Peter inspira à fond, Tom avait accepté qu'il pieute chez lui samedi soir. Comme il travaillait, il ne pouvait pas l'accompagner et c'était tant mieux vu l'endroit où Peter souhaitait se rendre. Du côté parental, il n'y avait pas eu de difficultés non plus : il avait vingt et un ans et avait bien le droit de dormir chez un de ses potes après avoir fait la bringue toute la nuit. Peter n'était pas coutumier du fait, mais il arrivait fréquemment que Nathan ne rentre pas de la nuit sans prévenir. Son père comme sa mère semblèrent même soulagés qu'il se comporte enfin comme un garçon normal qui avait envie de boire plus que raison et de tenter sa chance auprès filles. Bref, tout s'arrangeait pour le mieux. Restait le problème des fringues. Sans demander la permission de son frère, Peter lui emprunta une de ses vestes en cuir noir et lui vola un peu de gel. Il ne voulait pas avoir l'air trop sérieux. Il enfila le jeans le plus délavé qu'il possédait, des chaussures à mi-chemin entre baskets et chaussures de ville, un t-shirt noir et un pull gris. Sans la veste en cuir, et le gel pour redresser ses cheveux, il aurait été enfin de compte habillé comme tous les jours. Le pull gris était un peu terne, mais comme il rappelait la couleur de ses yeux... Le ventre noué, Peter prit la direction du quartier du Marais. Il arriva en tout début de soirée, aussi préféra-t-il déambuler un moment dans les rues. Après tout, il ne cherchait pas n'importe quel bar. Il savait qu'il aurait dû se renseigner avant, mais il n'avait pas d'ordinateur à sa disposition pour ça : celui de l'appartement se trouvait au beau milieu du salon et ceux de la bibliothèque de l'université étaient plus ou moins surveillés pour éviter qu'on en fasse un usage autre que scolaire. Quel trouillard, il faisait quand même ! Une façade rouge attira son attention, c'était un café-bar. Peter hésitait à y entrer quand deux hommes en sortirent tout en discutant avec animation. L'un avait sa main glissée dans la poche du jeans de l'autre. Peter prit une grande inspiration, puis il poussa la porte d'entrée. La salle baignait dans une lumière rose-rouge et une musique rock envahissait l'espace sonore. La décoration intérieure était gay à souhait. Peter se rendit compte qu'à force de se cacher et de faire semblant d'être hétéro, il était passé à côté de tout un monde. Un tableau sur lequel figurait une banane en forme de pénis était accroché au-dessus du bar. Il n'y avait pratiquement que des hommes. Un peu hésitant, Peter se dirigea vers le bar. Il sentit deux ou trois regards qui s'accrochaient à lui et il se demanda s'il faisait tache... A moins qu'il n'est tapé dans l'œil de quelqu'un ? Soudain, Peter le vit. L'homme n'était pas beau, il était attirant.
jeudi 30 avril 2009
mercredi 29 avril 2009
Cicatrices - Chap1 : Secret(4)
– Allez, faire ça ailleurs bande de tarlouzes ! s'exclama Jack à l'intention de deux jeunes hommes qui s'embrassaient.
Peter, Tom et Jack étaient sortis de l'université par une porte moins fréquentée et c'est là qu'ils avaient surpris cette scène. Jack l'avait pris comme une insulte personnelle et avait démarré au quart de tour. Peter rentra la tête dans les épaules, il avait honte de se retrouver en compagnie d'un type pareil, honte de ne pas être capable d'intervenir...
– Qu'est-ce que t'oses dire ? s'écria l'un des jeunes hommes.
– Je te dis que vous êtes des pédales !
Peter aurait voulu faire taire Jack, mais il se sentait comme paralysé. Et bon sang, pourquoi Tom ne réagissait-il pas ? Il était du plutôt genre tolérant, pourtant ! Peter jeta un coup d'œil au second jeune homme qui restait muet et gêné. Il le regarda attentivement tandis que le ton montait entre Jack et l'inconnu. C'était une fille. L'autre jeune homme était une fille ! Masculine, il est vrai, mais bel et bien de sexe féminin. Peter trouva alors le courage d'ouvrir la bouche.
