vendredi 28 février 2014

Le garçon fée - 167

Zibulinion se pinça le bras et eut mal. Il était réveillé. Il était donc en train de délirer. Il était impossible que Relhnad soit en train de lui dire qu'il l'aimait tout en lui faisant comprendre que cela ne pourrait jamais marcher.
– Vous êtes vraiment amoureux d'un garçon comme moi qui suis si peu... si moche ?
Sa voix trembla sur le dernier mot.
– Tu es beau, objecta Relhnad sans une once d'hésitation.
Des larmes perlèrent dans les cils de Zibulinion. Il avait toujours voulu que quelqu'un le lui dise, même si c'était faux.
Relhnad se rapprocha de lui.
– Tu ne me crois pas, hein ? Pourtant, tu l'es. J'adore tes grands yeux, la courbe de ton nez, la forme de tes lèvres, les plis de ton front quand tu te concentres, tes mains larges...
– Mais je suis gros et terne, coupa Zibulinion.
Relhnad secoua la tête et déclara :
– Tu es solide, tout en moelleux et rondeur. Tes cheveux et tes ailes ont la chaude et profonde couleur de la terre.
Les larmes roulèrent franchement sur les joues de Zibulinion. Le professeur de sorts était sincère.
– Ne pleure pas, dit Relhnad, en caressant du dos de la main les joues mouillées de l'adolescent.
Zibulinion frémit. C'était si doux, si infiniment bon...
– Je vous aime.
Relhnad lui sourit, sans lui répondre. Ses propres sentiments, il les avait reconnus sans les exprimer explicitement.
Zibulinion reprit d'un ton hésitant :
– Et vous... Depuis quand... ?
– Plus longtemps que toi. Tu m'as intéressé à l'instant où je t'ai vu. Tu changeais agréablement de ces fils de fer androgynes. Cependant, tu m'as conquis le jour où tu as hésité à porter mon doigt à ta bouche pour les besoins du sort. Sans vouloir me vanter, je plais aux hommes comme aux femmes, fées ou humains, et tout le monde se jette dans mes bras, alors ta réaction m'a charmé. Ton potentiel magique m'a ensuite ébloui... Ta timidité, ton intelligence, ta gentillesse... Plus je te découvrais, plus tu me fascinais.
Zibulinion n'arrivait pas à y croire. Jamais il ne s'était douté, mais il n'avait osé supposé que Relhnad était attiré par lui. Même quand il l'avait soupçonné d'être Dalynaida, il ne s'était pas imaginé une chose pareille. Ce n'était pas parce que la fée blonde l'avait regardé quand il lui avait demandé si elle avait quelqu'un en vue, que cela voulait dire nécessairement que cette personne, c'était lui. Bien sûr, il s'était posé la question, mais c'était une des raisons pour laquelle il s'était dit que son hypothèse sur la véritable identité de Dalynaida ne tenait pas debout.
– Vous n'avez jamais rien laissé transparaître quoique ce soit ni cherché à me voir ni rien alors que nous sommes au même étage...
– Cela n'a pas toujours été facile. Mais je n'ai pas le droit de ressentir ça pour toi. Tu es si jeune. Par trois fois, je n'ai pas su résister à la tentation d'être plus proche de toi et j'ai fait n'importe quoi...
– Par trois fois ? répéta Zibulinion.
Il voulait savoir, alors seulement, peut-être il parviendrait à réaliser que c'était vrai, que Relhnad l'aimait de la même façon que lui.

jeudi 27 février 2014

Le garçon fée - 166

Durant le cours de sorts, Zibulinion scruta le visage de Relhnad, mais rien dans l'attitude de ce dernier ne laissa supposer qu'il se souvenait du rêve.
Zibulinion se décida donc à infiltrer les songes du professeur de sorts une seconde fois : le tunnel de brume, le visage endormi de Relhnad, fabuleusement beau et enfin, l'univers cotonneux.
Zibulinion s'étonna de se retrouver  exactement dans le même décor. Il s'y mouva en silence jusqu'à ce qu'il repère Relhnad. Le professeur était à nouveau en compagnie du sosie de Zibulinion. Ils étaient nus tous les deux. Le sosie de Zibulinion était à quatre pattes, fesses en l'air. Relhnad, derrière, allait et venait, une main sur le pénis du sosie, l'autre jouant avec l'un des tétons.
Zibulinion dut s'y reprendre à deux fois pour sortir du rêve et se retrouva en sueur dans son lit, sa chemise de nuit mouillée de sperme.
Il venait de se nettoyer magiquement quand Relhnad se matérialisa dans sa chambre, le visage furieux, son peignoir bleu nuit non noué, ne cachant pas grand chose de la splendeur de son corps.
– Il est interdit de se promener dans les songes d'autrui sans leur consentement !
Zibulinion sentit le sang monter à son visage et il se recroquevilla sur son lit.
– Pardon, pardon. Je ne sais pas comment j'ai fait ça, je regrette d'avoir projeté mes désirs dans vos rêves...
Sans se défaire tout à fait de son énervement, Relhnad manifesta de la surprise :
– Mais qu'est-ce que tu racontes ? C'est ma magie qui était à l'œuvre, pas la tienne...
Zibulinion se demanda s'il avait bien entendu. Il tenta de justifier son intrusion en évoquant Dalynaida, mais il n'eut pas l'impression que ses propos faisaient sens.
Relhnad inspira profondément et vint s'asseoir sur le lit de Zibulinion où il réajusta son peignoir.
– Je te dois des explications et des excuses aussi... C'est moi qui manipule ma manière onirique pour te faire l'amour.
Zibulinion devait rêver. Il avait dû s'endormir. Son professeur ne pouvait avoir prononcé ces mots.
Mais Relhnad continua :
– Je sais qu'en tant qu'enseignant, je ne devrais pas m'autoriser, même en songe, à faire ça avec un de mes élèves, mais je ne suis qu'un fée, loin d'être parfait, même si les autres sont prompts à me mettre sur un piédestal... J'avoue. Dalynaida, c'était moi. J'étais jaloux. Je voulais savoir qui avait eu la chance de t'initier au plaisir des sens.
Zibulinion fut horrifié que Relhnad soit au courant. Par quel sort avait-il su ?
– Comment... ? souffla-t-il.
– Quand tu es venu te doucher. Je l'ai déduit à ta démarche de canard conjointe à ton embarras. Je m'étais persuadé que tu en étais venu à avoir des sentiments pour moi et la chute a été rude. J'ai crée Dalynaida dans le but d'apprendre qui était le chanceux parmi les fées de Valeaige. Je me suis d'autant plus piqué au jeu que c'était plaisant d'être avec toi sur un pied d'égalité. J'ai été heureux d'entendre que c'est moi qui occupais la première place dans ton cœur...
– Dalynaida... Enfin, vous vous êtes indigné.
– Une part de moi l'est, mais l'amour ne se raisonne pas, ce qui n'empêche pas, qu'entre nous, c'est impossible. Je suis ton professeur, tu es mon élève et nous avons dix neuf ans d'écart.

