jeudi 17 juin 2021

Amour Alien - 21

Il était impossible de dormir avec en arrière-fond sonore les cris de plaisir de l’extraplanétaire qui s’appelait, si Aarp se souvenait bien, Lilou.
Celui qui chante s’était débrouillé pour séduire sa belle malgré que toutes les activités ou presque soient réalisées en groupe. La corporalité l’avait emporté sur le verbal. Il était heureux pour Chaan, mais d’un point de vue pratique, il regrettait d’être dans le nid d’à côté, aux premières loges de leur bruyant accouplement. Cela le renvoyait à sa propre solitude.
Aarp se laissa glisser en bas et repéra son extraplanétaire – Jo – qui s’éloignait du village. Ce n’était pas prudent de sa part de partir comme ça, sans personne pour l’escorter. Jo était loin de connaître toutes les créatures dangereuses promptes à sortir de leur trou quand il n’y avait pas de bruit. Il se dépêcha de suivre Jo qui se rendait à priori au point d’eau.
Il hésitait à manifester sa présence quand Jo retira l’enveloppe noire qui couvrait son corps, dévoilant un dos blanc, de longues jambes et des fesses masquées par une matière rouge.
Bien que quatre extraplanétaires se soient décidées à abandonner leurs couches artificielles, les onze autres continuaient à les porter.
Aarp, par respect pour leur différence culturelle, jugea bon de signaler qu’il était là en l’appelant.
Jo sursauta violemment et se retourna un bras sur sa poitrine, une main entre ses jambes.
— Lll… Aaarp !
Il avait fait peur à Jo. Il lui aurait bien présenté des excuses, excepté qu’il n’était pas certain que Jo maîtrise l’expression. Et, en toute honnêteté, il n’était pas vraiment désolé. Mieux valait lui qu’un favala sauvage.
Un des mamelons de Jo était visible sur sa poitrine plate comme celle d’un mâle.
Jo dit quelque chose dans son langage, s’accroupit, cachant davantage son corps, puis pointa du doigt Aaarp et mima des jambes en marche.
Son extraplanétaire souhaitait qu’il parte, mais c’était hors de question. Il ne bougea pas d’un pouce.
Jo le montra encore, puis plaça une main devant ses yeux.
Aaarp pouvait arrêter de le regarder, oui. Brièvement.

mercredi 16 juin 2021

Amour Alien - 20

Dans les jours qui suivirent, Joël se retrouva à recueillir d’autres confidences, celles de Miranda, puis de Lilou. Elles aussi avaient franchi le pas avec leurs aliens et découvert que leur queue n’en était pas une au sens premier du terme, mais au second.
Joël eut du mal à être surpris la troisième fois, ce qui étonna, et possiblement désappointa  Lilou.
Il prétendit s’en être douté alors que cela ne l’avait même pas effleuré à l’origine. Cela excitait à présent son imagination, tout en le frustrant terriblement, parce que lui, il ne pouvait pas se permettre de craquer. Ses avances ne seraient pas forcément mal accueillies, mais s’il touchait Aarp, le Turquoise le déshabillerait, découvrirait son pénis et tout s’arrêterait.
Il était coincé sur la planète, dans un rôle, sans même pouvoir bénéficier des avantages du travestissement vu qu’il n’avait d’autres vêtements que ceux qu’il avait sur le dos et était condamné au célibat avec la torture ajoutée d’entendre les autres évoquer leur vie sexuelle.
Joël avait essayé de se montrer courageux, de s’adapter, mais il était de plus en plus fatigué de la chaleur permanente, des repas fleuris sans saveur, de l’absence d’intimité et de confort…
Il n’avait même pas de chaussures aux pieds, le comble pour un vendeur de souliers ! Ses escarpins étaient restés par terre dans son salon, non pas qu’ils auraient été pratiques à utiliser sur le terrain sableux, mais cela n’était pas évident de ne posséder rien d’autre que ce qu’il avait sur le dos : un chouchou, un bijou, une robe raccourcie et une culotte en dentelle rouge qui l’ avait fait se sentir sexy dans une autre vie...
Bien qu’il ne passe pas son temps à se plaindre, comme certaines filles, cela lui pesait.
Il avait beau se répéter que la situation aurait pu être pire, qu’il aurait pu finir dans le ventre d’un alien, en cage, traité comme un animal ou un esclave, ce n’était pas facile de rester positif.
Et puis il y avait ce paradoxe où, en apparence, il était dans la même galère que les autres filles, et dans les faits, constituait un cas à part.
Son travestissement compliquait les choses. L’option de le dévoiler sans attendre qu’il soit découvert demeurait une possibilité, mais il continuait à avoir peur.
Sûrement, ni les Turquoises ni les filles ne le jetteraient hors du village pour l’abandonner dans le désert… Ils ne le lapideraient probablement pas non plus, mais personne ne serait content.

