mercredi 5 décembre 2018

Chocolat Blanc - 16

Kembou était enchanté que Wyatt soit là, si proche de lui que leurs genoux se touchaient. Même s’ils étaient tous les deux en pantalon, ce contact l’électrisait. Wyatt avait bronzé et était plus craquant que jamais, à moins que ce ne soit une conséquence de leur trop longue séparation.
Apprendre que ce n’était pas parce que Wyatt avait été trop occupé à flirter avec des filles à la plage, mais que c’était parce qu’il avait été absorbé par une de ses histoires qu’il n’avait guère donné de nouvelles, était un véritable soulagement.
C’était du bonheur de le voir et l’entendre surtout après ces éreintants premiers jours de boulot où il était obligé de fréquenter un gars, Mathieu, qui le traitait comme un idiot juste parce qu’il était nouveau. Il n’avait guère envie de parler de lui, car c’était lui accorder plus d’importance qu’il n’en méritait.
C’était sans compter sur Wyatt qui avait remarqué ce qu’il ne racontait pas et qui, après avoir exposé son nouveau projet d’écriture, le réorienta sur son job.
— Ce n’est pas trop barbant la mise en rayon ?
— Non, cela a un petit côté Tétris, comment faire tenir un max de boîtes dans les étagères…
— Et donc, vous êtes beaucoup à faire ça ?
Kembou acquiesça.
— Et parmi eux, il y a un pénible, n’est-ce pas ?
Wyatt voulait qu’il se confie.
Kembou céda. Il avait trop tendance à tout garder pour lui. Cela lui ferait sûrement du bien de se décharger de ce poids-là, car il ne pouvait en parler ni à Rokia qui se lancerait tout de suite dans une diatribe contre les blancs sans compatir, ni à sa mère et ses sœurs afin de ne pas les inquiéter.
— Mathieu. Il s’adresse à moi comme si j’étais un débile mental. C’est pourtant normal que je ne sache pas tout vu que je viens de commencer.
— C’est sûr que ce n’est pas cool. Il a beaucoup d’expériences, lui ?
— Même pas ! Deux ans, je crois.
— Peut-être qu’il se venge sur toi de la personne qui l’en a fait baver quand il a débuté. Enfin, peu importe ses raisons, et pauvre de toi !
Wyatt lui pressa l’épaule dans un geste de réconfort qui le troubla. Kembou était ridicule de s’exciter pour si peu, mais c’était ainsi. Les doigts de son ami étaient chauds à travers la mince épaisseur de son t-shirt en coton et Wyatt sentait bon, d’une odeur qui n’appartenait qu’à lui. Kembou noua ses mains pour s’empêcher de faire un truc stupide.
Ils parlèrent de bien d’autres choses, puis Rokia vint râler : il voulait se coucher. Il était encore tôt, et il exagérait, cependant, Kembou se contint, car après tout, c’était sa chambre aussi, et Wyatt prit congé.

