vendredi 9 novembre 2018

Chocolat Blanc - 3

— Jouons que je puisse encore te battre à plates coutures.
Wyatt s’humecta les lèvres. Sans le vouloir, Kembou l’imita.
— J’aimerai te demander comment se portent tes chevilles, mais tu es plus doué que moi à ce jeu de combats… T’es sûr que tu ne veux pas casser la croûte ? Il y a du pain frais et du chocolat blanc dont tu raffoles tant.
Tout tentant que cela soit, le mieux était encore refuser par une pirouette.
— Non, c’est bon, j’ai déjà tout ce qu’il faut niveau tablette, déclara-t-il en tapotant son ventre, puis il s’assit à côté de son ami.
— Depuis quand ? demanda Wyatt d’un air amusé. Montre-moi ça, ajouta-t-il avant de soulever le bas du t-shirt blanc que portait Kembou.
Cela ressemblait trop à l’un de ses fantasmes. Kembou rougit, bénissant le fait que cela ne puisse se voir.
Les longs doigts fins de Wyatt lui chatouillèrent les côtes.
Autrefois, Kembou aurait contre attaqué et ils se seraient probablement retrouvés à rouler en riant sur la moquette. Cela se serait terminé avec Kembou au-dessus de Wyatt ou son ami à califourchon sur lui… Ce n’était plus option, car il n’aurait pu s’empêcher d’avoir une érection dans un cas comme dans l’autre. Il se contenta donc de le bloquer en lui capturant les poignets.
Wyatt tenta de se libérer. Kembou tint bon.
— OK. J’abandonne ! s’écria Wyatt.
Kembou le relâcha.
La marque de ses doigts étaient visibles sur la peau pâle de son ami – il l’avait serré trop fort.
— Désolé, dit-il tandis que Wyatt se frottait les poignets.
— Ce n’est rien, c’est moi qui ait commencé, et c’est la preuve que même si tu n’as pas des abdos ultra-définis, tu ne manques pas de muscles !
Kembou s’excusa à nouveau. Cela le tuait de lui avoir fait mal. Il aurait plutôt dû  subir quelques chatouilles sans se défendre avant de déclarer forfait.
Wyatt lui fourra la manette dans la main, décidé apparemment à mettre l’incident derrière eux.
— Pardon, murmura encore Kembou.
— Allez, cesse de faire cette tête-là ! Je ne suis pas une petite chose fragile, je marque facilement, c’est tout. Enfin, si tu te sens si coupable que cela, tu n’as qu’à me laisser gagner !
Kembou savait que Wyatt plaisantait.
— Dans tes rêves ! lança-t-il.
Ils enchaînèrent les matchs, Kembou accumulant les victoires malgré les efforts acharnés de Wyatt. Ils s’affrontèrent ensuite à un autre jeu où son ami prit le dessus, puis Kembou constata que l’heure tournait.
Il n’avait pas la moindre envie de quitter Wyatt, mais il devait s’occuper de sa recherche d’emploi.
— Faut que je me rentre.
— Déjà ? Tu reviens demain ?
— Oui.
Il n’aurait pas dû. En même temps, c’était ses dernières grandes vacances avant d’entrer dans la vie active.
Wyatt le raccompagna à la porte.
Kembour regretta pour la millième fois que la mode ne soit pas à la bise entre garçons et que se serrer la main ait toujours semblé trop formel à son ami.
Un au revoir, un sourire et Kembou s’éloigna.

