lundi 30 septembre 2013

Le garçon fée - 70

Au bout de la sixième nuit, Zibulinion commença à douter. Ses rêves n'avaient rien de naturel. Au moment de l'arrivée de Neyenje, il y avait comme une rupture. Or, les fées des rêves étaient capables de s'infiltrer dans les rêves d'autrui. Neyenje était loin d'avoir un comportement horrible dedans, et Zibulinion n'était pas certain, mais il voulait en avoir le cœur net. Passer chez Neyenje et le confronter à ce sujet était une solution qu'il rejeta aussitôt : Laloréa veillait peut-être toujours, et puis la dernière fois Neyenje l'avait déshabillé sans préavis. Enfin, si jamais les soupçons de Zibulinion étaient infondés et que ses rêves n'étaient que le pur produits de son inconscient, cela le placerait dans une position fort inconfortable. Le meilleur moyen de mener l'enquête, c'était d'agir au sein du rêve. Il devait exister des livres qui expliquaient comment faire. Comme attendre la rentrée pour fouiner dans la bibliothèque de l'école était hors de question, Zibulinion prit le temps de convaincre sa mère de lui confier de la poudre des fées et fila à la librairie « La plume des fées » où il interrogea la vendeuse.
– Tu me sembles un peu jeune pour que je te vende un traité de manipulation des rêves.
Zibulinion vit le moment où il repartirait bredouille.
– Je veux juste pouvoir agir dans mon propre rêve.
– Je regrette, mais il faut être âgé au minimum de seize ans.
– Je les aurais dans deux petits mois, en octobre.
La fée soupira, hésitant.
– Je vous en prie, la supplia Zibulinion.
La vendeuse effectua un sort pour vérifier son âge et céda :
– Très bien. J'imagine que tu dois en avoir besoin avec ta tê... Bref, n'en abuse pas !

Il fallut trois jours et autant de nuits à Zibulinion pour réussir à être actif dans son rêve.
Une fois que Neyenje eut fait disparaître Folebiol, Zibulinion, au lieu de se laisser embrasser, recula.
– Qu'est-ce que tu fabriques dans mes rêves ? attaqua-t-il.
Le jeune homme aux longs cheveux blond pâle resta interdit.
– Comment as-tu pu... ? souffla-t-il.
Voir Neyenje qui était toujours plein d'assurance et d'aplomb perdre contenance rendit Zibulinion d'autant plus fier de sa réussite.
– J'ai étudié.
– Tu es en première année. C'est impossible pour toi, même s'il est vrai que tu devrais être en neuvième année vu ton âge. Tu m'impressionnes.
Zibulinion, s'il avait su comment – il ne connaissait pas encore tous les rouages du processus – aurait eu un sourire triomphal. Il se contenta de répéter sa question. Celle-là, il l'avait préparée.
– Tu m'as snobé chez Waltharan, répliqua Neyenje.
– Comme toi, à l'école.
– Je t'ai expliqué pourquoi. Laloréa soupçonne quelque chose...
– Elle fait plus que cela. Mais si tu ne m'avais pas dévêtu...
Neyenje l'interrompit :
– Je sais bien que j'ai exagéré. Mais tu réagis si bien quand je t'embrasse. Et tu ne me repousses jamais vraiment.
Zibulinion se réveilla en sursaut avec un terrible mal de crâne et un déplaisant sentiment de culpabilité. Neyenje avait raison. Il ne faisait pas d'effort pour échapper à ses baisers. C'était si agréable et en fermant les yeux, il pouvait s'imaginer que c'était Folebiol.
La nuit suivante, Neyenje s'insinua encore dans son rêve.
– Je suis fasciné que tu parviennes à discuter avec moi, comme ça . Cependant, je ne vais pas continuer si tu ne veux pas. C'est coûteux en énergie. Mais réfléchis à ça, à défaut d'être mon petit ami en vrai, pourquoi ne le serais-tu pas en rêve ?
Là-dessus, il s'envola.
Zibulinion ne put pas pour autant dormir sur ses deux oreilles. Une autre pièce de monnaie semblable à celle donnée par la directrice était apparue sous son oreiller et Zibulinion n'était pas certain que ce soit une évolution normale.

