lundi 8 avril 2019

Chocolat blanc - 62

— Prends une pause...
— Non, ça ne suffit plus ! J’en ai ma claque des cours, des devoirs, de tout ! Plutôt que de rédiger des trucs que les professeurs s’emmerderont à corriger, je préférerai écrire la suite de mon histoire, cela fait des semaines que je n’ai pu y toucher ! s’emporta Wyatt.
Une pointe de culpabilité traversa Kembou : le fait qu’il soit fourré chez Wyatt tous les week-end ne devait pas aider.
— Pourquoi tu n’avancerais pas dedans maintenant ? Je peux même partir, si tu veux.
— Cela ne changera rien au fait que cette leçon ne va pas s’apprendre toute seule ! Je te jure, cette école d’ingénieur me sort par les trous de nez !
— Tu auras bientôt fini ta première année. Tu ne vas quand même pas tout plaquer en cours de route…
Cette tentative de Kembou pour le calmer, échoua en beauté.
— Et pourquoi pas, hein ? Ce dont j’ai toujours rêvé, c’est d’écrire !
Kembou savait bien que c’était la passion de Wyatt et il aurait aimé pouvoir lui permettre de s’y consacrer, mais il n’en avait pas les moyens.
— Tes parents ne te soutiendraient jamais là-dedans. Tu aurais du mal à gagner ta vie avec ta plume et je crains ne pas être assez riche pour…
Wyatt, plein de rage, le coupa :
— Je ne t’ai jamais demandé de m’entretenir ! J’ai déjà mes parents pour me rappeler les réalités du monde, je n’ai pas besoin de toi pour ça ! Je pourrais prendre un petit boulot, j’aurais le temps d’écrire à côté au moins.
Les mots furieux de Wyatt résonnèrent en Kembou : « Je n’ai pas besoin de toi. » Il était blessé. Il ne voulait plus continuer à essuyer la mauvaise humeur de Wyatt, chercher à le raisonner en vain. Il se dirigea vers l’entrée et attrapa son sac à dos.
— Où vas-tu ?
— Je rentre.
Wyatt se mit devant la porte. Ils s’affrontèrent du regard. Depuis qu’ils se connaissaient, ils s’étaient parfois chamaillés pour des bêtises, mais presque jamais disputés.
— S’il-te-plaît, ne pars pas, demanda doucement Wyatt, sa colère enfin dissipée.
Kembou hésita.
— Tu n’as pas besoin de moi, répéta-t-il.
— Ce n’est pas ce que je voulais dire. Pardon. Je me suis énervé tout seul alors que je sais bien que tu es de mon côté.
Face à son regard bleu-vert désolé, Kembou ne résista pas et laissa glisser son sac de son épaule.

vendredi 5 avril 2019

Chocolat blanc - 61

                                                      *
Ils prirent l’habitude de se  retrouver presque chaque week-end. Les semaines où Kembou travaillait le samedi, il partait juste après et dormait chez Wyatt, pelotonné contre lui dans son lit.
Pendant que ce dernier était débordé de  leçons et de devoirs qu’il faisait ou non en binôme avec Dominique, Kembou s’occupait d’une façon ou d’une autre : un livre, de la cuisine, des jeux sur la console, une promenade aux alentours pour profiter du soleil printanier...
Passer d’amis à couple n’avait pas été si compliqué. Et si Kembou avait douté que Wyatt soit aussi investi que lui dans l’aspect physique de leur relation, il avait été depuis largement détrompé. Wyatt était insatiable, tout comme lui.
Le plus dur, c’était le dimanche soir, au moment de se quitter. Ça, ils n’arrivaient pas à s’y faire. Ni l’un ni l’autre n’en avait envie. Ils avaient même fait une fois l’amour contre la porte, de dernier en ultime baiser passionné. Kembou avait attrapé au vol le dernier train, ce jour-là et Rokia l’avait engueulé de rentrer aussi tard.
Évidemment, son aîné ne comprenait pourquoi Kembou passait désormais la majeure partie de son temps libre chez Wyatt alors que durant plusieurs mois, ils avaient enfin cessé de se comporter comme « deux frères siamois. » Rokia ne réalisait pas à quel point Kembou avait mal vécu cette période et à quel point il était heureux maintenant, même s’il avait pour nouveau rêve qu’ils vivent l’un avec l’autre sous le même toit.
Kembou aimait sa mère, ses deux petits sœurs et même son pénible grand frère, mais c’est Wyatt dont il voulait partager le quotidien, Wyatt avec lequel il souhaitait se réveiller chaque matin plutôt que Rokia.
Il coula un regard à son chéri qui était en train d’étudier à son bureau en ce dimanche après-midi et leurs yeux se rencontrèrent.
Wyatt devait manquer de motivation. Initialement Kembou avait eu peur que ce soit sa présence qui le déconcentre, mais quand il s’en était ouvert à Wyatt, ce dernier avait répliqué que c’était surtout qu’il ne parvenait pas vraiment à s’intéresser à ses études d’ingénieur.
— J’en ai vraiment marre ! s’exclama Wyatt en refermant plus vivement que nécessaire son ordinateur portable.

