lundi 31 mars 2014

Le garçon fée - 179

– Répète-moi ça.
– J'ai fait de la sorcellerie. Juste une fois, murmura Zibulinion.
– Les fées ne peuvent pas faire de la sorcellerie, ce n'est même pas interdit, c'est juste impossible. Du moins, je le croyais. Et tu as réussi ?
– Oui. Je suis parvenu à transformer la chouette dans un sens, puis dans l'autre. La sorcellerie ressemble furieusement à la féerie. Je pense que toutes les fées, si elles le souhaitaient,  pourraient en faire.
– Ne compte pas sur moi pour essayer et vérifier ! Trop tabou à mon goût ! En attendant, tu es une énigme à toi tout seul. Tu sembles capable de tout...
– Relhnad aussi dit ça...
– Le professeur de sorts ? C'est lui qui a repéré le premier ta puissance magique, n'est-ce pas ?
C'était aussi lui qui lui avait permis de faire de la magie tout court, de déployer véritablement ses ailes, lui qui avait affirmé que l'adolescent était beau...
Zibulinion acquiesça en rougissant, espérant que le rendez-vous  avec Relhnad se passerait bien. A lui, il ne lui avait pas encore avoué son expérience de la sorcellerie... Waltharan, Dame Nature soit louée, n'était pas aussi catastrophé qu'il l'avait imaginé.
– Tu as encore des choses à me révéler ?
Zibulinion hésita. Le fée des plantes ne fut pas dupe.
– Allez, crache le morceau.
– Je suis amoureux de Relhnad.
– Ça, je l'avais plus ou moins deviné. Tu as tendance à t'empourprer quand son nom vient dans la conversation.
Être aussi transparent était terriblement gênant.
– Tu crois que d'autres personnes l'ont remarqué ?
– Tu ne bavardes pas avec des tonnes de gens. Mon pauvre, tu te payes encore un amour à sens unique.
– Peut-être... Mais Dalynaida, c'était lui.
Waltharan secoua la tête.
– Avec tout ce que tu viens me raconter, je suis tenté de croire que tu es devenu fou. Mais admettons. Pourquoi aurait-il fait ça ?
Zibulinion se rappela alors d'une autre chose qu'il avait gardé pour lui : sa première fois avec Neyenje.
– C'est compliqué.
– Ah non ! Maintenant que tu as commencé, tu dois aller jusqu'au bout!
Se décharger de tous ses secrets était effrayant, mais libérateur, aussi, d'une voix extrêmement basse - ils étaient dans la rue quand même - Zibulinion avoua tout.
– Laisse-moi résumer... Tu as couché à la bibliothèque entre deux rayonnages avec Neyenje, coureur de jupons dont la réputation n'est plus à faire, Relhnad a deviné quelque chose, a voulu en savoir plus et a pris une fausse identité pour ça, parce qu'il t'aime lui aussi. C'est du pur délire ! En même temps, ça ne s'invente pas...
– Je n'y pas crois pas non plus, soupira Zibulinion.
Waltharan lui adressa un sourire.
– Tu as encore des révélations à faire ?
– Non, plus aucune.
Le fée des plantes savait les grandes lignes,  restait juste les détails qui, eux, faisaient partis des fleurs de son jardin secret.

