mercredi 3 juin 2020

Le fée féminin - 5

Xavy inspira à fond, yeux levés vers l’immensité du ciel bleu. Ses ailes s’agitèrent. Cela le démangeait de voler, mais il n’en avait pas le droit. Des humains auraient pu le voir et la majorité d’entre eux n’étaient pas supposés savoir que fées et sorcières existaient.
Xavy, en dépit des explications données par ses parents n’était pas sûr de comprendre vraiment pourquoi, toujours est-il qu’il était obligé de garder les pieds au sol plutôt que de s’élever dans les airs.
De toute façon, même marcher dehors avait quelque chose de magique, sans qu’il y ait de sorcière ou fée derrière. Il était seul, mais libre, hors des murs de sa chambre et de sa maison.
Il croisa quelques passants Des humains, à priori. Il eut l’impression que certains le dévisageaient, comme s’ils devinaient que Xavy n’était pas vraiment à sa place dans la rue et cela le rendit nerveux.
Au bout d’un moment, il consulta le plan de sa mère. Il avait dû se tromper quelque part. Il ne reconnaissait pas le nom de la rue dans laquelle il se trouvait. Il revint en arrière, scrutant les panneaux, luttant contre un sentiment de panique grandissant.
Soudain, il repéra un passage qu’il n’avait pas remarqué avant et s’engouffra dedans. Le nom d’une boutique lui sauta aux yeux « Baguettes de rêve. »
La chance devait l’avoir aidé à arriver à bon port. Ou pas, réalisa-t-il en s’approchant. Même si Xavy ne connaissait pas grand chose au monde extérieur, il était évident qu’il n’était pas en présence d’une boulangerie, mais d’une boutique de sorcellerie. A côté, il y avait une apothicairerie débordante de pots, fioles et herbes séchées.
Xavy n’était pas dans une rue ordinaire. Là où les fées préféraient se mêler aux humains avec d’authentiques commerces où certaines pièces étaient réservées aux fées, les sorcières, elles, cachaient des endroits dédiés à leurs besoins que seuls les êtres doués de magie étaient capables de voir.
— Qu’est-ce que tu fous là, stupide fée ? Tu es venue nous narguer ?
Xavy sursauta et se retourna.
La personne qui l’avait interpellé était une jeune fille tout de noir vêtue avec de flamboyant cheveux roux frisés.
Trois adolescentes étaient avec elle, habillées de façon similaire.
Elles n’étaient pas laides comme les sorcières représentées dans les livres, mais leurs tenues ne laissaient guère de place au doute.
— Je me suis égaré, répondit Xavy.
Il déglutit. Impossible de ne pas remarquer qu’elles n’étaient pas bien disposées à son égard et qu’il était en minorité.

