lundi 17 juin 2013

Le garçon fée - 18

– A ce train-là, tu n'as pas fini de mettre en place tes affaires, commenta Folebiol d'un ton amusé.
Zibulinion, absorbé par son questionnement sur le pourquoi de son excitation, s'était en effet contenté d'ouvrir la fermeture éclair de son sac, sans rien en sortir.
– J'ai le temps, se justifia Zibulinion avec embarras, tout en tirant un premier livre hors du sac.
Juycylli qui passait devant eux, resplendissant dans une robe verte étoilée semblable à celle de Waltharan, mais plus foncée, lui lança un « Veinard ! » avant de quitter le dortoir.
Folebiol s'excusa de ne pas pouvoir rester l'aider et partit à son tour, suivi par d'autres. En quelques minutes, Zibulinion se retrouva seul. Il déballa tranquillement ses affaires, alignant avec soin les livres dans le placard et le bas de la table de chevet. Il s'occupa ensuite de ses habits et avec un énorme soupir se résolut à ôter ses confortables habits pour son uniforme. Une fois en caleçon, il ne put s'empêcher de comparer son corps avec ceux des autres garçons fées, passant une main découragée sur son ventre bombé, puis le rentrant en inspirant à fond.
La porte du dortoir s'ouvrit alors sur un bel adolescent aux courtes boucles couleur charbon, aux yeux d'un bleu presque noir et aux ailes grises. La grande majorité des fées étant blondes avec des ailes colorées, c'était surprenant.
Leurs yeux se rencontrèrent, Zibulinion relâcha sa respiration et soudain l'adolescent aux boucles brunes éclata de rire.
– Tu ressembles à une chouette toute ronde ! Tu es encore moins fée que moi ! s'exclama-t-il.
Là-dessus, il s'approcha et avec un sans-gêne confondant, attrapa l'aile droite de Zibulinion qui, resta muet de surprise.
– Elles sont franchement vilaines, fripées comme elles sont. Les miennes, malgré leur couleur, ont plus belle allure. En fait, t''es tellement bizarre que je me vois dans l'obligation de ne pas t'intégrer dans notre club de « fées autrement ». Je sens d'ici peu nous allons nous fondre dans le décor tandis que tu seras pointé du doigt. Vraiment une aubaine ta venue !
L'adolescent brun termina sa phrase en serrant l'aile de Zibulinion qui réagit enfin, et se dégagea vivement. Il avait cru une seconde que ce garçon fée différent pourrait être un ami, mais l'autre avait instantanément détruit ses illusions. Le fée brun comptait l'écraser pour mieux s'intégrer. Zibulinion avait déjà vécu cela à l'école normale.
– Tu es blessant, dit-il, sachant que cela risquait de tomber dans l'oreille d'un sourd.
Cela n'eut que pour effet d'exciter la méchanceté de l'adolescent brun qui répéta sa phrase et se moqua : la voix de Zibulinion n'avait rien de jolie, pas une once de musicalité dedans.
Zibulinion choisit d'ignorer l'adolescent brun et enfila l'affreuse robe rose dans laquelle il se sentait engoncé. L'autre ricana. Zibulinion, la tête haute, mais le cœur douloureux, quitta le dortoir.
Il trouva Zurmmiel qui piétinait devant la porte, adorable en dépit de sa tenue rose.
– Tu en a mis du temps ! Tu viens, on visite ! s'écria-t-il en s'agrippant à la main de Zibulinion.
L'enthousiasme du blondinet et la façon dont il l'acceptait allégea le poids qui pesait sur la poitrine de Zibulinion suite aux remarques de l'adolescent fée brun.
– Tu ne préfèrerais pas faire ça avec les garçons de ton âge ? s'inquiéta-t-il, quand bien même la compagnie du garçonnet lui faisait plaisir.
– Pas spécialement. Toi, je te connais. Et puis, tu serais tout seul sinon.
– Merci.
Zurmmiel était aussi gentil que son grand frère.
_______________
Pause jusqu'au 1er juillet pour cause de maladie