jeudi 8 novembre 2018

Chocolat Blanc - 2

Kembou sortit de la chambre et descendit à l’étage pour utiliser les cabinets.
Wyatt l’invitant régulièrement depuis qu’ils avaient fait connaissance en première année de primaire, la maison lui était aussi familière que l’appartement de ses parents. Il était cependant loin d’y être aussi à l’aise. Les parents de Wyatt se montraient assez froids à son égard et la sœur de ce dernier aussi, depuis l’année dernière.
Après avoir fini sa petite affaire, il eut la malchance de la croiser dans le couloir.
— Encore là, toi ! s’exclama-t-elle avec une moue pincée.
Kembou préféra garder le silence.
Quoiqu’il dise, elle prendrait mouche, tout ça parce qu’il avait refusé de sortir avec elle quand elle lui avait fait sa déclaration un an plus tôt.
— C’est malpoli d’ignorer les gens ! s’écria-t-elle.
Kembou se retint de répliquer que sa façon de le disputer était pire. Cela dégénérerait et il ne voulait pas que Wyatt ou ses parents doivent intervenir. Marine était tellement furieuse contre lui qu’elle serait capable d’inventer une histoire à dormir debout où il aurait le mauvais rôle. Le père et la mère de Wyatt seraient trop contents d’avoir une excuse pour le bannir de leur demeure et son ami, même s’il le défendrait, à ne pas en douter, serait obligé de l’accepter.
Il se dépêcha de gagner la chambre de Wyatt, heureux de songer que bientôt, ce ne serait plus un problème, et qu’il n’aurait plus à voir Marine, car Wyatt allait emménager à la rentrée dans un studio pour être plus près de l’école d’ingénieur dans laquelle il allait étudier.
— On se fait une autre partie ? A moins que tu ne veuilles prendre un goûter ?
L’estomac de Kembou se noua, rien qu’à l’idée de retomber sur Marine dans la cuisine. Il ne s’était pas confié à Wyatt au sujet de sa sœur pour ne pas embarrasser la jeune fille et il le regrettait, mais c’était un peu tard maintenant... Il avait trop de secrets pour son ami et n’en était pas fier, mais il avait peur de perdre son amitié. Wyatt était cool et il était presque certain que son homosexualité ne le dérangerait pas, mais il se voyait difficilement lui annoncer et continuer à lui cacher ses sentiments.
— Kem ?
A force de se torturer l’esprit, il n’avait toujours pas répondu.

mercredi 7 novembre 2018

Chocolat Blanc - 1

En dépit de la fenêtre ouverte et des rideaux tirés pour bloquer les rayons trop vifs du soleil, il régnait une chaleur infernale dans la chambre.
Kembou étala son ami d’un coup de pied jeté dans le thorax. La musique de victoire retentit : il avait gagné le match.
Wyatt poussa un long soupir en lâchant la manette sur le sol.
— La vie est tellement plus intense dans les livres...
Depuis le temps qu’ils étaient amis, Kembou était habitué aux réflexions aussi étranges qu’impromptues de Wyatt.
— Tu voudrais être le héros d’un ?
Wyatt se laissa tomber en arrière sur la moquette. Son t-shirt loup remonta dévoilant une raie de peau blanche des plus appétissantes. Kembou détourna le regard.
— Tu parles ! Je n’en ai pas l’étoffe ! Je serais plutôt un figurant dans le décor, au mieux un personnage secondaire !
Kembou chercha les mots susceptibles de remonter le moral de son ami. S’ils se mettait à énumérer toutes ses qualités, il risquait de trahir l’amour qu’il éprouvait à son égard depuis le collège, période durant laquelle il avait compris que c’était les garçons qui l’attirait et non les filles.
Dans le silence qui se prolongeait, Wyatt reprit :
— Les héros, ils sont tous impossiblement beaux, ou alors avec un tare physique pour les distinguer, jamais médiocre. Je n’ai pas une once de charisme, rien de spécial. Toi, par contre…
Kembou aurait adoré qu’il termine sa phrase, mais pas question d’aller à la pêche aux compliments. De toute façon, lui non plus n’avait rien de particulier. Il était plutôt grand, mais sans excès, et avait la peau noir ébène et les lèvres épaisses de ses ancêtres africains.
— Qu’est-ce qui te plaît tant dans les livres, hein ?
— Tous les moments ennuyeux sont coupés.
— Oui, enfin bon, un roman qui décrirait chaque passage de ses personnages aux toilettes ne serait pas très passionnant, si ?
Wyatt grimaça de façon comique.
— Vrai. En même temps, cela pourrait être un exercice de créativité des expressions différentes étaient employées à chaque fois : un tour au petit coin, besoin de soulager sa vessie, envie pressante.
Kembou se leva.
— Tu vas où ? demanda Wyatt.
— Devine !
Un passage aux WC s’imposait.