lundi 30 novembre 2009

Le Suivant du prince - 22

Chapitre VI : La difficile position de Suivant du Prince

Quand Youri reprit conscience, son environnement le surprit. Le lit sur lequel il était allongé était recouvert d'une tenture dorée, le matelas était moelleux et les draps étaient d'une douceur incroyable. Assis auprès du lit, un homme vêtu de la robe vert amande des prêtres soignants sommeillait. Il devait avoir entre quarante-cinq et cinquante ans. Youri, la bouche sèche et le cœur battant, se redressa dans le lit. Où était-il ? La dernière chose dont il se rappelait, c'était le son des trompettes qui mettaient fin à ses espoirs de gagner le concours. Le prêtre se réveilla au moment où le jeune homme tentait de se lever.
– Il vaut mieux que vous restiez couché, vous avez perdu beaucoup de sang et êtes resté inconscient une journée entière, dit-il d'une voix douce.
Youri se souvint de la lame et de l'homme qui avait attaqué Al dans les tranchées. D'un coup d'œil, il constata que sa blessure avait été bandée avec soin.
– Où suis-je ? murmura-t-il.
– Vous êtes au château du prince Aldrick.
La surprise rendue Youri muet. Le prêtre ne développa pas plus le sujet, et lui tendit un verre d'eau que le jeune homme prit avec gratitude. Jamais il n'avait bu d'eau aussi bonne : elle était parfumée et très légèrement sucrée. Quand il eut terminé de boire, le prêtre reprit le verre et déclara :
– Je vais aller prévenir qui de droit que vous êtes réveillé.
Dès que l'homme fut sorti de la pièce, Youri essaya de sortir du lit. Il se sentait extrêmement faible et il eut du mal à se mettre debout. La richesse des meubles et des objets qui l'entouraient augmentait sa sensation de vertige. Prudemment, il se recoucha et ferma les yeux. Il avait beau retourner la situation dans sa tête, il ne voyait pas comment il était arrivé là. Peut-être rêvait-il ? Sans s'en rendre compte, il glissa dans le sommeil.

Quand il rouvrit les yeux, le prêtre avait regagné son chevet. Derrière la porte, on entendait des éclats de voix :
– Vous ne pouvez pas traiter le représentant des Commerçants avec autant de légèreté, surtout après ce que vous avez fait hier...
– Enfin Rudolf, ce n'est pas comme si je l'avais abandonné sans explications... il peut bien patienter une demi-heure !
Deux hommes débarquèrent dans la pièce. L'un avait de longs cheveux noirs qui lui descendaient jusqu'au creux des reins, l'autre avait les cheveux bleus coupés court. Quand ce dernier arriva tout près du lit, Youri le reconnut avec étonnement. C'était Al. Un Al aux cheveux bleus et à la tenue princière, mais c'était bel et bien Al.
– Alors, comment va le blessé ? demanda-t-il.
– Très faible, encore, votre Majesté, répondit le prêtre.
Youri comprit alors que « Al » était le diminutif de « Aldrick » et que l'ouvrier était en fait le noble prince Aldrick. Le jeune homme passa un doigt sur ses lèvres, se rappelant le baiser qu'il avait reçu de Al, et décida qu'il devait délirer : il n'était pas au château de Aldrick VII, il n'était pas en présence du prince...

vendredi 27 novembre 2009

Le Suivant du prince - 21

– Capitaine, laissez-moi me charger du cas.
C'était Léo, son frère de lait. Sa venue était une véritable bénédiction, songa Aldrick. Normalement, sa taille gigantesque et sa réputation, pousseraient le capitaine de s'écraser...
– Chevalier Lyonn, il me semble que ce n'est pas de votre ressort.
Voilà un capitaine qui serait rétrogradé. Tant de bêtises, tant d'incompétence, ce n'était pas possible ! A se demander comment il avait obtenu son poste !
– Vous avez raison...
Le capitaine se rengorgea, fier de lui, mais Léo poursuivit :
– Seulement, aux dernières nouvelles, en tant que membre de la noblesse, j'ai tout à fait le droit de vous donner des ordres.
L'homme perdit de sa superbe.
Léo, considérant que le problème était réglé, ignora le capitaine pour demander ce qui s'était passé. Aldrick s'empressa d'expliquer la situation.
– Capitaine, je vous suggère d'emprisonner l'homme qui se trouve à vos pieds. Je me charge des soins de l'autre, déclara Léo.
Au moment où le capitaine s'éloignait avec ses hommes et l'agresseur de Aldrick, le garçon d'auberge s'évanouit. Léo Lyonn le rattrapa de justesse, puis il appela un page pour qu'il fasse venir un prêtre et un carrosse.