mardi 2 juin 2020

Le fée féminin - 4

Les jours qui suivirent, tout se déroula comme d’habitude. Xavy se traîna comme d’habitude. Il étudia, lut, s’occupa de Lapilune, regarda le jardin depuis la fenêtre de sa chambre et dormit beaucoup. Sa mère râla contre le stupide fortifiant.
Et puis, un changement se produisit. Xavy n’éprouva pas le besoin de faire la sieste. Cela se confirma le lendemain.
 Xavy n’en revint pas que cela ait fonctionné, mais se réjouit avec Vyvyane qui se mit aussitôt à dresser des plans pour l’avenir : Xavy finirait en vitesse sa 10ème année à la maison et entrerait en 11ème année à Valeiage au mois de mars.
Même en ne se sentant plus fatigué comme avant, Xavy eu le sentiment que sa mère présumait de ses forces. Et surtout, il avait peur.  Bien sûr, il avait envie de sortir de sa chambre, de découvrir le monde et de fréquenter des gens, mais mettre les pieds à l’école pour la première fois de sa vie dans un mois et quelques, c’était trop. Il aurait voulu quelque chose de plus progressif.
Sa mère n’était hélas pas de cet avis.
Face à ses appréhensions, elle le poussa carrément hors de la maison familiale.
— Va donc t’acheter quelques ornements pour ta baguette, lui dit-elle en lui confiant une bourse pleine de poudre de fée. Vole un peu de tes propres ailes, ajouta-t-elle avant de claquer le portail du jardin.
Xavy passa une main dans ses longs cheveux blonds, arrangea le col de son manteau en laine blanche et lissa son pantalon de velours violet. Il faisait froid, ce qui était logique puisqu’on était en hiver.
Cela faisait bien dix ans que Xavy n’avait pas été dans la rue. Les dernières fois qu’il avait mis le nez dehors, il était demeuré dans l’enceinte du jardin.
Sa sortie remontait d’ailleurs à près d’un an et s’était soldée par une semaine complète au lit, preuve qu’être à l’extérieur n’était pas bon pour sa santé.
Il craignait que le fortifiant ne suffise pas et qu’il se retrouve à nouveau dans tel état de faiblesse qu’il ne puisse se nourrir lui-même. Enfin, c’était le test ultime : s’il ne rentrait pas malade, alors, c’est qu’il était guéri, à même de vivre comme tout le monde.
Il aurait tout de même préféré que sa mère l’accompagne. Il ne s’était jamais promené seul. Il se sentait perdu  et pourtant il était encore devant chez lui, avec toutes les indications nécessaires en poche pour se rendre à la boutique de baguette. Vyvyanne lui avait bien expliqué comment faire pour que la partie féerique de la boutique lui soit ouverte, car pour les humains, Rêve de baguette n’était jamais qu’une boulangerie.
Xavy s’assura une fois encore que ses ailes étaient bien masquées, fit quelques pas timides, puis accéléra l’allure.

lundi 1 juin 2020

Le fée féminin - 3

Xavy se leva et se dirigea à pas lents vers la porte de sa chambre. Une part de lui avait envie de jeter un sort pour écouter la conversation de ses parents, mais il ne le fit pas. Il ne pouvait pas se permettre de dépenser son énergie magique pour ça et, si c’était pour entendre son père le critiquer, cela ne valait assurément pas la peine. Il tendit malgré tout l’oreille, mais le peu qu’il entendait ne faisait pas sens.
Soudain, Vyvyane apparut d’un coup dans la pièce. Elle avait dû se téléporter. Elle avait toujours l’air énervée.
— J’ai une bonne nouvelle, annonça-t-elle d’une voix faussement enjouée.
— Ah oui ?
Xavy avait comme un doute.
— Une solution pour te guérir.
Chaque fois qu’une fée des rêves était venue, sa mère y avait crue et été déçue.
Xavy, lui, avait cessé d’espérer. Jamais, il ne serait comme les autres fées.
— Quoi donc ?
— Un fortifiant d’origine humaine.
Cela semblait peu probable que cela marche sur un fée, mais si cela faisait plaisir à sa mère, Xavy était prêt à essayer.
Il acquiesça et un petit flacon transparent contenant un liquide brunâtre peu engageant se matérialisa devant lui, accompagné d’une petite cuillère.
— Tu dois en prendre une matin et soir.
Ce devait à cause de cela que ses parents s’étaient fâchés. Son père Cixian était fée et fier de l’être. Contrairement à la plupart des fées, il n’y avait pas une goutte de sang humain dans sa lignée. Selon Cixian, la majorité des fées auraient mieux fait de rester célibataires plutôt que de mettre quelques humains dans le secret de leur existence. A coup sûr, cela lui déplaisait que son fils prenne un remède humain, surtout que cela avait un côté potion de sorcière dont l’usage était définitivement inacceptable pour les fées.
Xavy attrapa le flacon et ouvrit le bouchon noir. Il remplit la cuillère et la glissa dans sa bouche. Malgré l’aspect peu engageant de la substance, ce n’était pas mauvais du tout. C’était frais et piquant comme de la menthe.
Il se lécha les lèvres.
— Quelle est la durée du traitement ? s’enquit-il.
— Tu en auras sûrement besoin toute ta vie durant.
C’était une bonne chose que le goût ne soit pas affreux, alors.
— Combien temps cela mettra-t-il à faire effet ?
— Je ne sais pas exactement. Rapidement, j’espère, répondit Vyvyane avec impatience.