vendredi 3 juillet 2020

Le fée féminin - 27

Ils passèrent devant la rue des sorcières, chose que Xavy ne commenta pas. Cependant, Antoine devait se souvenir de l’emplacement, car il lâcha :
— Comment j’aimerais trop y jeter ne serait-ce qu’un coup d’œil ! J’ai essayé d’y entrer par moi-même, à l’aveugle, mais rien à faire !
Accompagné d’un être doué de magie, l’adolescent pourrait sûrement. Seulement, Xavy se refusait à tenter le coup. Il ne se rappelait que trop bien de l’agressivité de la sorcière rousse et de ses camarades. Sans l’intervention de leur professeur qui avait bien voulu croire que Xavy était perdu, cela aurait pu fort mal tourner.
Non, entrer en connaissance de cause dans cette rue de sorcières était une mauvaise idée. Quelque chose lui disait que Séveric Reptim se montrerait beaucoup moins accommodant si Xavy se pointait comme une fleur avec son ami humain.
— Je suis désolé, mais ce ne serait pas prudent d’y entrer.
— Raah, trop dommage ! Tu as des pouvoirs, pourtant… Où est ton sens de l’aventure ?
Xavy n’en avait pas apparemment. Oui, il avait eu sa dose après Valeiage et sa coupe de cheveux pas vraiment prévue.
— Je ne suis qu’un fée, et cette rue est pleine de sor…
Xavy ne put terminer sa phrase. Une sensation étrange le parcourut. Sa peau se mit à le fourmiller et de petits boutons rouges apparurent sur ses mains et sans doute aussi sur le reste de son corps.
La bouche d’Antoine s’arrondit en un o parfait.
— Qu’est-ce que… ?
— Une malédiction, je pense, parvint à dire Xavy avec difficulté.
Sa peau le démangeait de partout. Il se frotta le visage.
— Merde ! s’écria Antoine. Je peux faire quelque chose ? demanda-t-il en regardant nerveusement autour d’eux.
— Non… éloignons-nous.
Antoine s’en fut au pas de course. Xavy ne put le suivre, il avait trop besoin de se gratter.
Un passant changea de trottoir en le voyant. Xavy devait avoir l’air d’un fou, à se tortiller en s’efforçant, en vain, de se retenir de s’écorcher la peau.
Un sort pour calmer cela, ça devait exister, mais impossible d’y réfléchir avec ses infernales démangeaisons.
Des larmes roulèrent sur les joues de Xavy, puis les boutons disparurent avec la même brusquerie qu’ils étaient venus, sans que l’irritation qu’ils avaient causée ne s’efface.
Xavy prit ses distances avec la rue de laquelle une sorcière avait décidé de lui lancer un sort et repérant un petit ban de pierre, s’affala dessus et regarda les griffures sur ses mains. Il devait avoir les mêmes sur le visage. Il ne s’était pas raté. Hélas, en tant que fée des bois, il était plus point sur les sorts de guérison pour les animaux à poils et à plumes que pour se soigner lui-même.
Il en était là de ses réflexions, quand il vit Séveric Reptim qui remontait la rue, enveloppé dans un grand manteau noir.

