vendredi 29 novembre 2013

Le garçon fée - 114

Comme il n'avait plus le moindre espoir de rompre ne serait-ce qu'un peu l'isolement dans lequel il était enfermé, Zibulinion se réfugia dans les études pour ne pas sombrer. Ayant des difficultés énormes pour s'endormir, il se mit à lire jusqu'à des heures avancées de la nuit, profitant que dans sa chambre solitaire, il n'était plus question d'extinction des lampes. Il eut tôt fait de dévorer les manuels de 11ème et 12ème années.
Il prépara les examens avec acharnement,  s'entraînant même à voler dans les bois. Il pratiquait sort sur sort, au point qu'un soir, dans sa chambre, l'extrémité supérieure de sa baguette magique se mit à briller intensément. La forme arrondie du bâtonnet de verre se déforma et une pointe apparut, suivies de deux autres, jusqu'à ce qu'une étoile entière se dessine.
En cours de baguette, la professeur qui depuis des semaines faisait comme s'il n'existait pas, vint à sa table, le regard comme aimanté par le bâtonnet de verre surmonté d'une étoile.
– Elle est belle... murmura-t-elle, l'effleurant d'un doigt.
Après quoi, elle retourna à son bureau et commença le cours, l'air de rien.
Zibulinion était d'accord avec elle sur la beauté de sa baguette, seulement il ne comprenait toujours ce qu'elle avait d'extraordinaire. La baguette de Neyenje aussi était jolie, de même que celle de Folebiol. Ni la directrice ni Relhnad ne le lui avaient expliqué ce que la sienne possédait de spéciale, au point que la professeur de baguette cesse de l'ignorer pendant une minute.

Les examens eurent lieu et chacun reprit le chemin de chez lui. Zibulinion quitta l'atmosphère pesante de l'école pour celle tout aussi étouffante de l'appartement familial.
A peine une semaine après son retour, Alysielle lui reprocha de trop coller Rozélita à laquelle il venait de proposer de l'aide pour ses devoirs. Victor enchérit et Tania en rajouta une couche pour faire bonne mesure. L'injustice de la chose fit exploser Zibulinion. Il passait presque tout son temps dans sa chambre, n'assistant même plus à tous les repas, parce qu'il récupérait magiquement de quoi se sustenter dans le réfrigérateur et les placards de la cuisine, grossissant parce qu'il ne parvenait pas à manger très équilibré dans ses conditions. Ça, c'était trop !
– Mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Que j'aille chez mon père - peut-être qu'il voudra bien de moi au final ? Que je disparaisse de la surface de la terre ?!
– Comment oses-tu nous parler sur ce ton ? Espèce d'ingrat ! s'emporta Alysielle.
Zibulinion, pour la première fois de sa vie, tint tête à sa mère. Il n'en pouvait plus d'être considéré comme un pestiféré partout.
– Pourquoi tu me laisses pas au moins rencontrer mon père ?! S'il voulait bien de moi, ça t'ôterait une sacré épine du pied, non ?!
Alysielle s'empourpra de colère.
– Si cela avait été possible, je t'aurais confié à lui depuis longtemps déjà. Tu veux aller le voir, très bien, si cela te chante, voilà son adresse...
Elle matérialisa un petit carton qu'elle lui jeta violemment à la figure, le blessant au visage et ajouta :
– Cela ne donnera strictement rien. Rien, tu m'entends ?! Enfin, à ton tour d'essuyer une déception après toutes celles que j'ai vécues à cause de toi ! Maintenant, file dans ta chambre !
Zibulinion ramassa l'adresse tombée sur ses genoux, et obéit non sans faire un crochet dans la salle de bains pour désinfecter la coupure sur sa joue.
Ce n'est qu'en regagnant sa chambre qu'il réalisa qu'il aura pu se soigner d'un sort. Il n'avait pas encore les bons réflexes. Il faut dire que les soins étaient l'apanage des fées des rêves et qu'il n'avait pas encore lu les manuels des matières dédiées à cette spécialité vu qu'il avait choisi d'étudier avec les fées des bois.
Décidant mentalement qu'il se lancerait là-dedans à son retour à Valeiage, il contempla longuement l'adresse de son père. Il n'en revenait pas de l'avoir obtenue. Maintenant qu'il l'avait, il se sentait étrangement terrifié à l'idée de l'utiliser et de rendre visite à ce père inconnu.

