jeudi 31 mars 2011

Fleur Bleue - 53

– Ludovic... protesta encore une fois Vlad.
Cette fois, Ludovic s'écarta.
– Oui... Je comprends. Pas de soucis. Je suis formidablement heureux.
Et très excité. Mais ça, c'était un autre problème.
– Merci, répondit Vlad en caressant du bout des doigts l'épaule de Ludovic.
Ludovic frémit à cet effleurement et invita précipitamment Vlad à s'asseoir sur le fauteuil en cuir noir du salon tandis que lui-même s'installait sur le canapé, en face. S'il ne prenait pas un peu de distance, il n'avait aucune chance de se calmer et risquait de perdre contrôle de lui-même.
– Je regrette de ne pas être parti plus tôt. C'est l'un des inconvénients à être fonctionnaire, les vacances sont fixes. Et pour le coup, celles-ci m'ont parues horriblement longues..., déclara-t-il.
– Ainsi, c'était bien calculé de ta part. Un petit coup de fil aurait été tout de même appréciable.
– Mon ami en avait décidé autrement. Il m'avait pris mon mobile. Et vu le résultat, je suppose que je devrais le remercier.
– Se sentir jaloux aide aussi à réaliser qu'on ressent plus que de l'amitié.
Après près de six semaines d'incertitude, la franchise de Vlad mettait du baume au cœur de Ludovic.
– Je te rassure tout de suite Aoki est un ami de longue date. Je le considère comme un frère. Et puisqu'on aborde le sujet de la jalousie, moi, c'est Lili qui me tracasse.
Les yeux de Vlad s'écarquillèrent d'un étonnement non feint.
– Lili a un copain actuellement. Je suis un vieux pour elle. Et quand bien même, l'intérêt n'est pas réciproque.
– Elle te lance de ses regards... et tu m'as dit qu'elle traînait toujours pour partir après ton arrivée.
– On peut trouver quelqu'un agréable à regarder sans que cela aille plus loin que ça. Pour le reste, c'est un trait de caractère.
– Tu penses que je me suis monté la tête ? C'est possible. J'ai l'impression que la gente féminine entière est devenue mon ennemie !
Vlad sourit légèrement à cette remarque.
– Je ne te dirais pas que tu n'as pas à t'en faire. Les femmes m'attirent, mais désirer, ce n'est pas aimer. Si tu veux tout savoir, ma belle-mère s'est arrangée pour me faire rencontrer une jeune femme prénommée Roza et j'ai eu beau ne pas être insensible à ses charmes, je n'ai pas eu envie de la connaître mieux.
Tout ça n'était pas très rassurant, mais Ludovic décida qu'il était inutile de trop s'inquiéter. Ce qui comptait, c'est que Vlad lui retournait ses sentiments.
– Alors, il ne me reste plus qu'à souhaiter que tu finisses par désirer m'embrasser et même plus...
Vlad passa une main embarrassée dans ses cheveux blonds et ses yeux noisettes s'égarèrent à nouveau vers plancher.
– Je devrais peut-être le faire sans avoir envie pour commencer. Après tout, quand c'est toi qui le fais, c'est plutôt agréable. Je ne sais pas trop pourquoi je fais un blocage.
Vlad avait le don de l'enflammer d'un geste anodin, d'un mot glissé sans arrière-pensé.
– Tu vas me rendre fou, soupira-t-il.
Vlad se leva alors du fauteuil, s'assit à côté de lui sur le canapé, posa ses lèvres sur les siennes un instant, puis recula.
Ludovic espéra qu'il recommencerait, emporté par un brusque élan de passion, mais rien ne vint. Finalement, il déclara d'une voix rauque :
– Rien ne presse. Raconte-moi plutôt ce que vous avez fabriqué Misha et toi pendant que je m'ennuyais de vous sur les pistes.
Vlad parut soulagé et il s'exécuta volontiers avant de poser à son tour des questions sur le séjour de Ludovic.
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Prochain épisode : lundi 4 avril

