vendredi 13 novembre 2020

Comme les doigts de la main - 45

Cela échoua. Gaïus et Céleste furent expulsés et Blaise récupéra ses ailes de feu.
Tout le monde se mit à parler en même temps, cherchant à saisir pourquoi la fusion à trois avait été possible.
Il est vrai que terre et air coexistaient, mais dans ce cas, la fusion avec Huo aurait dû fonctionner. Le feu avait besoin d’air pour ne pas étouffer, et même si on pouvait le recouvrir de terre pour l’éteindre, comme Gaïus avait fusionné avant, ça ne faisait pas sens.
— D’après mon calcul, il y a vingt-quatre combinaisons possibles à tester, annonça Marin.
— Je me moque du compte exact, pour l’heure, je voudrais me reposer. La bataille de tout à l’heure n’était pas une partie de plaisir.
Sur ce coup, Céleste avait raison et personne ne protesta.
De retour dans sa chambre, Blaise, bien qu’il n’ait pas vraiment envie, demanda à Huo de sortir de son corps et redevint petit.
— On aurait pu rester fusionnés.
Excepté que cela n’aurait pas été juste pour Huo. C’était essentiellement Blaise qui était aux commandes quand ils étaient mêlés de la sorte.
— Il faut bien que je m’habitue à mon nouvel état.
— On devrait recevoir le mobilier de poupée dès demain. J’ai payé pour une livraison rapide.

En dépit de la compréhension de Huo et de ses efforts pour qu’il soit bien installé, Blaise ne tarda pas à découvrir que n’être pas plus grand qu’une pomme était un enfer.
Il n’y avait pas de toilettes adaptées à sa taille et il était donc contraint d’utiliser un mini pot de chambre comme un bambin. Se rendre où que ce soit dans la maison tout seul lui prenait une éternité. Manger non pas à table, mais dessus était pour le moins le bizarre. Toutes les voix étaient trop fortes et il avait du mal à se faire entendre, c’est sans doute pour cela qu’il n’avait réussi à presser Marin, Céleste et Gaïus à tester les fusions multiples. Il n’allait tout de même pas les forcer à l’embrasser s’ils n’en avaient pas la moindre envie, pas alors que Marin et Céleste connaissaient désormais son désir qu’ils soient tous les cinq ensemble, aussi proches que les doigts d’une main. Gaïus aussi devait être au courant, car il ne voyait pas l’ange tenir sa langue à ce sujet.

jeudi 12 novembre 2020

Comme les doigts de la main - 44

 « D’accord. Je reconnais que j’avais tort. »
C’est ça qui était bien avec Céleste. Il avait tendance à monter vite au créneau, mais il était aussi capable d’admettre s’être trompé.
« Oui… Mais ce n’est pas une raison pour que tu continues à voler au devant du danger comme ça ! Il reste au moins deux malédictions inconnues et potentiellement très handicapantes. »
— Plus qu’à aller voir Gaïus et assister encore aux premières loges à un baiser passionné ! s’exclama Huo avec un sourire qui contrastait grandement avec le visage triste de Marin.
Blaise hocha la tête, s’efforçant de ne pas repenser au dégoût du brun à l’idée qu’ils aient tous les cinq une relation amoureuse.
« C’est quoi cette histoire ? Je rejoins Marin, tu ne manques pas d’air ! »
Blaise se dépêcha de toquer à la porte de Gaïus.  Il n’était pas prêt à être rejeté par un autre membre de leur groupe.
Le colosse ouvrit avec un stylo à la main. Ils le dérangeaient en pleine écriture.
Blaise expliqua leur découverte. Il n’était pas forcément utile de faire une démonstration et Blaise s’attendait à ce que Gaïus lui fasse remarquer, mais ce dernier se pencha et procéda au pillage en règle de sa bouche.
La senteur qui se dégageait du grand corps de Gaïus était intoxicante.
Quand la fusion opéra, Blaise fut frustré : il aurait voulu que le baiser continue.
Queues et cornes poussèrent, mais les ailes blanches restèrent.
Huo écarquilla grands les yeux, la bouche de Marin s’arrondit dans un O parfait.
Céleste et Gaïus étaient tous les deux en Blaise. La lourdeur de la terre s’opposait pourtant à la légèreté de l’air. Le feu avait bien été éteint par l’eau qui avait elle-même cédé à l’air, alors pourquoi ? La logique de la chose échappait à Blaise.
« C’est à rien y comprendre. »
La voix de Céleste.
« En effet. »
Et ça, c’était celle de Gaïus, grave et profonde.
Bizarre ou pas, cette double fusion leur donnait en tout cas l’espoir de parvenir à réunir tous leurs pouvoirs.
Et la perspective de tenter différentes combinaisons en multipliant les baisers, sauf dans le cas de Huo puisqu’il n’aimait pas ça, était plus qu’agréable.
« Tu parles, t’embrasser à tout d’une corvée. » bougonna Céleste.
Comme Gaïus ne réagissait pas, Blaise tendit une main vers Huo.
— Tu veux bien me donner un peu de ta salive ?
Huo cligna des yeux et se remit enfin de sa surprise.
— Pour tester une fusion à quatre ? Bien sûr !

