vendredi 29 janvier 2010

Le Suivant du prince - 56

Il mit ses genoux sur le coussin qui recouvrait le banc et se pencha en avant pour regarder dehors. Au milieu d'arbres majestueux, courait une petite rivière. C'était splendide et Demian regretta ne pas avoir l'autorisation de s'y promener. Il aurait aimé marcher à l'ombre des arbres, les pieds nus. Alors qu'il rêvassait à la fenêtre, Demian se retrouva tout à coup les fesses à l'air. Surpris, il voulut se retourner, mais une poigne de fer l'en empêcha. Tout alla ensuite très vite. Quelque chose de dur et chaud se frotta entre la raie de ses fesses, puis une violente douleur le traversa comme si on lui enfonçait une épée dans le corps. Il cria encore et encore, essayant de se soustraire à la douleur. Enfin, il fut relâché et il croisa le regard triomphal de Carlito.
– Pourquoi ? gémit Demian tandis qu'un liquide visqueux mêlé de sang coulait le long de sa jambe.
– Par plaisir, dit tranquillement Carlito en remontant son pantalon.
Puis il s'emporta et d'une voix mauvaise, il ajouta :
– Ton frère et toi, vous n'auriez jamais dû quitter votre fange. Vous n'êtes que deux voleurs ! Ton frère n'a pas gagné le concours du Suivant, c'est le prince qui l'a nommé. Il a pris la place qui revenait de droit à mon cousin !! Vous avez dû agiter vos sales culs terreux pour obtenir ce que vous vouliez.
– Pourquoi... répéta Demian faiblement.
La tête lui tournait et il entendait à peine ce que lui disait Carlito.
– Si tu veux tout savoir, c'est moi qui ait révélé aux autres que tu étais le frère du Suivant du prince. Et si je me suis montré gentil avec toi, c'est que je voulais que tu comprennes ce que c'est d'être trahi.
Carlito attrapa Demian par le menton.
– Tu devrais être content d'avoir eu l'honneur d'être mon partenaire sexuel. Ah ! Si tu voyais ta mine défaite, c'est un régal.
Demian fit un mouvement vif de la tête, obligeant Carlito à le relâcher, puis il se recroquevilla sur le banc. Il venait seulement de réaliser qu'il avait été violé. Par un homme cette fois. Il se faisait horreur. Pourquoi était-il incapable de se défendre ? Pourquoi ? Le sexe était une chose affreuse, ignoble et dégoûtante. Il avait pressenti qu'il ne fallait pas faire confiance à ce garçon aux cheveux rouges et aux yeux dorés, mais finalement, il s'était laissé berner par quelques mots d'amitié. Au fond, ce qui lui était arrivé était sa faute. Sa faute. Il se faisait horreur.
Carlito voulut l'obliger à se lever, mais Demian s'accrocha désespérément au banc.
– Si tu veux rester prostré là toute la journée, grand bien te fasse !
La voix de Carlito sembla très lointaine à l'adolescent. Que Carlito parte, qu'il s'en aille... Demian se sentait tellement mal... La place de Suivant du Prince, les yeux dorés pleins de haine... Tout était confus dans sa tête... Il perdit connaissance.

