mardi 5 mai 2020

L'empreinte de l'orc - 107

Après un silence inconfortable, une femme à la tenue modeste, mais élégante entra. La mère de Cyan possiblement. Charlotte. Elle fit une profonde révérence.
Gulrik sentit le malaise de Cyan. Il voulut le serrer contre lui pour le réconforter, mais ce dernier s’écarta d’un pas.
— Vous et moi, il y a fort de longtemps de cela, nous avons eu une liaison… M’auriez-vous par hasard caché un heureux événement ?
Charlotte blanchit et se mit à se tordre les mains.
— Après toutes ses années, votre majesté…
— Répondez.
— Je ne savais que faire. Vous vous étiez lassé de moi. Mes parents étaient furieux que je sois enceinte hors mariage.
— J’aurais pris soin de l’enfant.
— Oui. Mais il est né difforme et marqué. C’était évident qu’il était maudit. La sage-femme partageait mon avis.
Charlotte, jusque là focalisée sur le roi, remarqua soudain Cyan.
Elle leva un doigt tremblant vers lui.
— Il… Il… répéta-t-elle. Ses tâches. Sa jambe. Vos yeux !
— Par la Déesse, père ! Il a le même bleu cristallin que nous tous, déclara le fils aîné avec émotion.
Il se leva de son siège et s’approcha de Cyan.
— C’est un hasard impensable ! pesta le cadet.
Un garde essoufflé chargé d’un coffret à la serrure brisée coupa la scène. Il présenta des excuses et et l’apporta au roi.
Le cadet perdit un instant sa superbe, puis se reprit.
— Je ne reconnais pas cet objet. Quelqu’un a dû chercher à me piéger en le glissant dans mes affaires.
Comme Gaston du Pilchet, il avait voulu se dédouaner trop vite. Adam le sixième allait être obligé d’affronter la vérité sur son second fils.
Le roi ouvrit le coffret sortit une liasse de papiers et parcourut quelques feuillets qu’il rangea ensuite.
— Vos initiales sont gravées sur le bord de ce coffret, mon fils et c’est définitivement votre écriture.
— Une imitation !
Le roi inspira à fond.
— Il semblerait qu’aujourd’hui je doive gagner un fils et en perdre un.
— Père ! Vous ne pouvez me renier et considérer reconnaître un moins que rien qui s’est accoquiné avec des orcs. Tout ce j’ai fait, c’est pour que notre royaume soit plus fort et protégé de ses maudites créatures verdâtres !
Le fils cadet dévoilait ses véritables couleurs, horrifiant son aîné et dégoûtant son père.
— Il ne t’appartient pas de décider ce genre de chose, répliqua Adam le sixième.
— Évidemment, tout ça parce que je ne suis que bon à remplacer mon frère s’il meurt ! Eh bien, cela ne me convenait pas, je vaux mieux que vous deux réunis ! Je mérite d’avoir le pouvoir !
Le serpent crachait maintenant son venin.
— Gardes, arrêtez-le, ordonna le roi. Quant à vous prince, veuillez vous et vos compagnons, regagner vos quartiers. Je vous ferais appeler.
Cyan se dirigea immédiatement vers la sortie en boitant de façon prononcé. Gulrik s’empressa de le suivre et Rurk et Roknok l’imitèrent.