jeudi 2 juillet 2020

Le fée féminin - 26

— J’envisage de me couper les cheveux…
Antoine frappa dans ses mains.
— Excellente idée !
— Je ne suis pas très motivé, c’est une part de moi…
— Faut mettre les choses en balance, Xav ! Si cela te permet de ressembler moins à une fée, ça en vaut la peine, non ?
— Je ne sais pas.
Xavy entortilla une de ses précieuses mèches de cheveux autour de son doigt.
— Mais si, viens chez moi, je te les couperai et après, tu pourras te faire arranger par un coiffeur professionnel, mais le plus dur sera fait.
L’enthousiasme d’Antoine était communicatif et malgré ses réticences, Xavy accepta. Ce serait la première fois qu’il se rendrait chez un ami.
Il se révéla qu’Antoine vivait dans un beau pavillon en briques rouges. Xavy n’eut pas le temps de voir grand-chose de l’intérieur, Antoine se dépêchant de l’amener dans sa chambre où il dégagea une chaise.
— Vas-y, assieds-toi, lui enjoignit-il. Je reviens de suite.
Xavy constata qu’il régnait un certain désordre dans la pièce, la moquette était jonchée de livres, le bureau encombré d’une pile de cahiers et papiers. Mais où était le perroquet ?
Antoine réapparut avec une paire de ciseaux et une brosse.
Pendant qu’Antoine utilisait cette dernière, Xavy se mit à avancer des arguments en faveur de sa chevelure. Il n’était vraiment pas certain. Mais, sans prévenir, Antoine rassembla ses cheveux et trancha dans le vif. Une pluie dorée tomba par terre.
La tête de Xavy lui parut d’un coup désagréablement plus légère. Les larmes lui montèrent aux yeux. Il ne lui restait plus qu’à espérer que le sacrifice porterait ses fruits.
— Viens t’admirer dans la glace, dit Antoine en pointant la glace de son armoire.
Xavy se leva pour contempler son reflet. Même avec les cheveux courts mal coupés, il avait toujours l’air d’une fille.
— Ce n’est pas une réussite.
— Je ne suis pas un professionnel, pour sûr ! Mais tu es toujours super mignon !
— Ce qui n’était pas vraiment le but recherché.
— Oui, c’est vrai, pardon. Peut-être que le coiffeur pourras-te raser la tête, tu sais à la militaire ?
Non, Xavy ne voyait pas, mais un tour chez le coiffeur semblait une bonne chose.
Antoine devait penser pareil, car il téléphona pour lui prendre un rendez-vous.
— Tu as du bol, il y a eu un désistement de dernière minute et ils peuvent te prendre dans un quart d’heure, pile le temps de nous y rendre !
Xavy se laissa entraîner, une fois encore.
La coiffeuse le prit bien sûr pour une fille et Xavy n’eut pas l’énergie de la détromper. Elle arrangea les choses en lui faisant une « coupe à la garçonne », ce qui sembla le comble de l’ironie à Xavy.
Antoine qui l’avait attendu en feuilletant un magazine, lui proposa de faire un tour du quartier pour se changer les idées.

mercredi 1 juillet 2020

Le fée féminin - 25

Ses parents l’attendaient dans le salon, l’air maussade.
— Ton école nous a contacté, soupira sa mère.
— Tu n’as même pas été fichu de tenir une semaine complète ! s’écria son père.
— Étudier là-bas, c’est très différent de ce que j’ai connu jusqu’à présent entre le monde et le bruit, répondit Xavy.
— Les autres fées n’ont pas de problème, eux, rétorqua son père.
Parce qu’ils étaient nés en bonne santé, pas comme lui. Xavy refoula avec peine les larmes qui lui montaient aux yeux.
— J’ai oublié de prendre le fortifiant hier soir.
— Oh, Xavy, fais un effort ! s’exclama sa mère.
Il n’avait fait que cela tout au long de son séjour à Valeiage. C’était si étrange comment d’un côté il ressemblait tellement à une fée qu’il se fondait parmi elles et comment de l’autre au dortoir des garçons, il dépassait comme un nez au milieu de la figure.
— Je ferais attention, promit-il.
Que pouvait-il dire d’autre ? Il savait bien que sa mère ne voulait pas qu’il recommence à étudier à la maison. Il aurait pourtant préféré se passer du fortifiant. Il n’était pas sûr d’avoir gagné au change en le prenant, si ce n’est qu’il était exaltant de pouvoir se promener dans les rues, et plaisant de se faire des amis. Wycka. Antoine. Il se serait juste bien passé de fréquenter certaines personnes, notamment celles qui riaient de son manque de virilité sur tous les plans.
Sa mère préféra heureusement changer de sujet et parla en long et en large du travail qu’elle s’était trouvée.
Ils dînèrent, puis Xavy se retira dans sa chambre où il câlina longuement Lapilune avant de se coucher pour la nuit.

    Le lendemain, il se réveilla plutôt en forme, aussi, même si une part de lui était tenté de demeurer tranquillement dans sa chambre, il décida de contacter Antoine qui lui proposa sur le champ de se retrouver au parc en début d’après-midi, ce que Xavy accepta volontiers.
Dès qu’ils furent ensemble, Antoine voulut savoir comment ça s’était passé pour Xavy à l’école.
Xavy se montra honnête et il raconta ses déboires.
— En même temps, je peux comprendre que ça mettre mal à l’aise les autres gars…
— Hein, comment ça ?
— Bah, tu es vraiment aussi joli qu’une fille, alors même en sachant que tu es un garçon, ils sont peut-être attirés malgré eux…
— Tu crois ?
— Je suis sûr, même, dit Antoine avec embarras.
Cela signifiait-il qu’il avait le même problème ? Non, sûrement pas… Ou peut-être que si… Xavy préféra ne pas demander.