– Jack, arrête, c'est une fille.
– Évidemment que c'est une fille, confirma l'inconnu.
– Je le crois pas, rétorqua Jack.
– Allez, ça suffit maintenant, intervint Tom.
– Ok, ok, je m'excuse, grommela Jack qui visiblement n'en pensait pas un mot.
L'inconnu n'eut d'ailleurs pas l'air satisfait, mais sa timide compagne le tira par la manche, aussi haussa-t-il les épaules et laissa tomber.
– Les pédés, on devrait les laisser entre eux. Y paraît qu'il y a pleins de bars à tarlouzes dans Marais... Moi, je dis, qu'ils y restent, la fange et la boue, c'est bon pour ces cochons !
Peter prit mentalement note du quartier. Il n'avait pas envie de rester solitaire toute sa vie. Peut-être qu'un jour quelqu'un l'embrasserait passionnément et le protègerait contre la stupidité des gens comme Jack. L'inconnu n'avait pas commencé par révéler le véritable sexe de sa compagne, il l'avait simplement défendu. Peter secoua la tête. Il fallait qu'il arrête avec son romantisme à deux balles. S'il se rendait dans le Marais et entrait dans un bar gay, il ne faudrait pas qu'il se leurre, il n'allait pas rencontrer le grand amour. Au mieux, il arrêterait d'être puceau... Oui, la situation actuelle ne pouvait plus durer, il en avait assez. Plutôt que de rêver d'un amant passionné, plutôt que de continuer à être lâche, il allait agir... et peut-être même interagir.
Peter, Tom et Jack étaient sortis de l'université par une porte moins fréquentée et c'est là qu'ils avaient surpris cette scène. Jack l'avait pris comme une insulte personnelle et avait démarré au quart de tour. Peter rentra la tête dans les épaules, il avait honte de se retrouver en compagnie d'un type pareil, honte de ne pas être capable d'intervenir...
– Qu'est-ce que t'oses dire ? s'écria l'un des jeunes hommes.
– Je te dis que vous êtes des pédales !
Peter aurait voulu faire taire Jack, mais il se sentait comme paralysé. Et bon sang, pourquoi Tom ne réagissait-il pas ? Il était du plutôt genre tolérant, pourtant ! Peter jeta un coup d'œil au second jeune homme qui restait muet et gêné. Il le regarda attentivement tandis que le ton montait entre Jack et l'inconnu. C'était une fille. L'autre jeune homme était une fille ! Masculine, il est vrai, mais bel et bien de sexe féminin. Peter trouva alors le courage d'ouvrir la bouche.
– Jack, arrête, c'est une fille.
– Évidemment que c'est une fille, confirma l'inconnu.
– Je le crois pas, rétorqua Jack.
– Allez, ça suffit maintenant, intervint Tom.
– Ok, ok, je m'excuse, grommela Jack qui visiblement n'en pensait pas un mot.
L'inconnu n'eut d'ailleurs pas l'air satisfait, mais sa timide compagne le tira par la manche, aussi haussa-t-il les épaules et laissa tomber.
– Les pédés, on devrait les laisser entre eux. Y paraît qu'il y a pleins de bars à tarlouzes dans Marais... Moi, je dis, qu'ils y restent, la fange et la boue, c'est bon pour ces cochons !
Peter prit mentalement note du quartier. Il n'avait pas envie de rester solitaire toute sa vie. Peut-être qu'un jour quelqu'un l'embrasserait passionnément et le protègerait contre la stupidité des gens comme Jack. L'inconnu n'avait pas commencé par révéler le véritable sexe de sa compagne, il l'avait simplement défendu. Peter secoua la tête. Il fallait qu'il arrête avec son romantisme à deux balles. S'il se rendait dans le Marais et entrait dans un bar gay, il ne faudrait pas qu'il se leurre, il n'allait pas rencontrer le grand amour. Au mieux, il arrêterait d'être puceau... Oui, la situation actuelle ne pouvait plus durer, il en avait assez. Plutôt que de rêver d'un amant passionné, plutôt que de continuer à être lâche, il allait agir... et peut-être même interagir.