– Et je t'assure, j'ai failli commettre un meurtre tellement ce capitaine était obtus, déclara Aldrick à son frère de lait tandis qu'un prêtre désinfectait et pansait avec efficacité la plaie du jeune homme.
– Ce n'eût pas été une grosse perte, mais heureusement que je suis arrivé, cher Al.
Le prêtre jusque là penché sur le corps du blessé, se releva et s'inséra dans leur conversation :
– Messieurs, j'ai donné les premiers soins, mais la blessure est plus profonde qu'il n'y paraît et ce jeune homme a perdu beaucoup de sang. Il lui faudra du temps et du repos pour se remettre.
– Merci pour votre peine, répondit Léo en tendant quelques pièces d'argent à l'homme qui les accepta avec une courbette avant de se retirer.
Après cela Aldrick et Léo portèrent avec précaution le corps inanimé de Youri à l'intérieur du carrosse et ils prirent la direction du château.
– Au fait, comment se fait-il que tu aies apparu si opportunément ? demanda le prince quand ils furent installés à l'intérieur.
– Ce cher Rudolf m'a simplement demandé de venir te chercher. Je te rappelle que tu dois accueillir ton nouveau Suivant qui se dirige en ce moment vers le château.
– Oh... Oh.
– Ne me dis pas que tu avais oublié...?
– Ne deviens pas un second Rudolf, j'en ai déjà assez d'un !
– Ce n'est pas pour te faire la morale...
– Bien. Tu vois ce jeune homme sur la banquette en face de nous ?
– Le Sans-Guilde ?
– C'est un garçon d'auberge, et il fait parti de la Guilde des Ouvriers, mais passons... Il m'a évité une blessure mortelle sans savoir qui j'étais, ce sera lui mon Suivant.
– Je crois que ce cher Rudolf va avoir une crise cardiaque, déclara Léo avec un large sourire.

(Fin du chapitre 5)

jeudi 26 novembre 2009

Le Suivant du prince - 20

Contrairement à ses attentes, les gardes n'arrivèrent pas assez vite pour séparer les combattants. Ils cueillirent à la sortie de la tranchée Youri qui avait réussi à mettre hors d'état nuire l'agresseur d'Aldrick, puis l'un des plus jeunes gardes alla, sur ordre de son supérieur, tirer le corps de l'autre homme impliqué dans l'histoire. Pendant ce temps, le garçon d'auberge, malgré le sang qui coulait le long de son bas, essayait de négocier avec les gardes pour qu'ils le laissent terminer le parcours. Le fait que Youri veuille à toutes forces continuer, permit à Aldrick de réaliser que le jeune homme ne savait pas qu'il était le prince. Les gardes refusèrent bien sûr, car ils étaient de leur devoir de tirer cette agression au clair. Comme c'était l'autre homme qui avait perdu connaissance et que sa tenue était celle d'un artiste, ils avaient l'impression que le coupable du combat était Youri. Il faut dire que ce dernier avait vraiment piètre allure et que le sang qui maculait sa pauvre tunique déchirée, lui donnait un air impressionnant. Aldrick essaya d'expliquer que c'était lui qui avait été attaqué à l'origine, mais il ne réussit pas à se faire entendre. Voyant que les gardes n'avaient même pas la présence d'esprit d'appeler une prêtre pour soigner Youri, Aldrick allait dévoiler sa royale identité quand des trompettes annoncèrent que l'ultime épreuve s'était terminée. Il ne restait que seize candidats à départager. Le garçon d'auberge, déjà pâle à cause du sang qu'il perdait, devint encore plus blanc : ses espoirs s'envolaient. Dans la foule, le brouhaha était à son comble Les gardes se laissèrent distraire. Eux aussi, ils avaient envie de savoir quel allait être l'heureux élu. Il y eut un roulement de tambour, puis le nom du candidat gagnant ainsi que sa guilde fut cité. C'était un commerçant. Dans son for intérieur, Aldrick se réjouit : si cela avait été un Noble, le faire renoncer au prestigieux poste de Suivant du Prince eut été quasiment impossible, mais avec un commerçant, négocier ne serait pas trop difficile. Youri méritait d'être son Suivant et il le serait. Si le jeune homme avait su qu'il était le prince, Aldrick n'aurait pas envisagé de rendre inutile le concours qu'il avait organisé, mais là, cela s'imposait. Si le garçon d'auberge était capable de s'interposer entre un poignard et un homme qu'il ne connaissait que depuis quelques jours, faisant ainsi preuve d'altruisme et de bravoure, il était certain qu'il saurait protéger son prince avec autant de fougue.
Une fois l'issue du concours connue, les gardes revinrent à la charge. Aldrick perdit alors patience :
– Vous êtes bigleux ou quoi, il perd tout son sang ! Je doute qu'un cadavre vous aide à connaître les tenants et les aboutissants de l'affaire !
Le capitaine de la garde n'apprécia évidemment pas la remarque.
– Je ne vous permets pas de me dire comment faire mon travail, monsieur. Je ne comprends d'ailleurs toujours pas bien votre rôle dans l'histoire.
Aldrick allait se jeter sur le capitaine pour l'étrangler quand une voix familière l'empêcha de faire cette bêtise.