vendredi 14 juin 2013

Le garçon fée - 17

L'école de Valeiage avait un côté labyrinthique, cependant, après quelques détours inutiles, ils parvinrent dans la tour où étaient les deux dortoirs des garçons. Zibulinion accompagna Zurmmiel jusqu'à la porte du sien où ils rencontrèrent d'autres garçons fées qui devaient avoir entre huit et dix ans. Ils prirent les nouveaux élèves sous leur aile si bien que Zibulinion quitta Zurmmiel sans scrupule pour gagner son propre dortoir qui était à l'étage du dessus.
Il pénétra dans une pièce circulaire où une bonne trentaine de lits étaient disposés, leurs têtes contre le mur. Ils étaient séparés les uns des autres par une table de chevet sur la droite et un placard sur la gauche. Ce qui était étrange, c'était la décoration, c'était comme si on avait réuni trois pièces en une, un peu comme dans un magasin d'exposition de meubles. Un pan de mur était boisé, un autre était recouvert d'un papier peint orné de fleurs d'espèces différentes, un troisième était pailleté et scintillant. Au sol, il y avait du plancher, une sorte de moquette herbeuse et un carrelage d'une blancheur lumineuse. Les lits aussi se divisaient en trois types : ceux en bois brut, ceux en mousse et ceux en métal. Seul le plafond était identique partout, bleu profond piqueté d'étoiles.
Zibulinion restait planté à côté de la porte, à regarder, quand une douzaine d'adolescents entrèrent. Folebiol, Neyenje et  Waltharan faisaient partie du lot. Ils entourèrent aussitôt Zibulinion.
– Chic ! Ils t'ont mis avec nous et pas dans le dortoir des gosses ! s'exclama Folebiol.
Les garçons fées qui ne connaissaient pas Zibulinion se présentèrent à une vitesse folle, tous charmants et tous souriant. L'un d'entre eux qui avait dit s'appeler Juycylli et être en 12ème année, rappela qu'ils devaient se dépêcher, leur premier cours débutant d'ici une demi-heure et ajouta qu'ils auraient tout le temps de discuter avec le nouveau plus tard. Les adolescents se dispersèrent dans la pièce. Ils avaient leurs habitudes et chacun avait son lit. Certains se mirent à ranger le contenu de leur valise dans leur placard, d'autres se contentèrent d'en extirper leur uniforme.
Zibulinion, lui, ne bougea pas. Il n'était pas pressé, son premier cours n'étant qu'en début d'après-midi et il ne savait pas où se mettre.
Folebiol qui avait été jusqu'à un lit dans la partie boisé du dortoir revint vers lui.
– Comme tu n'as pas encore déterminé ta spécialité, tu n'as qu'à t'installer à côte de moi. Le lit à droite du mien est libre. Si tu n'es pas un fée des bois, il sera toujours pour toi de changer de coin.
Zibulinion fut touché qu'il ait pris le temps de lui faire cette proposition, le remercia et le suivit. Folebiol se mit à déballer ses affaires à toute vitesse, mettant de côté son uniforme, une robe bleue tirant sur le vert. Il ôta ensuite les vêtements qu'il portait. D'autres garçons, ceux qui étaient également en habits de tous les jours, se changèrent également. Ils étaient tous minces, musclés et beaux.
A l'école normale, quand ses camarades enfilaient leurs tenues de sports dans les vestiaires, Zibulinion les avaient souvent observés à la dérobée, les enviant, éprouvant de temps à autre un certain émoi. Cependant, cette fois, devant les adolescents fées, tous plus splendides les uns que les autres, il était franchement troublé. Ils n'avaient pas une once de graisse en trop, pas un seul bouton d'acné, pas de membres mal proportionnés, pas l'ombre d'un petit défaut.
Folebiol, maintenant vêtu d'un simple slip, était tout proche. Zibulinion n'aurait eu qu'à tendre le bras pour le toucher. A cette pensée, Zibulinion eut une brusque érection et il s'accroupit aussitôt devant son sac pour cacher son excitation. Il n'aurait pas dû ressentir ça. Ils étaient entre garçons. Lui aussi était sensible à l'apparence extérieure, quand bien même il aurait voulu qu'il en soit autrement. L'ennui, c'était que Folebiol n'était pas que attirant, il était aussi gentil. Mais il était un garçon comme lui. C'était les filles qui auraient dû provoquer chez lui ce genre de réaction, ce qui n'avait jamais été le cas. Leurs yeux désintéressés sur sa personne, souvent moqueurs, n'aidaient pas et ce n'était pas la curiosité teintée de dégoût des filles fées qui risquaient de les rendre désirables, surtout à côté de l'accueil chaleureux des garçons fées, et ce, même si certains tiquaient sur son physique. Zibulinion tenta de se rassurer : son excitation n'avait rien à voir avec le spectacle des torses dénudés des adolescents fées, c'était juste parce qu'il était stressé par sa rentrée. C'était nerveux. Si cela ne l'était pas, cela voulait dire... Mieux valait ne pas y songer.