jeudi 28 novembre 2013

Le garçon fée - 113

Zibulinion retourna bravement en cours. Son isolement se poursuivait. Son cœur se serrait chaque fois qu'il apercevait Folebiol et Lavicielle ensemble. Pour se défaire de cette souffrance et s'efforcer de passer à autre chose, il décida de contacter Neyenje en rêve pour savoir si jamais ce dernier voulait encore de lui, même s'il l'ignorait comme les autres et avait aidé à Paokkolo à lui interdire l'accès au dortoir le jour de son expulsion. Il y avait une chance que Neyenje veuille bien communiquer par ce biais, puisque personne ne serait témoin de leurs échanges.
Zibulinion se renseigna sur la méthode pour infiltrer les rêves d'autrui. Sa première tentative fut la bonne. Les yeux clos, couché sur son lit, sa baguette sous son oreiller, il prononça le sort et se sentit aspiré dans un tunnel brumeux dont il ressortit quelques instants plus tard. Il vit très brièvement Neyenje endormi, ses cheveux blond pâle épars et puis, soudain, il se retrouva sur une plage de sable blanc au bord d'une mer turquoise, sous un soleil radieux. A quelques mètres de lui, un groupe de fées riaient. En s'approchant, Zibulinion reconnut Neyenje qui sirotait un cocktail dans une chaise longue, entouré de fées féminines et masculines dont les minuscules maillots de bain ne cachaient rien de leur plastique parfaite. Zibulinion se sentit franchement déplacé dans sa chemise de nuit. Il vint cependant se mettre en face de Neyenje dont le sourire se délita.
– Hé ! Tu n'as rien à faire dans mon rêve !
– Pardon, je voulais savoir... Tu n'es jamais revenu me rendre visite comme ça...
– Non. Je ne suis pas retourné dans tes rêves. Tu ne jurais que par Folebiol, j'étais occupé. Ou bien tu étais trop loin, inaccessible pour ce moyen de communication. Et pour finir, tu as été assez stupide pour te déclarer et proclamer à la face du monde que tu aimais les garçons. Je n'ai aucune envie d'être mis dans le même panier que toi. Il y en aurait pour raconter que c'est pour cacher mes véritables préférences sexuelles que je sors avec des tonnes de filles à la fois. Je ne veux pas être catalogué, j'apprécie autant les filles que les garçons fées. Dans ses conditions, ma proposition d'être ton petit ami ne tient plus.
Neyenje était d'autant plus effrayant quand il était fâché qu'il était généralement affable.
– Même pas en rêve ? osa malgré tout demander Zibulinion.
– J'avais suggéré que tu deviennes mon petit ami en rêve pour te convaincre de franchir le pas dans la réalité. En rêve, comme tu peux le constater, je peux avoir qui je veux, y compris toi, si je le souhaitais, parce que je sais manipuler à ma guise la matière onirique.
– Pourrais-je au moins revenir bavarder avec toi ?  murmura Zibulinion, en dépit de la peine que lui causait Neyenje.
Le jeune homme aux longs cheveux blond pâle secoua la tête.
– Cela ne va pas être possible. Je veux rêver tranquillement et puis à l'école, il y a toujours un risque que quelqu'un se rende compte qu'on communique par ce biais. Tu laisses une empreinte magique sur moi en faisant ça et je tiens à ma réputation.
Après quoi, Neyenje fit signe à un des fées qui se tenait à ses côtés d'approcher, et l'embrassa à pleine bouche avant de glisser la main dans le maillot de bain de ce dernier.
Zibulinion se rétracta précipitamment du rêve, et se réveilla en sueur dans son lit, déprimé.

