à lire, sans compter les devoirs que les professeurs transmettaient à la « pauvre Aurobika malade » C'était ironique que le mensonge de Zibulinion à Nawolida soit en quelque sorte devenue vérité. Ni elle ni Lubicielle n'avait dû s'étonner de cette soudaine maladie d'Aurobika.

Une nuit, alors qu'il dormait à poings fermés, Zibulinion crut entendre Relhnad l'appeler. Il se tourna et retourna dans son lit, s'agitant tant et si bien qu'il en tomba, se réveillant brusquement.
Un Relhnad pâle et fantomatique flottait dans la pièce. Zibulinion leva la main vers lui, mais ne rencontra que le vide. L'adolescent se frotta les yeux, croyant halluciner.

mercredi 27 août 2014

Au Zoo Interplanétaire - 35

Ils avancèrent jusqu'à une immense flèche tourbillonnante au moins aussi haute que la tour Eiffel. Pieuvre discuta avec d'autres extraterrestres, fit demi-tour. Merwan n'eut d'autre choix que de le suivre jusqu'à un étroit bâtiment rectangulaire où Pieuvre acheta un bracelet qu'il referma sur la cheville de Merwan. Ils revinrent ensuite à la flèche où Pieuvre reçut un tissu bleu qu'il enfila à Merwan comme si ce dernier avait été incapable de s'habiller seul. C'était le premier vêtement que Merwan portait depuis des lustres et avec, il se sentit un peu moins vulnérable.
Un rayon provenant de la flèche les attira jusqu'à une porte. Un extraterrestre rond aux yeux plissés les entraîna dans les profondeurs de ce qui devait être un autre engin spatial.
Autour de lui, tout était si différent de ce que Merwan connaissait, que c'en était épuisant. Cela ressemblait à, c'était comme, c'était une espèce de... Mais au fond, il ne savait jamais ce que c'était et toujours il baignait dans l'incertitude.

                                                                                 *
BM1 alias Bimm regardait partout avec de grands yeux écarquillés. Il était stressé, cela ne faisait aucun doute, mais dans l'ensemble, il résistait bien. Il aurait pu paniquer, s'agiter dans tous les sens, mais au lieu de cela, il suivait sagement. C'était juste dommage que tant de nouveautés ne le tire pas du silence dans lequel il s'était enfermé. Zyxxx n'allait toutefois pas se plaindre que tout se déroule sans anicroche. Pour le moment, la seule chose à déplorer, c'était d'avoir oublié d'acheter un bracelet anti-grav. De façon astucieuse, une boutique en vendait près de la zone de décollage, si bien que cela ne les avait pas trop retardés.
Le responsable des placements, un Ovalorien, l'enjoignit à s'installer dans les sièges – l'appellation était trompeuse et datait des fusées de la précédente génération, car c'était désormais des caissons où l'on se tenait debout.
Zyxxx poussa gentiment Bimm dans celui côté hublot. La ceinture de sécurité se referma automatiquement avec un petit clic réconfortant.
Durant la première partie du voyage, Bimm ne bougea pas, les yeux rivés vers l'espace étoilé qui les environnait, puis il se tortilla comme un désespéré avant de se figer avec une expression que Zyxxx ne sut interpréter.
Il le devina inquiet quand la fusée se scinda en plusieurs plus petites, chacune à destination de planètes différentes.
A mi-parcours, Zyxxx donna à Bimm un comprimé alimentaire, mais ce dernier le recracha. Zyxxx ne se découragea pas et l'obligea ultimement à en avaler un.
Enfin, ils arrivèrent à destination. Les tentacules de Zyxxx se mirent à frétiller. Il était de retour chez lui.
Une fois qu'ils se furent éloignés du secteur de l'aéroport, le nombre d'étrangers diminua grandement. Cela faisait bizarre à Zyxxx d'avoir autant d'individus de son espèce autour de lui, mais c'était agréable. Il entraîna joyeusement Bimm à sa suite.