Quand Zibulinion, enfin calmé, osa jeter un coup d'oeil à Folebiol. L'adolescent aux cheveux fauve avait revêtu son uniforme et loin d'être ridicule dedans, était charmant.

jeudi 13 juin 2013

Le garçon fée - 16

La conductrice, une fois qu'elle eut vérifiée que tous les premières années qui avaient dû voyager dans son bus étaient présents, pressa le petit groupe de la suivre.
Dociles, ils s'exécutèrent et marchèrent derrière elle droit vers le palais de marbre rose, puis obliquèrent vers une porte en chêne dorée surmontée d'un grand « 1 » peint en argent sur une grosse étoile rose qui faisait très entrée de star de cinéma. Ils pénétrèrent dans une salle au sol marbré et aux murs chatoyant emplie de chaises métalliques brillantes qui étaient tournées vers une somptueuse estrade recouverte de velours rose.
De nombreuses petites fées les occupaient déjà. La conductrice leur demanda d'aller s'asseoir avec les autres et d'attendre.
Zibulinion n'était pas particulièrement grand pour ses quinze ans, mais il dépassait toutes les petites de sept ans d'au moins quarante bon centimètres, aussi il suggéra à Zurmmiel qu'ils se mettent au dernier rang, au fond.
Ils venaient tout juste de poser leurs fesses sur leurs chaises qu'un nouveau groupe de petites fées arriva. Plusieurs d'entre elles pointèrent Zibulinion du doigt et une, plus audacieuse que les autres, l'aborda :
– Ici, c'est pour les premières années.
– Il sait, il en fait partie, rétorqua Zurmmiel.
– Mais c'est un vieux ! protesta la petite fée, criant presque.
De nombreuses fillettes se retournèrent sur leurs sièges et bientôt, tous les regards de l'assemblée furent braqués sur Zibulinion.
N'importe quel adolescent fée aurait attiré l'attention au milieu des gamines, la non-beauté de Zibulinion accrochait définitivement les regards.
En conséquence, l'arrivée par la voie des airs d'une fée aux longs cheveux argentés, aux ailes scintillantes et à la vaporeuse robe arc-en-ciel passa inaperçue. Il fallut qu'elle atterrisse sur l'estrade et réclame l'attention pour que les fées la remarquent et cessent de fixer l'adolescent.
La fée pleine de majesté aux cheveux argents se révéla être la directrice. Elle leur asséna un rapide discours de bienvenue, exprimant sa joie de voir de nouvelles têtes dans l'école et leur souhaitant de découvrir toutes les splendeurs de la magie. Elle exposa les principales règles,  notamment l'interdiction d'user de la magie sur un professeur ou un camarade, sauf si exigé dans le cadre d'un cours et insista sur le port obligatoire de l'uniforme et la nécessité de respecter les horaires. Elle appela ensuite les élèves un à un, leur attribuant leur numéro de classe et dans le cas des pensionnaires, de dortoir. Agitant sa baguette, elle distribua magiquement le plan de l'école ainsi que leur emploi du temps à tous les élèves d'un coup.
Pour leur première matinée à Valeiage, ils n'avaient rien d'autre à faire que de découvrir les lieux. Les pensionnaires pourraient déposer leurs affaires au dortoir. Tous ceux et celles qui ne portaient pas encore leur uniforme devaient l'enfiler. L'après-midi, ceux en classe 1-1 auraient pour commencer un cours d'histoire, ceux en 1-2, de musique et ceux en 1-3, d'élégance.

Zibulinion remercia Dame Nature de lui avoir épargner comme premier cours celui d'élégance. Il pressentait déjà qu'avec celui de vol, ce serait sa bête noire.  L'histoire était assurément un domaine plus familier, quand bien même celle des fées restait encore nébuleuse pour lui. Il avait lu le manuel et n'était plus totalement ignorant. Zurmmiel lui glissa à l'oreille qu'il aurait préféré débuter par le cours de musique - ils étaient dans la même classe, mais pas dans le même dortoir.
Avant de les libérer, la directrice confia à chaque élève un pot en verre plein de terre où une graine avait été enfoui, un oeuf dans un nid de paille dorée et une pièce de métal, de quoi les aider à en apprendre plus sur leur spécialité. Le non-pensionnaires devraient les ramener chez eux pour en prendre soin, en attendant, ils pouvaient les mettre dans leurs casiers situés dans les couloirs. Ils n'étaient pas difficiles à trouver et étaient déjà étiquetés à leurs noms.
Zibulinion et Zurmmiel qui avaient pu constater sur le plan que leurs dortoirs étaient proches, partirent ensemble. Quatre garçonnets leur emboîtèrent le pas.