mercredi 11 novembre 2020

Comme les doigts de la main - 43

Huo s’était rematérialisé, et Marin avait fusionné avec lui. Il n’y avait à priori pas de double fusion possible, mais, fait intéressant, il n’était pas non plus nécessaire d’en finir une pour qu’une autre se produise : Huo avait été automatiquement expulsé.
« Je te l’ai dit, nos éléments sont incompatibles. »
C’était vrai et en même temps, il fallait parfois beaucoup d’eau pour venir à bout d’un incendie, songea Blaise. Techniquement, les flammes de Huo auraient pu résister aux flots de Marin.
« C’est impossible, de même que le polyamour. »
Qui existait pourtant de fait, même si Blaise ne s’était jamais imaginé autrement que monogame jusqu’à récemment. De toute façon, l’incroyable était devenu réalité depuis que sa route avait croisé celle de Huo, Marin, Céleste et Gaïus.
« Ce n’est pas pareil. Et dois-je comprendre que tu veux un harem ? C’est dégoûtant. »
— Alors, tu arrives à le convaincre que nous formerions une triade et à terme un quintouple ? s’enquit soudain Huo avec son enthousiasme habituel.
Blaise secoua la tête. C’était même tout l’inverse. Il savait ce qu’il ressentait, mais Marin avait bien le droit de ne pas y croire et de le prendre mal, tout blessant que cela soit.
« Désolé, je ne voulais pas... »
Ah, c’est vrai qu’il avait accès à ses pensées quand ils étaient unis de la sorte. Blaise aurait préféré que Marin puisse lire ce qu’il y avait au fond de son cœur et qu’ils ne fassent plus qu’un d’une toute autre façon…
— Nous devrions montrer à Céleste que ses inquiétudes sur ma petite taille n’avaient pas lieu d’être, dit-il à haute voix pour couper court à son échange avec Marin.
Blaise craignait encore ce que cela allait impliquer au quotidien de n’être pas plus grand qu’une pomme, mais au moins, sur le champ de bataille, cela n’occasionnerait aucun problème et ils pourraient passer de façon fluide d’une fusion à l’autre.
Céleste ne fut pas content qu’ils reviennent le déranger.
— Non, mais à quoi vous jouez encore !? Pas besoin de me remontrer comment tu peux toujours fusionner avec chacun d’entre nous !
Blaise se pencha, quémandant de façon qu’il espérait claire un baiser.
— Cela ne marche pas comme ça, mais si vous débarrassez plus vite le plancher après, allons-y, grommela Céleste.
Après quoi, il l’empoigna par les oreilles et plaqua ses lèvres contre celles de Blaise qui cessa un instant de respirer quand leurs langues se mêlèrent.
Céleste se volatilisa, Marin réapparut en même temps que les cheveux bleus se résorbaient et les ailes blanches duveteuses se formaient.