lundi 10 décembre 2018

Chocolat Blanc - 19

Wyatt était à la joie de son cœur que Kembou soit venu et qu’il écoute ses déboires sans le juger. Ce n’était pas comme ses parents qui cessaient de lui reprocher ses manquements. Kembou était un ami précieux, un ami en or dont il ne voulait pas se séparer.
— C’est dommage que tu n’aies pas voulu intégrer la même école que moi. Nous aurions pu être colocataires.
Wyatt n’avait pas eu l’intention de dire ça, mais c’était sorti tout seul.
— Oui, cela aurait été cool, reconnut Kembou. Mais, même si bosser n’est pas une partie de plaisir, principalement à cause de ce maudit Mathieu, je suis content d’en avoir fini avec les cours. Devoir rester assis à prendre des notes, c’est usant à la longue.
Wyatt savait bien que si Kembou n’avait pas choisi la même voie que lui, ce n’était pas tant une question de finance ni certes un défaut d’intelligence – ses notes avaient toujours été meilleures que les siennes – cela ne l’empêchait pas de regretter.
Il appréhendait à mort la rentrée. Ses parents pouvaient bien lui répéter sur l’air des lampions que cela marquait le début de son indépendance, qu’il bâtissait son avenir, que c’était l’occasion de fréquenter de nouvelles personnes, Wyatt ne parvenait pas à éprouver le moindre enthousiasme. Sa passion, c’était l’écriture et il n’avait pas besoin de milles relations, un ami lui suffisait.
Il poussa Kembou à vider son sac sur Mathieu, un type qu’il détestait alors même qu’il ne l’avait jamais vu de sa vie. Il rêvait de se pointer au supermarché où travaillait son ami et de secouer les puces de ce con qui ne réalisait pas à quel point Kembou était formidable. Évidemment, ce n’était pas réaliste et cela causerait forcément des ennuis à son ami.
Kembou ne s’étendit pas trop sur le sujet, se plaindre n’était pas dans sa nature, ce que Wyatt admirait.
Ils finirent par jouer à la console que Wyatt avait bien sûr emporté avec lui.
Pendant quelques heures, en dépit de la localisation différente et du manque de place qui les obligeait à jouer épaule contre épaule, ce fut comme si rien n’avait changé.
Ce n’était qu’une illusion.
Bien plus tôt qu’il ne l’aurait fait si Wyatt avait toujours été chez ses parents, Kembou annonça qu’il devait rentrer.
Wyatt faillit protester, mais se contint. Il alla avec lui à la porte et la mort dans l’âme, regarda Kembou mettre ses baskets et sa veste.
— A la prochaine ! lança son ami.
Soudain, se contenter d’un simple au revoir alors qu’ils ne se reverraient pas avant Dieu sait quand, parut insuffisant à Wyatt. Il le retint par la main et lui fit une accolade. Kembou se figea un instant, puis se détendit.
Wyatt le relâcha peu après, embarrassé d’avoir  eu un geste qui n’était pas dans leurs habitudes. Le sourire éclatant de Kembou le rassura. Après tout, leurs vies n’étaient plus comme avant.

