vendredi 6 décembre 2019

L'empreinte de l'orc - 21

Gulrik ne parvenait pas à fermer l’œil. Il ne savait quelle mouche l’avait piqué d’inviter un humain à l’accompagner. Il pouvait seulement blâmer l’impérieux désir que lui inspirait l’insignifiante créature. Cyan le rendait fou. La veille, il lui avait fallu toute sa volonté pour ne pas l’enlacer et goûter à sa délicate peau rosée alors qu’il sentait son enivrante excitation. Ce matin, à l’aube, à son réveil, face son érection douloureuse, il n’avait eu d’autre choix que de soulager en se caressant et avait joui en contemplant le visage endormi de l’humain orné de ses étranges marques marron-rouges qu’il aurait dû trouver répugnantes, mais qui étaient étrangement intéressantes.
Il n’était pourtant plus un jeune orc incapable de maîtriser ses pulsions sexuelles. Et pourtant, quand il avait posé la main sur lui, juste pour le réveiller, qu’il avait senti les battements effrénés de son cœur, le désir de le posséder l’avait consumé. Cela l’avait effrayé et il s’était forcé à demeurer impassible, à prétendre que tout était normal.
Non, s’il était près de perdre le contrôle, c’était la faute de Cyan qui le dévorait des yeux, tout en refusant qu’ils fassent quoi que ce soit. C’était une malhonnêteté typiquement humaine. En même temps, ce n’était pas idiot de se part de ne pas fricoter avec celui qui l’employait. Il semblait à Gulrik que leur relation ne se résumait pas à ça. Ils avaient plus qu’un lien de travail, mais ils étaient moins que des amis, ils étaient plus comme deux étrangers faisant connaissance.
Toute la journée, il avait rêvé de baisser le pantalon moulant qu’il avait choisi pour Cyan, de glisser son pénis entre ses cuisses et de s’y frotter avant d’éjaculer sur lui de façon à ce qu’il porte à son odeur.
Il lui avait même acheté des cadeaux et pas juste utilitaires. Les anneaux d’or étaient pour sa cousine qui collectionnait ce type de bijou et dont l’anniversaire approchait, mais le bracelet était destiné Cyan, de même que le poignard. Il ne lui avait donné ni l’un ni l’autre, ne voyant pas comment justifier son envie qu’il les ait. Ce n’était qu’un humain, bon sang de bois, un au corps maigre et marqué. Il ne parlait pas à tout bout de champ, comme les autres, était poli et respectueux, mais ce n’était pas des raisons suffisantes pour le ramener dans ses bagages.
Il n’avait pas supporté l’idée de ne plus le voir, tout en sachant que ceux de son espèce le maltraiteraient. Qu’ils puissent se comporter ainsi avec un des leurs lui paraissait aberrant.

jeudi 5 décembre 2019

Bleu Ciel Océan, le livre est disponible


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L'empreinte de l'orc - 20

— Je ferais mieux d’y aller, déclara Cyan. Merci de m’avoir pris comme guide, ajouta-t-il.
Ses propres mots lui paraissaient trop formels.
— Tu ne dors pas ici ?
— Je ne veux pas imposer. Sûrement, vous en avez assez…
— Non, gronda Gulrik.
Cette unique syllabe le paralysa. Il ne tenait pas à partir, mais les adieux au matin ne seraient pas plus faciles. Gulrik n’était là que de passage, venu visiter Manchor avant de poursuivre son voyage ou de s’en retourner chez lui. Cyan allait devoir reprendre le fil de sa vie, arpenter les rues non plus en badaud, mais dans le but de retrouver du travail. Grâce à sa paire de chaussures spéciale, il ne boitait presque plus, ce qui augmentait ses chances d’en obtenir un. Il était vraiment reconnaissant à l’orc pour tout ce qu’il avait fait.
— Il vaut mieux que je parte, réussit-il à dire.
— Pas sans ton salaire, tout de même.
Cyan écarquilla les yeux.
— Vous m’avez déjà trop payé entre les habits, le repas et les chaussures.
— Non.
Gulrik récupéra sa bourse à sa large ceinture et l’ouvrit.
— Je ne peux pas accepter.
— Si, rétorqua Gulrik et, prenant sa main, il posa des pièces dedans avant de l’obliger à refermer les doigts dessus.
— Que comptes-tu faire à présent ? demanda l’orc.
— Travailler.
— Tu pourrais venir avec moi.
Il était tentant d’accepter sans réfléchir juste pour rester avec lui, excepté qu’il ne pouvait se le permettre. Les probabilités que Gulrik voyage côté humain étaient quasiment nulles, pour ne pas dire inexistantes et il était dangereux d’être un humain au milieu des orcs.
— A Orcania ? demanda Cyan pour confirmation.
— Oui.
— Pour faire quoi ?
— Travailler.
Cyan aurait dû exiger des précisions, des détails. Il ne le fit pas.
— D’accord.
Gulrik poussa un grognement satisfait qui fit palpiter le pénis de Cyan.
— Couchons-nous, une longue route nous attend demain, annonça Gulrik.
Un instant, Cyan s’imagina s’installer dans le lit de l’orc, dans ses bras, puis il s’allongea sagement sur sa paillasse.
Il était fou. Il n’aurait jamais dû accepter de se rendre au pays des orcs. Les humains et les orcs ne coexistaient nulle part ailleurs qu’à Manchor et plus ou moins en s’ignorant. Il n’était pas tard pour renoncer et rester à Manchor. Seulement ses perspectives d’avenir n’y étaient guère enthousiasmantes. Personne ne voulait d’un boiteux au visage tacheté. Hormis Gulrik.
Cyan s’endormit en pensant à l’orc. A ses côtés, il ne risquerait rien.