mercredi 5 février 2020

L'empreinte de l'orc - 54

Qyand Gulrik revint à lui en sursaut, il était à nouveau étendu sur son ventre dans le lit, une autre orc à son chevet.
— Cyan ? demanda-t-il d’une voix enrouée.
Ce ne fut pas la seconde orc soigneuse qui lui répondit, mais son père que Gulrik n’avait pas vu avec sa tête à moitié dans l’oreiller.
— L’humain est vivant pour le moment.
Gulrik se retourna avec précaution sous l’œil attentif de la seconde soigneuse.
Son père était au pied du lit, l’air royal comme toujours.
— Comment ça, pour le moment ? Il est innocent.
— Je n’en suis pas aussi certain que toi. Il t’a comme ensorcelé.
— La magie n’existe pas, rétorqua Gulrik avec emportement.
Il grimaça. Sa tête lui faisait un mal de chien. Il n’était vraiment pas au mieux de sa forme et devoir discuter avec son père n’aidait pas.
— Il n’est pas normal que le sort de cet humain te tienne tant à cœur.
— C’est une question de justice.
— Vraiment ? Et comment expliques-tu qu’il ait déserté les lieux au beau milieu de la nuit ? Il semblait savoir que tu te précipiterai à sa poursuite et celui a permis de te tendre une embuscade avec un complice.
C’était peut-être parce qu’il était roi que son père voyait des machinations et des complots dans tout. Peut-être qu’un jour, Gulrik serait comme ça aussi. C’était certes une curieuse coïncidence qu’il ait été attaqué alors qu’il se trouvait avec Cyan, mais cela ne changeait rien au fait que l’humain était parti en raison de l’agression de Vaknor qui était encore hélas impunie.
— Cyan est parti parce que Vaknor, un orc qui travaille aux cuisines, a abusé de lui.
— Et étrangement, il ne s’en plaint ni à Polnuk ni à toi qui te considère comme son protecteur.
Le ton méprisant employé par son père pour prononcé le dernier mot révélait tout le mal qu’il en pensait. Et évidemment, il fallait qu’il sous-entende que Cyan ait menti et joué la comédie. Une fois encore.
— Il craignait ne pas être cru.
Et à raison, car sûrement Cyan avait dû cherché à expliquer la manière dont quelqu’un avait soudainement fait pleuvoir des flèches sur Gulrik.
— C’est un humain, répliqua son père comme si cela justifiait tout.
Il était vrai que les humains avaient le mensonge facile, mais en même temps, ils étaient rare ceux qui ne se trahissaient pas. La peur et la nervosité avaient des odeurs qui ne trompaient pas. Il y avait aussi les expression du visage, mais ça, ce n’était pas quelque chose qu’un orc pouvait facilement saisir chez un humain. Gulrik commençait cependant à s’améliorer sur ce point.

mardi 4 février 2020

L'empreinte de l'orc - 53

Gulrik ouvrit les yeux avec difficulté. Tout son corps était lourd et pesant. Il grogna. Il avait mal à la tête et il avait chaud. Il repoussa la couverture avec ses pieds, mais une orc assisse à son chevet la réinstalla sur lui.
Gulrik qui était couché sur le ventre, ce qui n’était pas sa position habituelle, tenta de pivoter, l’oc qui veillait sur lui l’en empêcha.
Gulril se rappela alors de l’attaque et de sa perte de conscience.
A présent, il était de retour au château, aux bons soins d’une soigneuse, mais sans avoir aucune idée de comment il était arrivé là.
— Où est Cyan ?
— Qui, mon prince ?
— L’humain.
Gulrik avait la bouche pâteuse et les membres engourdis.
— En prison.
— Pourquoi ?
— Pour vous avoir blessé, bien sûr.
— Il n’est coupable de rien, grommela Gulrik, en cherchant à se lever.
— Ne vous agitez pas. Si vous avez faim, je vais appelez une servante.
— Ce n’est pas le problème. Je veux que l’humain soit libéré, répliqua Gulrik en se redressant avec peine.
Assis, la tête lui tournait.
— Calmez-vous.
Des clameurs retentirent. Elles provenaient de la cour de la forteresse.
Gulrik en tendant l’oreille, reconnut les paroles.
« A mort, a mort l’humain ! »
Le sang de Gulrik se glaça dans ses veines. Cyan n’était pas au cachot comme l’avait affirmé la soigneuse. Il allait être exécuté.
Gulrik se leva. La pièce tourna autour de lui.
La soigneuse le soutint avant qu’il ne s’étale de tout son long.
— Cyan est innocent. Il faut que j’aille arrêter cela, déclara Gulrik.
— Vous devriez surtout retourner vous coucher.
— Alors, tu ferais mieux de prévenir mon père ou n’importe qui ayant pouvoir de mettre fin à cette exécution. Et dépêche-toi ! C’est un ordre.
L’orc soigneuse soupira, hocha la tête et partit en courant.
Gulrik malgré tout ne pouvait rester sans rien faire, pas tant que Cyan était en danger. Il entreprit donc de se diriger dans les escaliers.
Si la soigneuse ne menait pas sa mission à bien, Gulrik, même s’il était aussi faible qu’un orc venant de naître, arriverait à temps.
Il présumait toutefois de ses forces. Après avoir descendu un étage en s’appuyant aux murs, il s’écroula.