vendredi 27 septembre 2013

Le garçon fée - 69

Le matin du jour où Folebiol devait passer, Zibulinion fut incapable d'étudier. Il tourna en rond dans sa chambre jusqu'à midi, mangea d'un air absent, tenta vainement de lire, vint se poster devant la porte d'entrée, salua sa mère et sa petite sœur qui sortaient et attendit le moment où Folebiol et son frère sonnerait.
Quand cela arriva, il réagit au quart de tour et accueillit ses invités, le cœur battant. Les yeux émeraudes de Folebiol étaient toujours aussi brillants.
Tania qui n'avait pas quitté l'appartement, sans doute curieuse de voir un véritable garçon fée, (Zibulinion ne comptant pas) vint se présenter.
– Enchanté, je suis Tania, minauda-t-elle en battant des paupières.
Si Folebiol lui adressa un sourire poli, Zurmmiel fit la moue.
– Elle est où ta petite sœur ? demanda-t-il.
– Elle est en promenade, expliqua Tania. Vous voulez boire quelque chose ? Il fait si chaud aujourd'hui, ajouta-t-elle.
Folebiol comme Zurmmiel acceptèrent et Tania s'incrusta avec un tel naturel que Zibulinion ne vit pas comment lui dire qu'il aurait préféré garder ses invités pour lui tout seul.
Elle s'imposa toute l'après-midi, posant plein de questions à Folebiol qui lui répondit de bonne grâce, tandis que Zurmmiel accaparait l'attention de Zibulinion.
Et finalement, ce fut l'heure que les deux frères repartent sans que Zibulinion n'ait pu vraiment profiter de la présence de Folebiol. Il se consola en se disant qu'il le reverrait trois jours plus tard à l'anniversaire de Waltharan.

La veille de la fête, il réalisa qu'il n'avait pas de cadeau pour Waltharan et sortit en catastrophe faire les magasins, se demandant s'il n'aurait pas mieux fait de se rendre dans une boutique fée. A sa décharge, il n'avait pas participé à beaucoup d'anniversaires. Chez un fleuriste, il opta pour un bégonia qui en langage des fleurs exprimait l'amitié. Cela manquait d'originalité pour une fée des plantes, mais Zibulinion n'avait vraiment pas d'autres idées.

La maison de Waltharan était complètement recouverte de lierre. Dans le vaste jardin fleuri, il y avait une mare dans laquelle les branches d'un saule majestueux trempaient. Comme la nuit était douce et claire en cette soirée d'été, la fête avait été organisée dehors.
Zibulinion fut déçu de constater que Folebiol n'était pas encore arrivé. Neyenje en revanche était là, Charboige aussi, ainsi que d'autres garçons du dortoir.
Waltharan vêtu d'un étrange costume en feuilles mortes le débarrassa du bégonia qu'il posa sur une table avec cinq autres plantes enrubannées. Neyenje qui n'était pas loin, posa le verre qu'il avait à la main,  s'approcha et entraîna Zibulinion dans les profondeurs du jardin.
– Pourquoi ne reste-t-on pas avec les autres ? demanda Zibulinion qui n'avait pas envie de manquer l'arrivée de Folebiol.
– Parce que nous n'avons jamais pu finir notre discussion....
– Qui date de deux mois, souligna Zibulinion. A l'école, tu...
– Je sais, je sais. Laloréa était sur mon dos, j'étais occupé et autrement, nous n'étions pas seuls.
Très pris à faire le joli cœur, surtout ! Zibulinion l'avait vu à de nombreuses reprises aux bras d'adorables fées.
– Neyenje... Restons-en là. J'ai réalisé que si j'avais été une fille, tu ne m'aurais même pas regardé.
– Les hypothèses sont des choses vaines. Tu n'en es pas une.
Zibulinion ne se donna pas la peine de répondre et retourna vers les autres invités. Neyenje l'avait à moitié ignoré pendant plusieurs semaines. Il le trouvait plus que gonflé de revenir à la charge comme si de rien n'était.
Soudain, Zibulinion aperçut Folebiol et son cœur se mit à battre plus fort. L'adolescent aux cheveux fauves portait une chemise assortie à ses yeux. Il fit quelques pas dans sa direction, prêt à le rejoindre quand trois jeunes femmes qui auraient pu se servir mutuellement de miroir sortirent de l'ombre des buissons et se mirent en travers de son chemin.

– C'est toi le fameux Zibulinion ?
– C'est vrai que tu ne ressembles pas à une fée.
Zibulinion supposa que les trois triplées étaient les sœurs de Waltharan et que ce dernier avait dû parler de lui lui.
– Mama avait raison, dit l'un des trois filles.
– Oui, oui, approuvèrent les deux autres.
Zibulinion tiqua.
– Votre mère ?
– Ta professeur de flore.
Le mystère de l'air familier de la professeur était résolu. C'était la mère de Waltharan. Maintenant, la questions était : comment se débarrasser des trois sœurs pour aller bavarder avec Folebiol ?
– Tu dois être malheureux d'être comme tu es. J'ai une idée ! Pour la soirée, on va t'arranger...
Waltharan arriva alors et s'interposa :
– Arrêtez d'ennuyer mes invités.
– Nous allions juste le rendre beau au moyen d'un sort d'illusion. C'était gentil.
– Je parie qu'il ne vous a rien demandé. N'oubliez pas que vous avez promis de ne pas participer à ma fête. C'est votre cadeau d'anniversaire.
Les trois filles agitèrent leurs ailes opalines,  s'inclinèrent avec une grimace et s'éloignèrent, non sans envelopper Zibulinion d'un dernier regard empli de pitié qui mortifia l'adolescent.
– Je m'excuse pour mes sœurs, ce sont des pestes.
– Non, ça va.
Elles n'étaient pas pire que les filles de l'école et Zibulinion n'aurait pas détesté voir comment un sort d'illusion pouvait permettre de changer d'apparence.
– Quand j'étais petit, incapable de me défendre, elles me prenaient pour leur cobaye. Vraiment, j'ai du mal avec les filles !
– Moi aussi, laissa échapper Zibulinion.
A ce moment, Folebiol les rejoignit et la conversation changea. A ses côtés, Zibulinion ne vit pas passer la soirée.

