lundi 14 juin 2021

Amour Alien - 18

Aujourd’hui marquait le dixième jour depuis leur enlèvement par les affreux pustuleux et leur sauvetage par les Turquoises.
Joël savait désormais que Lance s’appelait en fait Aarp et, Bois-de-cerf, Coon.
Aliens et humains avaient en effet finalement réussi à échanger leurs prénoms, non sans difficultés, car apparemment presser sa main sur sa poitrine pour se désigner n’était pas quelque chose d’universel, mais la persistance avait payé.
Miranda avait autrement dessiné un vaisseau spatial et une fusée, mais Bois-de-cerf alias Coon les avait barrés et effacés, traçant une sorte de tourbillon à leur place.
La plupart des filles n’arrivait pas pour autant à se résigner au fait qu’aucun retour sur Terre n’était possible. Joël lui-même avait du mal à admettre qu’il n’y avait d’autre choix que de s’habituer à vivre avec les Turquoises.
Il ne faisait jamais nuit sur cette planète. La température était invariablement brûlante et étouffante.
L’alimentation des aliens était composée essentiellement de plantes, de fruits (ou légumes, c’était difficile à dire) avec parfois la chair crue de créatures qui ne ressemblaient en rien aux espèces terriennes.
Les leçons de langue occupaient l’essentiel de leurs journées. Les progrès étaient hélas aussi lents que laborieux.
Il n’y avait plus eu de baiser entre aliens et humaines, du moins pas à la connaissance de Joël, mais plus vraiment non plus de tête-à-tête.
Tout se faisait en groupe ou presque. C’était un miracle que personne n’ait encore découvert le secret de Joël qui avait réussi à se baigner discrètement une fois dans le point d’eau à la faveur du calme de la nuit, son obscurité étant hélas inexistante.
Quatre filles sur les quatorze avaient adopté la mode nudiste, ce qui était logique en l’absence de tenues de change et face à la chaleur terrible. Pour pallier à l’inconfort des sols durs des cabanes, ils s’étaient confectionnés des couches avec de larges feuilles. Les Turquoises avaient été intrigués et à priori pas convaincus, mais ils les avaient aidés, comme en tout. C’était un peuple généreux. Que la théorie de Lilou soit probablement juste n’y changeait rien.
Enfin, ce n’était pas tout à fait vrai. Cela augmentait la culpabilité de Joël de mentir à tout le monde sur son véritable sexe. Lance alias Aarp, ou un autre alien risquait d’être déçu, tandis que les filles dont il était devenu proche seraient sans doute blessées qu’il ne leur ait pas fait confiance. Sans compter les critiques et jugements des autres au sujet de son travestissement.