mercredi 30 mars 2011

Fleur Bleue - 52

Ce dernier avait choisi de prendre les escaliers et il apparut un peu essoufflé dans le couloir. Il était comme toujours terriblement attirant avec un pantalon brun, un pull crème ajusté et un col de chemise ouverte. Ludovic croisa les bras contre sa poitrine pour résister à l'impulsion qu'il avait de l'enlacer.
– Bonsoir. Tu as passé de bonnes vacances ?
Ludovic répondit d'un signe de tête. Encore sous le coup de la surprise de la visite inattendue de Vlad, il avait du mal à trouver ses mots. Il ne savait comment interpréter le fait qu'il débarque à l'improviste, si peu de temps après son retour du ski.
– C'est spacieux ici, commenta Vlad en regardant autour de lui.
– Je n'ai pas à me plaindre, en effet. Misha va bien ?
– Il se porte comme un charme. Là, il est sous la surveillance de Lili.
A la mention du prénom de la jeune fille, les muscles du visage de Ludovic se contractèrent. S'était-il passé quelque chose durant son absence ?
Vlad, les yeux baissés sur le plancher, continua, d'un ton hésitant :
– J'imagine que tu te demandes pourquoi je suis venu te rendre visite à ton domicile.
– C'est vrai, mais je suis surtout content de te voir.
– Moi aussi, tu m'as manqué.
Ludovic se demanda s'il avait bien entendu. Cela ressemblait fortement à un aveu.
A cet instant précis, Vlad releva les yeux et leurs regards se croisèrent. Il y avait dans les yeux noisettes de Vlad un éclat mordoré que Ludovic ne lui avait jamais vu avant. Il retint son souffle. Il semblait finalement que son absence et son silence forcé causé par l'ingérence de Aoki avait eu un effet bénéfique après tout.
Vlad se replongea dans la contemplation du sol et reprit à mi-voix :
– J'ai beaucoup réfléchi ces dernières semaines, ainsi que pendant ton séjour au ski, et il m'est finalement apparu que tu étais plus qu'un ami à mes yeux. Même si même maintenant que je me tiens devant toi, je ne ressens pas le désir de te toucher, je t'aime.
Pouvait-on aimer sans désir ? Ludovic n'en savait rien, et il s'en moquait. Il attira Vald contre lui et colla sa bouche à la sienne. Les lèvres de Vlad s'entrouvrirent et Ludovic glissa sa langue. Le baiser se prolongea et dans son pantalon, son sexe se durcit. Cependant, Vlad n'était pas dans la même disposition d'esprit. Il détourna le visage et murmura :
– Je sais que nous avons couché une fois ensemble et que cela peut paraître ridicule, mais j'aimerai que nous y allions doucement, le temps que je m'habitue, que je...
Ludovic l'empêcha de terminer sa phrase en reprenant possession de ses lèvres. Il avait envie de savourer encore un instant le corps de Vlad pressé contre le sien.

mardi 29 mars 2011

Fleur Bleue - 51

Ludovic sortit du train avec plaisir. Après-demain, c'était la reprise des cours, mais il était content d'être de retour, car il mourrait d'envie d'avoir des nouvelles de Vlad. A cause d'Aoki, il n'avait même pas pu lui téléphoner. Ce zigoto de service lui avait confisqué son mobile au début du séjour et l'avait embarqué avec lui à la fin de sa semaine de vacances. Ludovic avait alors amèrement regretté d'avoir fait confiance à la mémoire de son téléphone et de ne pas avoir jugé nécessaire d'apprendre le numéro de Vlad par cœur.
Quand il aperçut Aoki qui faisait les cent pas au bout du quai, il fut tenté de l'ignorer. Même s'il savait que ce dernier avait agi avec de bonnes intentions, il lui en voulait.
– Tu n'avais rien de mieux à faire que venir m'attendre, un samedi soir ?
Aoki sortit de la poche de sa veste en cuir rouge le mobile de Ludovic et l'agita devant son nez.
– Tony travaille. Encore et toujours. Mais de toute façon, je voulais te rendre ton téléphone. Ceci dit, tu ferais de le laisser t'appeler en premier.
– Et qui te dit qu'il n'a pas déjà essayé de me contacter, répliqua Ludovic en récupérant son mobile d'un geste vif.
– Possible, oui. Mais à moins qu'il ne t'ait demandé expressément de le rappeler, tu devrais, à mon humble avis, faire encore preuve d'un peu de patience.
– Tu me fais bien rire...! A ma place, tu serais déjà en route pour le voir.
Aoki lui adressa un large sourire.
– Exact. Mais ça ne veut pas dire que c'est la bonne manière de procéder. Et les amis sont là pour donner des conseils avisés, non ?
– Certes... Et ils sont aussi toujours prêts à rendre service, déclara Ludovic en lui tendant un de ses sacs.
Aoki, sans doute conscient qu'il avait à se faire pardonner, s'inclina comiquement et le déchargea.

 Ludovic était rentré à son appartement depuis une petite heure et Aoki était reparti depuis un bon quart d'heure, quand son téléphone sonna. C'était Vlad. Ludovic décrocha. La communication était mauvaise et la voix de Vlad était brouillée, mais il comprit qu'il lui demandait les codes de la porte de son immeuble. Ludovic, le cœur en fête, s'empressa de lui transmettre, puis il jeta un coup d'œil critique à son appartement. Les murs blancs et les meubles noirs n'avaient rien en commun avec la chaleureuse maisonnette des Glonorov, mais au moins, tout était en ordre puisqu'il avait tout rangé avant son départ pour le ski. Sa brève inspection terminée, Ludovic ouvrit en grand la porte de son appartement, prêt à accueillir Vlad.