jeudi 3 septembre 2020

Le fée féminin - 59

 Comme d’habitude, Xavy rentra chez lui pour le week-end. Ses parents l’attendaient dans l’entrée et il comprit immédiatement que quelque chose n’allait pas. Sa première pensée fut que l’école les avait informés que des sorcières s’en étaient prises à lui. Seulement, son père comme sa mère ne semblaient nullement inquiets, mais en colère. Allaient-ils lui reprocher de ne pas avoir su se défendre ?
— Xavy, le comité des fées nous a rendu visite à cause de tes bêtises, tonna son père.
— Tu es convoqué demain et nous sommes obligés de t’accompagner, annonça sa mère furieuse.
Xavy pâlit. Il n’avait pas envie d’être interrogé sur ce qui s’était passé avec les sorcières. Il aurait préféré que tout s’arrête aux murs de l’école.
— Je suis désolé…
— Remballe tes excuses ! Tu n’aurais jamais dû devenir ami avec un humain ! s’écria son père.
Qu’est-ce qu’Antoine venait faire là-dedans ? En quoi son amitié avec un garçon au courant de l’existence des fées était-elle un problème intéressant le comité ?
— Je ne comprends pas…
— Cesse de faire l’innocent ! s’exclama sa mère.
— Il aurait été aussi bien qu’il reste dans sa chambre, grommela son père.
— On voit que ce n’est pas toi qui t’occupait de son instruction ! s’écria sa mère.
— Peut-être, mais tout ce que nous avons gagné à l’affaire, c’est que notre raté de fils nous humilie publiquement !
Ils étaient blessants, l’un comme l’autre, chacun à leur manière.
Il n’y avait plus qu’à espérer que le membre du Comité chargé de son cas ne se montre pas trop sévère envers Xavy qui ne voyait toujours pour le moment de quoi il était coupable. Demander des détails n’aurait fait qu’entraîner de nouvelles rafales de critiques, aussi Xavy garda-t-il le silence et attendit que l’orage passe.
— Et si jamais le Comité découvre pour la potion… reprit son père.
— Il n’y a pas de raison, protesta sa mère.
— Une enquête est menée sur Xavy, il y a un risque. Une fois l’entrevue passée, le mieux est d’arrêter les frais.
Les épaules de sa mère s’affaissèrent.
— Mais alors, il ne pourra plus aller à l’école.
Son père acquiesça avec indifférence.
— Et je serais obligée d’arrêter mon travail.
— Pas nécessairement, non. Il n’aura qu’à se débrouiller pour étudier seul. De toute façon, ça n’a pas d’importance. Il ne sera jamais capable de faire quoi ce soit. Il est trop faible.
Au lieu de le défendre, sa mère approuva.
— Et si je veux continuer à prendre le fortifiant ? intervint Xavy, la mort dans l’âme.
— Ta mère n’aurait jamais dû se procurer cette potion de sorcière.
Séveric avait soupçonné la vérité à raison. Sa mère était allée jusque là pour être libérée de lui, pour ne plus avoir à lui enseigner comment user de sa magie, ne plus demeurer à son chevet quand il était fiévreux...
Xavy se réfugia dans sa chambre où il dormit à peine, inquiet de sa convocation par le Comité et tourmenté par les propos de ses parents. Même si l’école était bruyante, que certains de ses camarades étaient antipathiques, il n’avait pas envie de se retrouver enfermé entre les quatre murs de sa chambre. Hélas, ses parents n’allaient pas lui donner le choix et ce n’était pas comme s’il savait comment obtenir par lui-même le fortifiant. Séveric saurait peut-être cependant…