lundi 3 février 2020

L'empreinte de l'orc - 52

Cyan n’eut plus qu’à continuer à trembler et se tourmenter dans l’obscurité.
Il dormit d’un sommeil agité et entrecoupé, se réveillant au moindre bruit, au plus petit couinement. La prison était apparemment infestée de rats.
Le temps s’écoulait avec une lenteur affreuse et sinistre. Les pensées de Cyan s’éparpillaient dans mille directions, certaines revenant en boucle. Un remède au poison avait-il été trouvé ? Gulrik était-il tiré d’affaire ? Il en doutait d’autant plus qu’il lui semblait autrement que ce dernier serait venu le sortir du cachot. Le prince orc savait bien que ce n’était pas Cyan qui l’avait attaqué. En même temps, Cyan ne voulait pas croire que Gulrik soit mort. Pas lui. Tout ça parce qu’ils s’étaient embrassés en oubliant que pour le reste du monde un humain prenant un orc pour amant était inconcevable. Les orcs étaient pourtant bien plus que des brutes à la peau verte, aux membres épais et aux grosses dents. Et en même temps, que faisait cet archer humain à Orcania avec ses flèches empoisonnées ? Cyan regrettait de ne pas avoir réussi à convaincre les orcs de son existence. Si Gulrik et lui n’avaient pas été surpris par un humain, mais par d’autres orcs, le résultat aurait été différent. Cela ne servait à rien hélas de se perdre dans des possibilités qui ne s’étaient pas produites.
Il semblait tout de même à Cyan que les orcs auraient dû se rendre compte que les blessures de Gulrik avaient été causées par des flèches et non son poignard dont la lame n’avait été enduite d’aucune substance empoisonnée. Cyan aurait certes pu nettoyer le sang et le poison, mais des flèches et un poignard n’entraînaient pas les mêmes dommages. Peut-être que les orcs se moquaient de la vérité. Cyan était humain et cela suffisait pour le juger coupable. En un sens, les orcs n’avaient pas tort. C’était bien un humain qui avait blessé Gulrik et sans Cyan, le mystérieux archer barbu n’aurait pas pris l’orc pour cible.
Cyan n’était pas catastrophé de savoir que sa misérable existence arrivée à son terme, seulement il aurait voulu être certain que Gulrik se remettait. Sans compter qu’il était tracassé à l’idée que l’archer aux flèches empoisonnées se promenait en toute liberté et impunité à Orcania.
Par ailleurs, attendre la mort n’avait rien de plaisant, c’était une forme de torture, une punition voulue par les orcs que Cyan était obligé de subir.
Il avait froid et faim. Le pain qui lui avait été donné était si dur qu’il était immangeable. Un orc aurait peut-être pu le casser avec ses dents, mais pas lui. Essayer de le mouiller avec un peu d’eau n’avait pas aidé. Du coup, c’était les souris et les rats de la prison qui avaient fait bombance pendant que Cyan ne pouvait rien faire d’autre que broyer du noir.
Une éternité plus tard, l’orc à l’oreille déchiquetée débarqua.
— C’est l’heure de ta pendaison, déclara-t-il.
Cyan se leva et fit une ultime tentative pour s’enquérir du devenir du prince orc, en vain.
L’orc l’empoigna par le bras et Cyan s’efforça de rester digne. Une part de lui avait envie de lutter et vivre, mais une autre était résignée.