mercredi 27 novembre 2013

Le garçon fée - 112

Folebiol avait l'air si heureux. Lavicielle aussi rayonnait. Oublié le professeur de sorts ! Ne l'aimait-elle plus ? Ou bien lassée d'un amour à sens unique, elle avait cédé à la requête de Folebiol ? Le résultat était le même : ils étaient ensemble. Tandis que Zibulinion était seul. Seul. SEUL. Toujours mis à l'index. Toujours différent.
Sa solitude était en effet complète depuis que Waltharan ne lui adressait plus la parole. C'était normal après qu'il lui ait révélé que celle qu'il aimait, Noinilubiza, n'était qu'une illusion derrière laquelle il se cachait. Il n'y avait plus que Relhnad pour lui parler, mais c'était un professeur et même en dormant au même étage, ils ne se croisaient presque jamais et ne faisaient que se saluer.
A l'école comme chez lui, Zibulinion n'était pas à sa place. Il aurait donné cher pour être comme tout le monde et pas juste de manière illusoire.
Zibulinion fila à sa chambre, se jeta sur le lit et y resta jusqu'au soir à ressasser de sombres pensées. C'était vain et inutile de faire ça, et bouquiner eût été une meilleure activité, mais il n'en avait pas l'énergie.
Il avait l'impression de se tenir debout sur un rocher aux arrêtes aiguisées battu par une mer en furie aux vagues violentes et un vent déchaîné sous un ciel orageux déversant une pluie torrentielle.


Il ne se leva pas non plus le lendemain. Il avait vaguement faim, mais pas la plus petite envie de prendre le risquer de croiser Folebiol et Lavicielle. Il n'avait pas le courage non plus de se rendre en cours, alors, il ne bougea pas.
La nuit tomba sans qu'il eût quitté sa chambre, si ce n'est pour aller aux toilettes. Il ruminait toujours, se disant que son existence n'avait pas de sens et qu'il aurait mieux fait de disparaître plutôt que d'embarrasser sa mère et d'ennuyer et blesser les gens avec ses sentiments et ses illusions, quand Relhnad poussa la porte et entra.
– Tu es malade ? s'enquit-il de sa voix enchanteresse.
Zibulinion qui était étalé à plat ventre sur son lit, se redressa pour regarder le professeur de sorts qui était, comme d'habitude, d'une beauté éblouissante, ses cheveux d'un blond lumineux cascadant sur ses épaules, ses yeux d'un bleu profond pailleté d'argent.
– Non, avoua-t-il, partagé entre le modeste plaisir que quelqu'un se soucie encore de lui et le sentiment d'être plus vilain que jamais comparé à Relhnad.
– Alors, tu aurais pu assister à mon cours.
– Je ne voulais voir personne. Et de toute façon, qu'est-ce que cela change pour vous...? soupira Zibulinion.
Relhnad s'approcha du lit.
– Je pense au contraire que tu souhaitais que quelqu'un vienne te rendre visite. Qu'est-ce qui ne va pas ?
Devant la gentillesse de Relhnad, Zibulinion craqua et vida son sac. Il raconta tout : sa mère qui ne l'accepterait jamais comme il était, Folebiol qui ne l'aimerait jamais, Waltharan qu'il avait trompé avec son illusion...
Relhnad l'écouta avec attention et ne prit la parole qu'une fois que l'adolescent se fut tu :
– Renoncer à certaines choses fait partie de la vie, mais n'abandonne jamais l'idée d'être heureux.
Le professeur de sorts quitta la chambre là-dessus.
S'être confié avait soulagé Zibulinion et la simple phrase de Relhnad l'amena à réfléchir qu'au fond, tous ses problèmes provenaient du fait qu'il n'admettait pas sa situation actuelle. C'était dur d'être rejeté pour avoir été sincère sur ses sentiments, mais cela ne servait à rien de se morfondre sur ce qui aurait dû être ou pu être.
Folebiol ne serait jamais son petit ami, mais au moins, il avait tenté le coup. C'était pareil pour sa mère, même s'il avait échoué à la satisfaire, il avait essayé. Il devait s'efforcer d'aller de l'avant. Trouver quelqu'un d'autre à aimer, un autre parent à rendre fier. Sa petite sœur ou son père si jamais il parvenait à apprendre son identité. Hélas, tout ça était plus facile à dire qu'à faire... Mais rien que le penser était un premier pas.