mercredi 2 septembre 2020

Le fée féminin - 58

 
Aucune question ne venait, réalisa Xavy. Zibulinion le regardait avec bienveillance.
— Je…
Xavy ne savait pas comment justifier sa visite au sorcier et en même temps, il lui semblait qu’il devait expliquer de façon à ce que Séveric n’ait pas d’ennuis à cause de lui.
— Je serais bien mal placé de te faire ma leçon. Quand j’avais dans tes âges, je suis devenu ami avec un sorcier et je suis tombé amoureux d’un professeur. Par ailleurs, j’ai eu l’occasion de discuter avec monsieur Reptim et il m’a l’air quelqu’un de tout à fait intègre.
Xavy se sentit soulagé. Nulle accusation ne serait portée à l’égard de Séveric. Ne pas essuyer de reproches était la cerise sur le gâteau. Si seulement ses parents avaient pu être aussi indulgents.
— Il n’y a rien entre nous, préféra préciser Xavy, même s’il aurait adoré qu’il en soit autrement.
— Je pense le contraire, mais cela ne me concerne pas, pas vraiment. Vous êtes adultes tous les deux, même si tu es encore jeune...
Soudain, la porte d’une autre chambre s’ouvrit. Le directeur de Valeiage, Relhnad, apparut, vêtu d’un peignoir mal refermé.
— Zibu…
Le fée « beau à en mourir » marqua un temps d’arrêt en remarquant la présence de Xavy.
— Tout va bien ?
— Je crois que oui, répondit le professeur de sorts. Dors bien, Xavy, ajouta-t-il.
Xavy se réfugia dans sa chambre sans attendre, mais avant qu’il ne referme sa porte et eux, la leur, il les vit s’embrasser.
Relhnad et Zibulinion formaient un couple. Peut-être mal assorti comme l’affirmaient certaines mauvaises langues, mais amoureux. Xavy aurait voulu la même chose avec Séveric. Hélas, c’était sans espoir.
Xavy put assister aux derniers jours du festival de magie, mais il ne s’intéressa que peu aux épreuves en elles-mêmes, trop occupé à contempler la sombre silhouette de Séveric. Il ne savait pas combien de temps il s’écoulerait avant qu’il puisse le revoir cette fois. Bien sûr, le sorcier avait affirmé qu’il lui ferait part de ses analyses sur la potion et le fortifiant, mais rien ne l’empêchait de se contenter de lui envoyer son familier avec une lettre.
Il avait paru tellement déstabilisé par la déclaration de Xavy qu’il n’aurait rien de surprenant s’il évitait de se retrouver désormais en tête à tête avec lui.

mardi 1 septembre 2020

Le fée féminin - 57

 — Attends.
Xavy croisa les jambes.
— Oui ?
— Pour en revenir à ton problème. Les érections matinales sont régulières, celles provoquées par le stress fréquentes, et les plus classiques sont celles provoquées par une vue plaisante, autrement dit la manifestation d’un désir pour une personne. Cela reste à confirmer, mais si on élimine l’hypothèse de l’effet secondaire, il est toujours possible que ton fameux fortifiant ait fini par agir là-dessus, même si c’est peu probable dans la mesure où tu le prends depuis plusieurs mois, et dans ce cas, ce serait plutôt lié à ta sexualité. Il y a des gens qui ne sont pas intéressés du tout par le sexe, d’autres qui ne peuvent s’en passer, aussi rien de très logique qu’il y ait tout un éventail entre ces deux extrêmes.
Xavy n’y connaissait rien au sexe. Pas comme Séveric, semblait-il. Il tira sur le col de sa robe verte. Il avait chaud.
— Cela pourrait être le résultat de mon amour pour vous, alors…
Xavy n’avait pas eu l’intention de formuler cette pensée à voix haute. Il aurait voulu disparaître dans un trou de souris. Ou bien se téléporter très loin de là.
Si encore il avait utilisé le mot attirance, mais non, il avait fallu qu’il emploie cet autre mot en A.
Séveric le fixait avec intensité, ses yeux violet plus foncés que jamais.
Combien de temps demeurèrent-ils ainsi immobiles à se regarder ? Un instant d’éternité. Et puis, comme si le sort ou sortilège était rompu, Séveric s’ébroua et se racla la gorge.
— Je suis flatté, commença le sorcier, avant de s’interrompre, à priori à court de mots.
Cela tombait bien. Xavy n’avait pas envie de l’entendre lister toutes les raisons qui faisaient que ce n’était pas possible entre eux. La première étant sûrement que Séveric Reptim n’était tout simplement pas intéressé par un fée. Il était aussi possible qu’il soit déjà en couple… Xavy eut la sensation que son cœur se brisait. Il se leva.
— Je vais me coucher. Bonne nuit.
Séveric ne le retint pas.
Xavy sortit dans le couloir, referma la porte derrière lui et sursauta.
Le professeur de sorts était là et il allait à tous les coups vouloir savoir pourquoi Xavy avait été dans la chambre du sorcier et en ressortait les larmes aux yeux.
Il avait été si stupide. Paniquer pour des érections. Révéler l’existence du fortifiant. Déclarer son amour de la sorte.
C’était comme s’il avait été ensorcelé, excepté qu’il sûr que Séveric n’userait jamais de sa magie sur lui sans son autorisation.
La vérité, c’est qu’avec le sorcier, il avait du mal à tenir sa langue, parce qu’il se sentait en confiance, parce qu’il était amoureux. Quatre mois sans le voir n’avait pas effacé ses sentiments et cela se traduisait désormais par une indéniable attirance physique.