mercredi 26 février 2014

Le garçon fée - 165

Zibulinion sans préciser qu'il soupçonnait Dalynaida d'être le professeur de sorts, révéla à Waltharan qu'il la croyait n'être qu'une illusion. Le fée des plantes se moqua gentiment :
– Ce n'est pas parce que toi, tu es un maître à ce jeu que tout le monde est capable de ce genre de truc. Enfin, si jamais tu as raison, ce serait l'arroseur arrosé...
Zibulinion se tourmenta encore pendant plusieurs jours, puis se résolut à entrer en douce dans les rêves de Relhnad.
Une fois sa décision prise, il révisa le sort permettant d'entrer dans les songes d'autrui et en fabriqua un de son cru afin que son intrusion soit discrète. Cela l'occupa deux bonnes semaines. Une fois prêt, il tergiversa, peaufinant son sort, repoussant de jour en jour le passage à l'action.
Si jamais Relhnad le repérait, malgré ses précautions... Mais Dalynaida ne réapparaissait pas et il ne pouvait oublier ce goût de vanille sur ses lèvres.
La fin de l'année approchant, il se lança finalement. Couché dans son lit, baguette sous son oreiller, il usa de sa magie.
Tout devint brumeux, il entraperçut Relhnad enfoncé dans le nuage qui lui servait de lit, ses épaules nues dépassant de la couverture et soudain, il fut projeté dans un univers cotonneux bleuté qui n'avait ni sol ni plafond.
Zibulinion avança en battant sans bruit des ailes à la recherche de Relhnad. Il l'aperçut entre deux masses nuages, à quelques mètres, allongé sur le dos, nu. Sa longue verge était dressée. Il tendit les bras et une silhouette familière se pencha sur lui : un sosie de Zibulinion, rougissant, ne portant également pas l'ombre d'un vêtement et à l'excitation visible. Il embrassa Relhnad à pleine bouche, laissant le professeur haletant, puis il les écarta les jambes de ce dernier, les souleva et s'enfonça en lui, arrachant un gémissement à Relhnad qui se cambra, paupières mi-closes.
Zibulinion quitta aussitôt le rêve et se retrouva en sueur dans son lit, son pénis tendu comme un arc. Il l'effleura et jouit instantanément. Il avait dû se tromper quelque part dans ses sorts, c'était impossible que Relhnad rêve de lui de cette façon. Était-il entré dans son propre songe ? Non, cela ne tenait pas debout. Peut-être avait-il magiquement projeté ses désirs, transformant le rêve de son professeur ? Oui, cela devait être cela. Il avait dû influencer le songe de Relhnad, comme Neyenje l'avait fait avec les siens il y a longtemps... Si jamais le professeur de sorts s'en rappelait au réveil, ce serait catastrophique, à moins qu'il ne catalogue ça comme un cauchemar. Au lieu de le rassurer, cette pensée attrista Zibulinion.
En attendant, après cette bêtise, il n'était pas plus avancé sur le mystère Dalynaida. D'ailleurs, il était ridicule de chercher à le résoudre dans les rêves de Relhnad, simplement à cause d'un goût vanillé qu'il avait dû fantasmer.
Dalynaida n'était pas une illusion, mais une fille de chair et sang qui avait menti sur son nom et c'est pour ça qu'il ne retrouvait pas sa trace. Comment distinguer une fée blonde élancée d'une autre ? Mais il se refusait à faire comme si elle n'avait jamais existé. Le croissant de lune accroché à son cou l'en empêchait, de même que le baiser empreint de fleur d'oranger et de cannelle sur sa joue.

En même temps, Dalynaida lui avait été presque immédiatement sympathique. Avec elle, que Relhnad soit inaccessible avait été moins pénible à supporter. Peut-être parce qu'elle était lui... Il n'avait pas de preuve, pas de certitude absolue, mais il ne parvenait pas à rejeter complètement cette idée.