Cette nuit-là, il fit un rêve curieux : il était assis sur un tronc d'arbre renversé à côté de Folebiol au milieu des bois, quand Neyenje descendit du ciel, changea l'adolescent aux cheveux fauve en écureuil, prit sa place et embrassa Zibulinion jusqu'à ce dernier se réveille, le souffle coupé, le sexe dressé.
Jamais auparavant il n'avait fait de rêve érotique avec Neyenje et cela remua Zibulinion. Il se l'expliquait d'autant moins qu'il avait battu de froid Neyenje.
Il étudia avec ardeur, et chanta des chansons à sa plante et son œuf pour les encourager à bien se développer.
Cependant, la nuit venue, le même schéma se reproduisit. Il était dans la bibliothèque de l'école, juste en face de Folebiol, quand Neyenje creva le plafond, se posa sur la table entre eux, métamorphosa l'adolescent aux boucles fauves en papillon et s'empara des lèvres de Zibulinion.

jeudi 26 septembre 2013

Le garçon fée - 68

Les semaines filèrent à toute vitesse. Quelques rêves troublants avec Folebiol rendirent la maîtrise du sort de nettoyage bien utile.
Zibulinion adorait les cours de sorts, Relhnad gardant la palme du professeur le plus gentil. Il détestait le cours d'histoire en raison de la sévérité du professeur, et s'y rendait à reculons, ne voulant pas gâcher le fait qu'il pouvait enfin y assister.
Il passait toujours énormément de temps à étudier à la bibliothèque, ce qui lui évitait de trop se prendre la tête en songeant à Folebiol qui ne cessait de lui raconter mille petites choses sur Lavicielle, à Neyenje qui ne lui parlait pratiquement plus, et à Charboige qui ne perdait jamais une occasion de se moquer de lui.
La période des examens revint et la bibliothèque fut reprise d'assaut. Cette fois, Zibulinion ne fit pas de zèle et se contenta de se présenter aux examens des professeurs qui l'acceptaient, à l'exception notable de celui de musique, le sort de mutisme l'ayant traumatisé.

Dans le bus qui les ramenait chez eux, alors qu'ils étaient tous réunis au fond sous l'impulsion de Neyenje, n'en déplaise à Laloréa, Zibulinion invita Folebiol à passer chez lui. Comme Zurmmiel protestait, Zibulinion précisa qu'il était également le bienvenu.
Waltharan, lui, distribua des cartons d'invitations pour son anniversaire à la fin du mois de juillet.
– Il n'y aura pas de filles, comme d'habitude ? soupira Neyenje.
– Oui. Sauf mes sœurs, hélas.
– Cela ne compte pas entre les trop jeunes et les trop vieilles.
Zibulinion n'osa pas s'étonner tout haut que Waltharan fête son anniversaire. Jamais Alysielle n'avait organisé quoique ce soit pour lui. Quand il avait appris l'existence des anniversaires à l'école, sa mère lui avait dit que c'était une coutume humaine. Tania avait le droit à des cadeaux et un gâteau parce qu'elle n'était pas une fée. Et Rosita avait une fête parce que cela faisait plaisir à Victor... Peut-être que Waltharan avait un parent humain ?

De retour chez lui, Zibulinion, malgré son envie de revoir sa mère et sa petite sœur, se rendit dans sa chambre. Pas question de répéter la scène de la dernière fois en se pointant au milieu du coucher de Rosita.
En dépit de cette précaution, les retrouvailles ne furent guère plus chaleureuses. Zibulinion eut encore plus l'impression d'être devenu un intrus et s'enferma dans sa chambre un maximum, ne sortant que contraint et forcé quand Tania invitait des amies à l'appartement.
Très vite, il se mit à compter les jours qui le séparait de la venue de Folebiol et de Zurmmiel, s'occupant en lisant les livres de seconde année qu'il avait réussi à emprunter à la bibliothèque et bichonnant l'œuf, la plante et la pièce auxquels il n'avait prodigué que peu de soins durant les semaines d'école.