jeudi 28 janvier 2010

Le Suivant du prince - 55

Le matin de la journée où ils avaient quartier libre, Demian resta indifférent à l'effervescence qui régnait dans le dortoir. Il était fatigué et, à part dormir, il ne voyait pas au juste ce qu'il allait faire de sa journée. Aussi, quand Carlito vint lui proposer de lui faire visiter le château, il accepta volontiers. Qui sait, avec beaucoup de chance, il croiserait peut-être Youri ou Léo au détour d'un couloir...
– Je ne savais pas qu'on avait le droit de se balader dans le château.
– Qu'est-ce que tu peux être idiot ! Nous sommes des futurs pages, nous avons le devoir de connaître les lieux, déclara Carlito. Évidemment, on ne peut pas aller partout, mais il y a beaucoup de zones autorisées, ajouta-t-il.
– Je comprends.
Carlito eut un sourire en coin qui semblait signifier que Demian ne comprenait rien à rien...
– Suis le guide, alors.
En disant ces mots, Carlito posa négligemment sa main sur l'épaule de Demian. Cette manie qu'avait Carlito de le toucher pour un oui ou pour non continuait à embarrasser l'adolescent, mais désireux de ne pas se fâcher avec son seul allié, il la supportait.
Avec aisance, Carlito le promena dans les dédales du château, lui faisant monter et descendre des escaliers, parcourir des couloirs. Très vite, Demian fut complètement perdu. Cela devait faire une bonne heure qu'ils se baladaient dans le château quand Carlito suggéra qu'ils fassent la pause. Demian qui en avait plein les jambes fut immédiatement d'accord. Ils s'assirent donc sur un large banc recouvert d'un somptueux coussin de velours rouge qui se trouvait sous une petite fenêtre dans une charmante alcôve.
– Tu aimerais voir à quoi ressemble le parc du château ? demanda Carlito.
– Oui, beaucoup. On a le droit d'y aller ?
– Non, c'est interdit. Du moins tant qu'on est pas officiellement devenus pages ou qu'on n'est pas accompagné par le Grand Page Shaham. Je te proposais juste d'ouvrir la fenêtre pour que tu puisses voir le parc d'ici.
– Pardon, je n'avais pas compris...
– Oui, je m'en doute, l'interrompit Carlito. Allez, relève-toi que je l'ouvre.
Au moment de regarder par la fenêtre, Demian fut ennuyé. Il n'y avait pas de place pour se tenir debout entre le banc et la fenêtre et il craignait de salir le coussin de velours rouge s'il grimpait dessus avec ses chaussures. Il voulut les retirer.
– Qu'est-ce que tu fous ? demanda Carlito.
L'adolescent fit part de ses inquiétudes à son camarade qui rétorqua d'un ton péremptoire :
– T'as pas besoin d'enlever tes chaussures pour autant. Tu n'as qu'à poser tes genoux sur le coussin. Comme ça, tu n'abîmeras rien et tu pourras admirer la vue.
Demian se sentit bête de ne pas y avoir pensé et il suivit le conseil de Carlito.

mercredi 27 janvier 2010

Le Suivant du prince - 54

– Ne fais pas cette tête. Comme tu peux voir, moi, je ne te fais pas la gueule pour autant, déclara Carlito tout en passant une main consolatrice et caressante dans le dos de Demian.
L'adolescent rougit, gêné qu'un quasi inconnu le touche aussi familièrement. Carlito avait l'air aimable, mais la façon qu'il avait de le dévisager le mettait mal à l'aise. Il acquiesça et rentra le dos, se dérobant au contact de son camarade.
– Que fait-on cet après-midi ?
– Course à pieds ! Les pages ont besoin d'avoir le pied léger. Les journées sont toujours partagées entre cours barbants et sports variés.
Demian grimaça. Les activités physiques n'avaient jamais vraiment été son fort et ce n'était pas avec les intellectuelles qu'il avait pouvoir briller vu le peu de choses qu'il savait. En y réfléchissant bien, il n'avait rien de ce qu'il fallait pour devenir page. Avec angoisse, l'adolescent se demanda s'il parviendrait au bout de la formation.
A la fin de sa première journée, Demian était épuisé et malheureux. Il n'avait fait preuve ni d'endurance ni de rapidité à la course, ce qui lui avait valu les quolibets de ses camarades. Le soir, au réfectoire, il avait dû essuyer des réflexions désagréables et on lui avait fait un croche-pied. Il se serait lamentablement étalé par terre si Carlito ne l'avait pas rattrapé.
En se couchant dans le lit qui lui avait été assigné dans le dortoir, Demian souhaita très fort que les choses se passent mieux le lendemain... Hélas, elles empirèrent. Quelqu'un avait réussi à savoir qu'il était le frère du Suivant du Prince et que, comme lui, il était un Sans-Guilde. L'hostilité de ses camarades augmenta d'un cran. Après les semaines paradisiaques au manoir des Lyonn, le choc était rude. Néanmoins, avec les Boulgs, il avait été habitué à être en bute aux commentaires déplaisants, aussi ne se laissa-t-il pas abattre. Avec le temps, peut-être que ses camarades se lasseraient... En attendant, chaque fois qu'il faisait une erreur, il devait essuyer des quolibets. Même Carlito, le seul à lui apporter un peu de soutien, se joignait aux moqueries. Le jeune homme aux yeux dorés avait tendance à souffler le chaud et le froid, mais comme Demian n'avait pas d'autre allié parmi les pages en formation, il avait fini par abandonner les préventions qu'il avait à son égard.

Entre le manque d'amabilité de ses camarades et la difficulté qu'il avait à suivre les cours, les neuf premiers jours de la formation parurent interminablement longs à Demian. De nouveau, comme autrefois à l'auberge des Boulgs, il se sentait fiévreux et malade. Il fut donc heureux d'apprendre que tous les dix jours environ, les pages en formation avaient le droit à une journée de repos. Ce jour-là, ils étaient libres de faire ce qu'ils voulaient, à condition d'être rentrés à la tombée de la nuit au dortoir. Demian aurait aimé profiter de cette journée pour rendre visite à son frère et à Léo, seulement, il ne savait pas comment les retrouver...