vendredi 11 juin 2021

Amour Alien - 17

— Ne t’inquiète pas, elle est parfaite pour moi, dit Aaarp.
— Quoi ?! s’exclama Cuueil. Mais elle n’a pas de cornes et…
— Les extraplanétaires ne sont de toute manière pas exactement comme nous.
Cuueil poussa un soupir.
— Oui, tous ses poils sur la tête, cette peau toute lisse…
— Je croyais qu’elles te plaisaient.
— Certes, mais ce ne sont pas des Pizziennes. Il va falloir tout leur enseigner… à commencer par notre langue.
Aarp sourit en repensant à la manière dont son extraplanétaire au poil blond avait massacré la prononciation du mot cisaille.
— Peut-être que c’est nous qui devrions apprendre leur langage.
— Ne sois pas ridicule.
Aarp était sérieux. Il ne voyait pas pourquoi ce serait aux extraplanétaires de faire tous les efforts. Elles n’avaient après tout pas demandé à atterrir sur leur planète. Sans la tempête de sable, elles auraient encore été dans leur vaisseau en route vers quelque mystérieuse destination.
Cependant, il n’y avait pas qu’une manière de communiquer. Les mots étaient pratiques, pas indispensables. Et Aarp préférait l’action au bavardage.
Il y avait des apprentissages tout aussi urgents comme se repérer, connaître les plantes bonnes à manger, maîtriser le maniement des armes...
— Tu vas vraiment essayer de coucher avec ton extraplanétaire ? reprit Cuueil.
Bien qu’Aarp lui soit reconnaissant de l’avoir amené à réfléchir, son insistance et son incrédulité étaient pénibles.
— Et toi ? répliqua-t-il.
— Moi, je ne doute pas de réussir, riposta Cuueil en effectuant quelques mouvements suggestifs du bassin.
— Encore faut-il qu’elle soit d’accord, souligna Aarp sans jeter à la figure de Cuueil que son extraplanétaire à lui ne hurlerait pas si jamais il l’embrassait, à moins que, comme Baat, il ne se fasse des idées.
— Cela viendra, déclara Cuueil avec arrogance.
Plus il parlait et plus Aarp en venait à se dire que la compatibilité sexuelle ne faisait pas tout. Plutôt que de s’inquiéter de l’aspect physique, Aarp allait prendre le temps de faire connaissance avec son extraplanétaire dont il appréciait déjà l’esprit pratique et la persévérance.

jeudi 10 juin 2021

Amour Alien - 16

— Les têtes-à-têtes sont finis pour la journée et jusqu’à nouvel ordre, annonça Coon d’un ton ferme.
Cette décision de Celui qui commande entraîna quelques plaintes.
— Tout ça parce que Baat n’a pas su se tenir, marmonna entre autres Raac.
Celui qui raconte était incapable de se taire bien longtemps.
— Si cela n’avait pas été lui, cela aurait été un autre d’entre vous, fit remarquer Saag avec sa philosophie habituelle.
C’était une vérité indéniable. Aarp supposait malgré tout que le résultat aurait été différent avec une autre extraplanétaire.
— De toute manière, avec toutes ses nouvelles bouches à nourrir, rester au village sans rien faire n’est pas une option, clama Coon.
Là-dessus, il s’empressa d’assigner une tâche à chacun, sans prendre en compte leurs inclinations naturelles qui leur avaient valu leurs désignations.
C’était normal, dans la mesure où la découverte des extraplanétaires avait changé la donne, et Aarp s’était douté qu’il ne pourrait retourner à ses chères explorations de sitôt, mais il n’avait pas prévu que Coon lui ordonne de faire équipe avec Cuueil.
Il ne protesta pas parce que tout le monde savait qu’ils étaient proches sans soupçonner à quel point.
Munis d’une besace en lianes tressées, ils s’éloignèrent donc du village ensemble, Cuueil expliquant son processus de ramassage de baies et plantes comestibles comme si Aarp était un nouveau né tout juste sorti du ventre de sa mère.
— Dis, comment feras-tu avec ta compagne ?  demanda soudain Cuueil. Tu n’es pas attiré par elle, n’est-ce pas ? Est-ce que tu seras seulement capable de...
— Cela ne te concerne pas, coupa Aarp.
— Bien sûr que si, nous sommes amis, rétorqua Cuueil.
Ils avaient été physiquement intimes, mais cela n’avait rien à voir avec l’amitié. Autrement, Cuueil aurait été plus compréhensif envers ses préférences sexuelles. Sachant que cela finirait en dispute, il préféra éviter de le dire.
— Ce n’est même pas sûr que toutes les extraplanétaires veuillent de nous comme partenaire, argua-t-il plutôt.
— Personne n’était intéressé par la tienne, en tout cas, déclara Cuueil, retournant le problème.
Parce qu’elle était plus grande, dépourvue de courbes généreuses… qu’elle était différente des autres.
Comme lui, en un sens.
Même en l’absence d’attributs masculins, peut-être qu’Aarp avait été trop prompt à juger que c’était impossible entre l’extraplanétaire et lui.