mardi 15 juin 2021

Amour Alien - 19

— Jo… Tu dors ? s’enquit Emilie.
Joël avait demandé à être appelé ainsi. C’était plus agréable pour lui que d’avoir une syllabe ajoutée à son prénom.
— Non, je suis réveillé, avoua Joël.
Il avait tendance à traîner pour se lever de façon à avoir un peu d’intimité avant de retrouver tout le monde en bas.
Miranda et Zara étaient d’ailleurs déjà parties. Apparemment, Emilie s’était attardée exprès.
— Tu te rappelles quand tu as demandé si quelqu’un trouvait les aliens séduisants ?
— Oui, confirma-t-il.
Il n’était pas prêt d’oublier le feu d’artifice de réactions que cela avait engendré. Les quelques aveux timides de certaines avaient été largement noyés dans un flot de protestations indignées.
— Eh bien, hier, j’ai craqué avec Faab, dit Emilie, en s’empourprant.
— Tu l’as embrassé, caressé, plus… ? demanda Joël, incapable de cacher sa curiosité.
— Nous sommes allés jusqu’au bout, répondit Emilie.
— Comment ça s’est passé ?
— Plus que bien… Même si j’ai eu le droit à une surprise… Leur queue est en fait un second pénis.
Joël écarquilla grands les yeux.
— Ce n’est pas vrai, murmura-t-il, incrédule.
— Je t’assure que si. Double éjaculation !
Joël réclama des détails, soudainement assailli par des images toutes plus érotiques les unes que les autres, excepté qu’au lieu d’imaginer Emilie et son alien, c’était lui et Aarp qu’il voyait.
Il fut obligé de croiser les jambes pour masquer son début d’érection.
— Désolée, mais c’est trop intime. Il fallait que j’en parle à quelqu’un, et je savais que tu ne me jugerais pas mal, mais c’est entre lui et moi, tu comprends… ?
— Bien sûr, acquiesça Joël.
Lui-même n’était pas vraiment du genre à détailler ses ébats, pas même avec ses plus proches amis avec lesquels il n’aurait plus jamais l’occasion de converser. Il ne pourrait plus également parler à aucun membre de sa famille, mais ça, ce n’était pas une grosse perte car les choses étaient tendues entre eux depuis son coming-out.
— Du moment que tu es heureuse, le reste importe peu, ajouta-t-il.
Il n’avait certes pas besoin de savoir si Faab avait pénétré successivement Emilie ou simultanément...
— Je ne peux pas prétendre être amoureuse, mais il est adorable, toujours à m’aider pour grimper aux arbres.
Zara avait appris à se débrouiller, comme Joël, mais Emilie était encore dépendante de son alien pour ça.
— Si on nous avait dit un jour que les princes charmants pouvaient avoir des cornes et des langues fourchues, on ne l’aurait pas cru, plaisanta Joël.
— Présenté comme ça, on croirait que ce sont des démons, pouffa Emilie.
— Ils manquent de rouge pour cela.
— Toujours le mot pour rire, Jo !
C’était ça ou pleurer.
— Bon, on ferait mieux de rejoindre les autres. Je ne veux pas rater la leçon de langue du jour. J’ai envie pouvoir échanger plus que deux mots avec Faab. En attendant, je compte sur toi pour garder le secret.
— Motus et bouche cousue, promit Joël en mimant l’action du zip.
Il n’était pas garanti que Faab se montre aussi discret, mais de toute façon, vu les échanges verbaux limités entre aliens et humains, c’était surtout l’opinion des autres filles qui étaient susceptibles d’embarrasser Emilie.