jeudi 4 avril 2019

Chocolat blanc - 60

Ils recouvraient leurs souffles quand une divine odeur de chocolat chatouilla les narines de Wyatt.
— Cela sent bon, dit-il en humant l’air.
— Le gâteau ! s’écria Kembou, bondissant hors du lit et se précipitant vers la cuisine.
Wyatt se redressa paresseusement sur ses coudes. Quelques suçons et autres marques d’amour décoraient son corps. Il avait l’impression de sentir encore en lui Kembou. Avoir quelqu’un en soi était une sensation particulière. Appartenir ou posséder étaient pourtant les deux facettes d’une même pièce.
Il se nettoya vite fait et rejoignit Kembou pour s’enquérir du sort du gâteau.
Kembou, l’air contrarié, contemplait l’intérieur du moule.
— Alors ?
— Il est trop cuit.
Wyatt s’approcha pour voir. Cela lui semblait, pour sa part, tout à fait appétissant. Il attrapa un couteau dans le pot à couverts sur le bord de l’évier.
— Tu vas te brûler ! Je viens de le sortir du four ! s’exclama Kembou.
Wyatt récupéra le gant qu’avait utilisé son ami et se coupa un petit morceau sur lequel il souffla avant de le mettre dans sa bouche.
C’était chaud et fondant.
— Délicieux, statua-t-il en se léchant les lèvres,  hésitant à se reprendre une part par pure gourmandise.
Il remarqua que le pénis de Kembou se dressait. Ils étaient encore nus tous les deux.
Wyatt s’agenouilla sur le carrelage froid. Les yeux de Kembou s’écarquillèrent.
Wyatt referma les doigts sur la base du membre rigide, donna un coup de langue et grimaça. Évidemment, avec le préservatif porté un peu plus tôt, cela avait un goût de caoutchouc.
— Tu n’es pas obligé… dit Kembou.
— J’en ai envie, répliqua Wyatt et il se dépêcha d’expliquer la nature du problème.
Pas question que Kembou s’imagine que c’était lui ou l’acte en lui-même qui le dérangeait.
— Tu n’aurais qu’à faire cela une autre fois.
Wyatt secoua la tête.
— Je peux me laver.
C’était une solution pragmatique. Typique  Kembou.
— Ou bien, je pourrais ajouter un peu de crème chantilly.
Dans sa main, le membre de Kembou palpita. L’idée lui plaisait.

Wyatt se releva pour récupérer la bombe de crème dans le petit réfrigérateur.
— Tu vas réaliser un fantasme que je ne savais même pas avoir… murmura Kembou tandis que Wyatt déposait une dose généreuse de chantilly.
Il lécha ensuite avec application et Kembou éjacula non pas à l’intérieur de sa bouche, mais sur son visage, ce dont il s’excusa aussitôt.
Wyatt le rassura en riant.