mardi 5 février 2019

Chocolat blanc - 31

Kembou demeura tard à l’appartement de Wyatt dans l’espoir que Dominique ne s’en aille avant lui et qu’il ait un moment seul avec son ami, mais finalement, il lui fallut partir.
Comme s’il avait donné le signal du départ, Dominique annonça qu’il allait lui aussi rentrer – Kembou lui aurait volontiers tordu le cou. Pourtant, au cours de l’après-midi, il avait été obligé de reconnaître que Dominique était sympathique, ni prétentieux ni capricieux : quand il avait fait la pause en même temps que Wyatt, il avait toujours pris soin d’inclure Kembou dans la conversation, même quand elle portait sur leurs cours et professeurs d’école d’ingénieur.
Wyatt dit simplement au revoir à Dominique et comme la dernière fois, serra brièvement Kembou dans ses bras. La différence de traitement ravit Kembou, puis la porte se referma et il se retrouva en tête à tête avec Dominique.
— Tu habites où ? demanda Kembou afin de déterminer jusqu’où leurs trajets étaient identiques.
Dominique lui expliqua en détail et Kembou ne fut pas fâché d’apprendre que leurs chemins se sépareraient rapidement.
Ils étaient encore dans le hall de l’immeuble quand Dominique lança :
— Tu es amoureux de lui, n’est-ce pas ?
Kembou ralentit le pas malgré lui et son cœur s’affola dans sa poitrine. Comment Dominique avait-il réalisé en aussi peu de temps ce dont Wyatt ne s’était pas aperçu depuis des années ? Sûrement parce qu’il avait dévoré son ami des yeux tout en montrant la jalousie qu’il ressentait à l’égard de Dominique.
— Hein ? Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Tu devrais le lui dire, répliqua Dominique comme si Kembou ne venait pas de prétendre n’avoir pas compris de quoi il parlait.
— Nous sommes amis, déclara Kembou dans un murmure, sans trop savoir s’il niait être homosexuel ou s’il se justifiait de garder pour lui ses véritables sentiments.
Il sortit dans la rue, talonné par Dominique.
— Vous êtes plus comme un couple platonique, même si de toute évidence, toi, tu le désires.
Kembou s’arrêta brusquement.
Dominique qui n’avait apparemment pas prévu qu’il pile net, le heurta dans le dos.
Ils s’excusèrent dans un bel ensemble.
Dominique pouffa. C’est vrai que c’était quand même la troisième fois de la journée.
Kembou déglutit nerveusement. Deux options s’offraient à lui : soit il envoyait Dominique promener et continuait à le jalouser, soit il le prenait pour confident et devenait ami avec lui.

lundi 4 février 2019

Chocolat blanc - 30

Wyatt n’avait pas changé de manière de manger. C’était un spectacle toujours aussi érotique.
Kembou s’agita sur sa chaise.
— Hum… Divin, ce riz… J’oublie toujours le mien de la casserole et après, c’est gluant au possible, expliqua Wyatt entre deux bouchées.
— Pour ma part, j’ai toujours tendance à le sortir trop tôt, avoua Dominique qui ne paraissait pas plus ému que cela face à l’air extatique de Wyatt.
— Pourquoi vous ne mettez pas un minuteur ? demanda Kembou.
— Je ne l’entends jamais, répliqua Wyatt, avant de se délecter d’une nouvelle fourchetée.
— J’ai tendance à ne me préparer à manger que quand je meurs de faim, du coup, je n’attends jamais qu’il sonne, répondit Dominique.
Au moins, il n’y avait pas de risque qu’il touche le cœur de Wyatt en passant par son estomac.
Le plat principal fut vite fini et ils s’attaquèrent au dessert.
Dominique jeta son dévolu sur un yaourt blanc, Kembou sur une crème à la vanille et Wyatt sur une mousse au chocolat qu’il savoura d’une façon obscène.
Kembou, de plus en plus à l’étroit dans son jeans, fut incapable de s’empêcher de le regarder et parvint tout juste à répondre à la question de Dominique sur comment il avait appris à cuisiner.
Le repas achevé, il passa son tour pour débarrasser le temps de recouvrer son calme.
Le dernier verre lavé, Wyatt lui proposa de jouer à la console pendant que Dominique et lui bossaient sur leur devoir.
Kembou pouvait difficilement refuser. Il se retrouva donc par terre pendant qu’ils s’installaient au bureau et se montraient studieux.
Toutefois, ce qui se passait à l’écran et le sort de son personnage ne l’intéressaient guère par rapport au tableau que formaient Wyatt et Dominique. Ils avaient beau ne pas être collés comme dans son imagination, ils étaient bien trop proches à son goût.
Il n’aurait pas cru désirer un jour étudier plutôt que s’amuser à se castagner virtuellement, mais les faits étaient là.
A plusieurs reprises, ses yeux rencontrèrent ceux de Wyatt qui, chaque fois, lui sourit.
A un moment, laissant Dominique travailler, son ami le rejoignit pour un petit combat, puis repartit devant son ordinateur.

vendredi 1 février 2019

Chocolat blanc - 29

Qu’ils soient rouillés depuis l’été n’expliquait pas tout. Le personnage de Kembou rendait mollement les coups de celui de Wyatt qui finit par le battre avec une combinaison de mouvements pas particulièrement élaborée. Or, Wyatt ne gagnait presque jamais à ce jeu.
Kembou se frotta le haut du crâne.
— Je n’aurais pas dû venir. Je suis en trop, déclara-t-il, en commençant à se lever.
Wyatt le retint en posant une main ferme sur sa cuisse.
— Pas du tout. Cela me fait plaisir que tu aies fait tout ce chemin pour qu’on se voit. Mais tu n’es pas plus « en trop » que Dominique. Donne lui sa chance, tu veux bien ? Il a un sens de l’humour extra.

                                                          *

Wyatt aurait pu lui demander de décrocher de la lune quand il le touchait ainsi. Kembou aurait voulu qu’il garde sa paume là pour toujours, ses doigts à quelques centimètres de son sexe qui s’éveillait, ce qui était dangereux.
— Oui, pardon. Je ne suis pas habitué à te partager, tenta-t-il te plaisanter.
Ce n’était que trop vrai, bien sûr. Et dans sa jalousie, il se comportait comme un parfait idiot, battant de froid Dominique alors que ce dernier s’était montré cordial. Il faut dire que c’était irritant que ce dernier soit si à son aise chez Wyatt, allant jusqu’à ranger des courses qu’ils avaient fait ensemble...
— Super ! s’écria Wyatt avant de se mettre debout, rompant le contact.
Ils gagnèrent la cuisine.
— On a fini ! lança Wyatt.
— Déjà ? s’étonna Dominique.
— Il faut croire que nous n’étions pas d’humeur, répondit Kembou d’un ton plus sec qu’il n’avait prévu.
— On se mange un bout ? suggéra Wyatt.
Kembou n’avait pas vraiment faim, mais il était midi.
Il accepta de concert avec Dominique.
Leur synchronisation était cocasse à en croire le large sourire de Wyatt et la lueur brillant dans ses yeux bleu-verts.
— Nous sommes sur la même longueur d’ondes, se força à dire Kembou.
— En effet, confirma Dominique en lui jetant un regard curieux.
Ils étaient à l’étroit dans la petite cuisine, chacun voulant faire sa part dans la préparation du repas alors même qu’il était clair que ni Wyatt ni Dominique n’étaient très doués dans ce domaine. Cependant, après s’être heurtés un bon nombre de fois, ils finirent par réussir à se caser tous les trois autour de la planche qui servait de table, des assiettes fumantes devant eux.