vendredi 28 mars 2014

Le garçon fée - 178

Le jour de son rendez-vous avec Waltharan, Zibulinion était sur les nerfs. Comme c'était la première fois qu'il voyait le fée des plantes à l'extérieur, il eut du mal à le reconnaître sans ses ailes, avec son banal jeans et sa veste.
Waltharan avait choisi comme lieu de rendez-vous un fleuriste. Plutôt qu'ils fassent un tour dans la boutique, Zibulinion suggéra qu'ils déambulent sans but.
Dès qu'il se fut assuré qu'il n'y avait personne autour d'eux, il trouva en lui le courage d'aborder le sujet d'Aurobika.
– L'année prochaine, je serais à Valeaige sans y être...
– Ce qui veut dire...?
– Je serais sous une illusion en permanence.
– Ordre de la directrice ? Comme à Daroilak ?
Zibulinion hocha la tête et ajouta :
– Normalement, je ne devrais pas t'en parler.
– Le contraire eût été étonnant. C'est mystérieux quand même qu'elle t'oblige à tout ça. Et ta mère, elle en pense quoi ?
– Elle n'en sait rien.
– Même si Validocielle est directrice d'école et membre du Comité, je me demande si elle a le droit... A moins que tu ne sois volontaire ?
– Mais non ! Noinilubiza m'a servi de leçon.
Waltharan eut une moue dubitative. Il n'avait pas l'air de lui avoir complètement pardonné cette tromperie, mais au moins il ne l'avait pas jugé de suite coupable de ce qui lui arrivait.
– Je serais ton ami qu'elle que soit ton apparence.
Zibulinion se sentit respirer plus librement à cette affirmation. Peu importe les griefs qui restaient à Waltharan s'ils ne remettaient pas en cause leur amitié.
– Merci.
– Entre les problèmes que tu as et ceux que tu vas chercher, tu es toujours jusqu'au cou dans les ennuis... Enfin, du moment que tu ne me fais pas de cachotteries, tout me va.
L'air manqua à nouveau à Zibulinion. Des secrets pour le fée des plantes, il en avait encore des tas : sa correspondance avec Antenhyo, son expérience avec la sorcellerie, sa  triple spécialité, la vérité sur Dalynaida, son amour pour Relhnad...
Tout révéler, c'était risquer de le perdre, mais tout garder pour lui signait de toute façon à terme la destruction de leur amitié. Son manque d'honnêteté avait déjà bien failli tout détruire entre eux.
– J'ai le droit à un jardin secret, non ? demanda Zibulinion, espérant pouvoir ainsi s'en sortir.
Waltharan lui jeta un drôle de regard et s'exclama :
– Je savais bien que tu n'avais pas vidé tout ton sac ! Tu peux me faire confiance pourtant !
Zibulinion choisit de commencer par le moins compromettant : le fait qu'il était des bois, des plantes et des rêves.
Waltharan y réagit bien et le crut sans mal. Il avait déjà constaté son affinité avec les plantes, le savait inscrit dans les bois et cela collait avec l'intérêt que portait la directrice à l'adolescent.
Zibulinion enchaîna avec sa correspondance avec Antenhyo. Waltharan étant déjà au courant de sa bonne relation avec le sorcier mal peigné, il ne prit pas mal la chose.
– J'espère pour toi que personne ne tombera sur le corbeau messager.
Zibulinion hésita à poursuivre ses révélations et tâta le terrain avant de se lancer :
– Tu as déjà remarqué à quel point féérie et sorcellerie sont proches ?
– Les sorcières et les fées sont aussi différentes que la nuit et le jour.
– Je nie pas, mais les principes qui régissent nos magies sont similaires.
– Où veux-tu en venir ?
– J'ai métamorphosé une chouette en crapaud avec un sortilège que m'a appris Antenhyo.
Voilà, il l'avait dit.
Waltharan l'attrapa par le bras et s'immobilisa sur le trottoir, obligeant Zibulinion à faire de même.

jeudi 27 mars 2014

Le garçon fée - 177


A l'appartement, Alysielle accueillit Rozélita sans daigner accorder un regard à Zibulinion.
L'adolescent gagna en vitesse sa chambre. Il demanderait plus tard à sa petite sœur comment s'était déroulée sa chasse au trésor. Il hésita à déballer son sac - était-ce bien utile pour une semaine ? - et s'attela finalement à la tâche. Il tomba sur l'avion en papier et le huma en serrant la lune accrochée à son cou, cherchant à se persuader qu'il était vraiment aimé en retour par Relhnad. Il songeait à lui, rêveur quand sa mère entra, le faisant sursauter.
– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il avec nervosité en fourrant l'avion dans un des tiroirs de son bureau.
– Je voulais m'excuser... déclara Alysielle en tordant une de ses longues mèches de cheveux blonds autour de son index.
Zibulinion attendit la suite qui ne vint qu'après un long silence.
– Je n'ai jamais su quoi faire de toi... Validocielle, la directrice de Valeiage semble convaincue que tu es un fée d'exception. Tu seras entre de bonnes mains.
Et pourtant, elle se sentait coupable, sinon, elle ne serait pas là, en train de se justifier. Cela consola un peu Zibublinion de son abandon. Cependant ce n'était pas assez pour qu'il lui pardonne.
Alysielle continua :
– Un enseignement à part te sera profitable. J'ai déjà prévenu ta sœur que tu aurais un tuteur privé et qu'elle risquait de ne plus te voir du tout à l'école, même si tu y serais.
Zibulinion réalisa alors que la directrice n'avait rien dit, même à sa mère sur « Aurobika », et qu'elle l'avait baratinée honteusement sur la nécessité d'une éducation spéciale. Sa mère se serait-elle laissée convaincre si elle avait su toute la vérité ? La crainte que lui dire ne change rien retint Zibulinion. Il se contenterait de la vague culpabilité de sa mère.
– Montre toi gentil avec ta petite sœur avant ton départ, lui recommanda-t-elle.
Comme si elle avait besoin de le lui préciser ! Zibulinion acquiesça néanmoins.

Le lendemain, Rozélita lui fit la tête et Zibulinion eut le plus grand mal à l'amadouer. Elle ne voulait pas entendre que cela ne changerait pas grand chose puisque de toute façon, Alysielle lui avait interdit de lui parler à l'école. Pour leur correspondance, Zibulinion ne savait pas trop comment ils pourraient la continuer et c'était là que le bât blessait le plus. Si Rozélita boudait, Tania, en revanche, était tout sourire. Bientôt son encombrant frère par alliance ne serait plus dans ses jambes, et ce pendant un an. Il n'était en effet plus question que Zibulinion rentre pour les vacances. Valeiage prenait des allures de prison.
Les choses ne déplaisaient pas non plus à Viktor. Il était ravi et même presque aimable avec Zibulinion, ce qui était bizarre et inconfortable vu sa froideur lors de ses derniers séjours. De son côté, Alysielle faisait à chaque repas les plats préférés de l'adolescent.
Dans cette atmosphère étrange, Zibulinion ne savait pas trop sur quel pied danser. Il parvenait à peine à lire. Il était trop préoccupé pour cela et avait presque hâte que cette période de transition soit finie.