mardi 4 décembre 2018

Chocolat Blanc - 15

Enfin, Wyatt rentra. D’habitude, dès ses retours de vacances, Kembou et lui se retrouvaient dès le lendemain. Que son ami travaille compliquait les choses, mais Wyatt proposa tout de même par mail à son ami de passer chez lui en coup de vent une fois sa journée de travail terminée, même si c’était tard.
Kembou lui donna son feu vert. Ce genre de visites ne serait plus possible une fois que Wyatt aurait emménagé dans son studio à une bonne heure et demie de là, alors il fallait mieux en profiter.
Wyatt connaissait le code d’entrée de l’immeuble, aussi pénétra-t-il dans le bâtiment, prit l’ascenseur jusqu’au cinquième étage et sonna à la porte de gauche.
Kembou lui ouvrit, un sourire éclatant aux lèvres. Il n’avait bien sûr pas changé en une quinzaine de jours, mais il avait l’air fatigué.
Ils passèrent dans le salon où Wyatt dit bonsoir. Rokia l’ignora, les yeux rivés à l’écran de l’ordinateur. Les deux jeunes sœurs de Kembou lui firent en revanche un signe de la main avant de reprendre le fil de la série télévisée qu’elles étaient en train de regarder. Ils se rendirent ensuite dans la cuisine où Wyatt salua la mère de son ami à laquelle il donna une boîte de biscuits, spécialité du coin dont il revenait. Elle le remercia et les envoya s’amuser.
Ils s’installèrent dans la chambre que son ami partageait avec son frère, raison essentielle pour laquelle c’était plus souvent Kembou qui venait le voir que l’inverse. La pièce peinte en blanc était encombrée par deux penderies et deux lits séparés par un long bureau flanqué de deux chaises.
— Raconte un peu tes vacances. Tu as été plutôt avare en détails… dit Kembou en s’asseyant au bord de son lit.
Wyatt l’imita, en se mordant la lèvre. S’il avait à peine écrit à son ami durant son séjour, c’était parce qu’il avait voulu éviter de se plaindre et sa seule façon de s’en empêcher avait de ne pas donner de nouvelles ou presque.
— Oh, tu sais, elles n’ont rien eu de spécial. Quelques visites et sinon, j’ai beaucoup écrit.
— Pas de chouettes rencontres ?
Il y avait quelque chose dans la voix de Kembou quand il posa cette question qui interpella Wyatt sans qu’il parvienne à définir ce que c’était.
— Non, à moins de compter la fille de la maison où nous étions invités. Le truc, c’est que ma mère voulait tellement qu’on se mette en couple que ce n’était juste pas possible. Et toi, ton boulot ? Tes collègues sont sympas ?
Kembou grimaça et passa la main dans ses courts cheveux crépus.
— La plupart oui.
Pas difficile de déduire qu’il y en avait au moins un qui ne l’était pas. Wyatt attendit que Kembou développe, mais son ami préféra le questionner sur ses écrits.

lundi 3 décembre 2018

Chocolat Blanc - 14

Wyatt se réjouit en apprenant par mail que Kembou avait décroché un emploi.
Il faudra absolument qu’on fête cela à mon retour ! écrivit-il de son smartphone.
Il étouffa la part de lui qui était déçue, ce travail signifiant que son ami ne serait plus très disponible quand il reviendrait de ses vacances forcées, et se consola en songeant que de son côté, il serait occupé à faire des cartons pour emménager dans le studio à proximité de sa future école.
En attendant, écrire au bord de la mer avait son charme, exceptée que la plage était bondée et qu’il ne se sentait pas très à l’aise en tant qu’invité dans la maison du collègue de son père.
Cela aurait été plus confortable si sa mère n’avait pas cherché à le coller à tout prix avec la fille du collègue en question. Oui, la jeune fille avait son âge, était aimable et jolie, et il aurait peut-être pu avoir envie de se rapprocher d’elle si sa mère n’avait pas joué l'entremetteuse avec ses gros sabots.
Il s’éclipsait donc le plus possible en solitaire avec un cahier et un stylo et se dénichait des coins le plus tranquilles possibles pour écrire.  Il s’était lancé dans une histoire se déroulant dans une tribu africaine. Il n’avait pas encore déterminé d’époque exacte, mais se représentait cela dans un passé lointain. Les héros étaient deux enfants, le premier fils du chef, le second, un blanc, découvert dans le désert et recueilli par la tribu. Les deux garçons grandissaient ensemble aussi proches que deux frères. Évidement, il y avait dans ces deux personnages beaucoup de Kembou et lui. C’était un récit d’amitié et d’aventures. Pour rendre cela plus authentique, il passait beaucoup de temps sur internet via son smartphone pour se renseigner sur la culture africaine.
S’il était honnête avec lui-même, il ne profitait pas du tout de son environnement marin, car qu’il se plonge dans ses recherches ou dans l’écriture en elle-même, le reste du monde s’effaçait. Il aurait été aussi bien chez lui, dans sa chambre.
Enfin, son père lui aurait reproché tout pareillement d’être asocial. Aucun de ses parents ne comprenait le plaisir qu’il trouvait à créer des mondes nouveaux. Il faut dire qu’ils n’étaient eux-mêmes pas des lecteurs, et Marine non plus.
Il ne pouvait parler ni livres ni écriture avec eux, pas comme avec Kembou qui, sans être aussi accro que lui, aimait bouquiner et donner son opinion sur les histoires écrites par Wyatt.