lundi 4 mai 2020

L'empreinte de l'orc - 106

Adam le sixième parut tomber des nues face au reproche de Gulrik.
— Que me chantez-vous là ?
— Vous aviez bien une liaison avec une certaine Charlotte, il y a vingt-deux ans de cela, non ? lança Rurk, tentant de sortir Gulrik du guêpier dans lequel il s’était fourré dans son énervement.
La fatigue et la tension des derniers jours avaient eu raison de lui.
— En effet. J’étais déjà veuf à l’époque. Je ne vois pas le rapport avec l’affaire que nous traitons, dit le roi, se retranchant à nouveau derrière un visage impassible.
— Vous refusez d’envisager que votre fils puisse être coupable, biaisa Gulrik.
— C’est ma chair, répliqua Adam le sixième. Lui aussi est pour la paix. Il a toute ma confiance.
— Je n’en suis pas aussi convaincu que vous.
— Tu ne crois… tout de même pas… souffla Cyan, en tirant sur la manche de la chemise que Gulrik était obligé de porter pour complaire aux convenances humaines.
Ce n’était pas le moment d’avoir cette conversation, pas devant tout le monde. Gulrik aurait dû lui en parler avant ou tenir sa langue un peu plus tôt.
Ses bredouillements étaient charmants comme toujours. Hélas, Gulrik était obligé de les ignorer. Il y avait trop à régler, trop en jeu.
— Père, c’est n’importe quoi. Cet ambassadeur orc tout prince qu’il soit ne fait que causer des problèmes, dit le fils cadet. Nous ferons mieux de le renvoyer chez lui, à Orcania.
— Il est impossible de procéder de la sorte, rétorqua son aîné.
— Que tout le monde se taise, coupa Adam le sixième avec une autorité qui rappelle à Gulrik celle dont son père faisait preuve. Capitaine, ordonna-t-il. Veuillez fouiller la chambre de mes fils.
— Père ! s’écria le cadet.
L’aîné ne broncha pas. Il n’avait à priori rien à cacher, à la différence de son frère.
Adam le sixième continua :
— Amenez-moi Charlotte Loulio. Elle travaille toujours au château, ce me semble.
Après quoi, il désigna du doigt Gaston du Pilchet, Bastien du Picton, les agresseurs de Cyan et leurs complices, et exigea qu’ils soient emprisonnés sur le champ.
Pour finir, il envoya la veuve se remettre de ses émotions. Cette dernière se retira avec grâce.

vendredi 1 mai 2020

L'empreinte de l'orc - 105

— Si vous n’êtes pas responsable, qui donc ? insista Adam le sixième.
Gaston du Pilchet s’enfonçait davantage à chaque réponse évasive, se contredisant même complètement sur certains points. Il était évident qu’il n’était pas le cerveau de l’opération.
Gulrik ne put s’empêcher de remarquer qu’il coulait de plus en plus de regards nerveux à la gauche d’Adam le sixième où se tenait assis le fils cadet, comme s’il cherchait son aide.
C’était possiblement lui le coupable, mais il n’appartenait pas à Gulrik de porter cette accusation. Elle était trop grave.
Jugeant sans doute qu’il était bon de laisser le vieux noble mariner dans son jus, Adam le sixième daigna enfin interroger les agresseurs de Cyan et leurs amis.
Les cinq affreux jouèrent les innocents, prétendant à une plaisanterie, l’enlèvement de Cyan comme leur débarquement durant le thé de la jeune veuve.
— Ils étaient masqués et armés, souligna cette dernière, indignée.
— Ils avaient l’intention de tuer Cyan et l’ont blessé, rappela Gulrik.
Son humain avait gardé des cicatrices.
— Messieurs, je crains qu’un séjour au cachot vous attende, décréta Adam le sixième.
— Nous n’avons rien fait de mal ! C’est ce boiteux et cette femme qui méritent d’être punis pour oser écarter leurs cuisses pour des orcs !
— Vous oubliez que mes ancêtres en ont épousé.
— Contraints et forcés !
— Peut-être. Mais en ce cas, vous crachez sur leur sacrifice qui avait pour but d’amener la paix.
— Nous ne sommes pas attaqués aux orcs !
Gulrik aurait préféré. Plutôt être empoisonné encore une fois que Cyan soit capturé et brutalisé de la sorte.
Le roi reporte son attention sur le vieux noble.
— Monsieur du Pilchet, souhaitez-vous donc la  guerre ?
— Majesté, nous ne pouvons vivre en bonne entente avec ses bêtes qui laissent leurs terres en friche.
S’ensuivit un long et ennuyeux échange jusqu’à ce que finalement, le vieux bedonnant, en se tamponnant le visage avec un mouchoir en dentelle, ne craque d’épuisement et pointe un doigt vers le fils cadet.
— C’est absurde ! s’écria aussitôt le jeune homme blond.
Adam le sixième lui donna raison et le fils cadet eut un sourire si satisfait que Gulrik vit rouge.
— Si vous êtes si partial envers vos enfants, comment avez-vous pu abandonner l’un d’entre eux sur les marches d’un temple ?!
— Gulrik… murmura Cyan d’une voix étranglée, à ses côtés.