vendredi 7 décembre 2018

Chocolat blanc - 18

Kembou ravala son envie de prendre Wyatt dans ses bras et entra.
Faire le tour des lieux fut l’affaire de quelques minutes à peine. La salle d’eau se résumait à une cabine de douche étroite, un lavabo minuscule, des toilettes et une machine à laver. Avec tout ça, au sol, il y avait juste la place d’un tapis. La cuisine était tout en longueur avec une planche fixée au mur en guise de table qui nécessitait des hautes chaises pour pouvoir y manger. Le salon et la chambre ne faisait qu’un et le tout n’était guère plus grand que trois lits. Le bureau muni de pratiques étagères mangeait un bon tiers tandis que le couchage que Wyatt avait transformé en canapé grâce à une série de coussins en occupait un autre.
— Alors, cela te plaît d’avoir ton chez toi ? demanda Kembou.
— Pour le moment, j’ai plus l’impression d’être un invité qu’autre chose, enfin un qui devrait faire toutes les corvées ménagères. Regarde donc la catastrophe que j’ai provoqué, déclara Wyatt en ouvrant un placard incrusté dans le mur que Kembou n’avait pas remarqué.
Wyatt attrapa un tissu rose qu’il brandit devant son nez. C’était un boxer.
— Il était blanc à l’origine. Ils l’étaient tous. C’était sans compter mon t-shirt rouge.
Kembou déglutit.
— C’est sexy comme couleur, tenta-t-il de plaisanter, priant que sa voix ne trahisse pas son trouble.
Impossible de ne pas l’imaginer en porter un à l’instant même. Et son sexe qui n’en finissait pas de durcir, ce traître. Kembou devait penser à autre chose.
— Je n’ai rien contre le rose, mais je préfère le blanc, rétorqua Wyatt.
— Au bout de quelques lavages, cela devrait s’arranger.
— Tu crois ?
— Oui, ce genre de blague arrive parfois aussi dans ma famille.
— Tu me rassures. J’ai aussi réussi à brûler mon repas. L’une des casseroles est irrécupérable, j’en ai peur.
A tous les coups, Wyatt avait dû se laisser distraire par une de ses histoires pendant que cela cuisait.
Kembou tut les mots tendres qu’il brûlait de prononcer et s’en tint à une approche pragmatique.
— Tu as fait tremper avec un fond d’eau et du liquide vaisselle ? Tu as une éponge métallique ?
— Oui et non. J’ai juste frotté comme un dingue avec la partie verte. Toi aussi, tu as eu des soucis ?
— Pas moi, mais c’est arrivé à Rokia et une de mes sœurs.
— Je me sens moins nul.
— Tu manques d’entraînement, c’est tout.
— Je n’ai jamais eu à participer aux tâches de la maison vu que mes parents ont une femme de ménage qui se charge aussi du linge et ma mère ne cuisine qu’une fois dans les neiges, autrement, c’est plats du resto ou surgelés à réchauffer.
— Tu vas t’habituer.
— J’espère bien ! s’exclama Wyatt avant de soupirer.
C’est sûr qu’entre ça et la nouvelle école, cela impliquait beaucoup de nouveautés.
Kembou, cependant, ne pouvait pas vraiment l’aider, pas alors qu’ils habitaient désormais loin l’un de l’autre.

jeudi 6 décembre 2018

Chocolat blanc - 17

Septembre arriva sans crier gare. Cela fit bizarre à Kembou : pas de rentrée scolaire pour lui cette année, pas d’inquiétude à savoir si oui ou non, il serait encore dans la même classe que Wyatt.
Comme il passait ses journées à bosser, il n’avait plus guère l’occasion de le voir. Wyatt était venu deux fois en coup de vent, le soir et Kembou s’était rendu une fois chez son ami un dimanche après-midi et c’était tout.
Wyatt avait emménagé dans son studio fin août, dix jours avant que les cours ne débutent dans son école. Il l’avait bien entendu invité, mais Kembou, éreinté par son boulot, n’avait trouvé l’énergie malgré sa curiosité et son envie de pouvoir se présenter Wyatt dans son nouvel environnement.
Kembou commençait à prendre ses marques dans son poste, ce qui n’empêchait hélas pas Mathieu de continuer à s’adresser à lui comme s’il avait eu deux ans d’âge mental. Sans vouloir faire son Rokia, Kembou le soupçonnait de racisme. C’était moins flagrant que cette vieille dame en train de faire ses courses qui lui avait carrément crié de rentrer dans son pays alors qu’il était occupé à regarnir un rayon, mais Mathieu le méprisait, pas de doute.
Kembou grimaça en se remémorant l’indignation de la vieille quand il lui avait répliqué qu’il était né en France. Oui, il avait la peau noire, oui, il avait des ancêtres africains et non, il n’avait jamais mis les pieds en Afrique de sa vie.
Fatigue ou pas, Kembou se décide à découvrir où habitait désormais Wyatt. Il savait qu’une fois que son ami aurait effectué sa rentrée, entre les cours et les devoirs, Wyatt n’aurait plus une minute à lui.
Il le contacta et reçut tous les détails nécessaires pour se rendre au studio de son ami, adresse, plan et codes des portes.
Durant le trajet, il sortit un livre, mais somnola dessus et manqua de rater le bon arrêt. Grâce à toutes les indications fournies par Wyatt, il n’eut aucune peine à arriver à bon port. L’immeuble était assez passe-partout, extérieur comme intérieur. La façade était grise, l’intérieur propre et plutôt sombre, l’ascenseur petit.
Quelques étages plus tard, il fut accueilli par Wyatt qui avait laissé sa porte ouverte, guettant apparemment son arrivée.
— Bienvenue dans mon palace, lança-t-il de façon grandiloquente, ses yeux bleu-verts pétillant.