(Fin du Chapitre 1)
mardi 28 avril 2009
Cicatrices - Chap1 : Secret(3)
Si ça continuait, quand il en aurait quarante, il en serait toujours au même point. Il continuerait à cacher sa préférence pour les hommes et à prétendre être attiré par des filles qu'il trouvait simplement gentilles. Il n'avait même pas été foutu de révéler la vérité à son ami Tom qu'il connaissait depuis le collège. Ils s'étaient retrouvés à l'université après s'être plus ou moins perdus de vue pendant les années lycées, tout simplement parce qu'ils n'étaient pas allés dans le même établissement. Au lycée, Tom était devenu ami avec Jack qui était clairement homophobe. Peter n'était pas très proche de ce dernier, mais il semblait impossible d'avoir Tom sans Jack : il faisait parti du lot. En dehors de son homophobie, Jack n'était pas désagréable. Il était même plutôt sympa. Il était prompt à faire des photocopies de ses cours, offrait volontiers une boisson à la machine quand il s'en prenait une, prêtait sans problème ses livres, ses disques, ses mangas et ses DVDS. Physiquement, il était plaisant à regarder. Il avait de grands yeux verts aux longs cils, un menton volontaire, des cheveux noir charbon coupés à ras, un corps mince et musclé. Pour Jack, Peter était difficile en matière de filles, il visait trop haut. En fac de lettres, le choix ne manquait pourtant pas. D'ailleurs, le jeune homme soupçonnait parfois Jack d'avoir choisi cette voie pour ça.
De pensées en pensés, Peter parvint jusqu'à la fac. Il traînait un peu les pieds, car il avait un bon quart d'heure d'avance et décidément la perspective du cours sur Ronsard ne l'emballait pas. Il grimpa lentement les trois étages. Quelques élèves s'étaient déjà installés dans la salle de classe, mais Peter ne les connaissait pas. Il aurait été du genre à s'asseoir au premier rang, mais ni Jack ni Tom ne l'étaient, il se dirigea donc vers le fond de la salle. Ils ne suivaient pas tous les trois les mêmes cours, mais en avaient tout de même un bon nombre en commun. Peter s'était forcé à prendre le cours sur Ronsard afin d'étudier un peu plus en détails la littérature du XVIème siècle, siècle qu'il avait sciemment évité les deux premières années de sa licence. Tom, en revanche, était réellement intéressé par cette époque. Quant à Jack, il n'avait eu aucune envie de se retrouver seul au cours de XVIIIème sur le libertinage, aussi s'était-il inscrit au même cours qu'eux. Bizarrement, il arriva avant Tom. Il faut dire que ce dernier avait du mal à se lever le matin. Il habitait quasiment en face de la fac, et ce confort le faisait toujours arriver à la dernière minute. A force de croire qu'il avait le temps, il finissait par se mettre en retard.
– Salut ! fit Jack en s'installant à droite de Peter.
– B'jour ! Bien, dormi ?
– Comme un loir, mais je suis content qu'on soit vendredi. Une autre matinée à me lever aux aurores, ça me tuerait.
– Prêt pour Ronsard ?
– Nope. Si on cueillait dès aujourd'hui les roses de la vie, je t'assure qu'on aurait tout intérêt à être ailleurs qu'ici.
Peter sourit. Oui, Jack était sympathique. Il était rarement de mauvaise humeur et ses plaisanteries étaient amusantes.
Seulement il avait un gros défaut : son homophobie. En fin d'après-midi, en sortant des cours, Peter fut bien obligé de s'en rappeler.
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