vendredi 3 août 2018

Bienvenue à Versélia - 34

Le silence commençait à devenir pesant, quand Galway se donna la peine d’expliquer que sa tournée se divisait entre livraisons régulières et occasionnelles, les secondes étant orchestrées à l’aide de fées messagères. Il passait tour à tour prendre et déposer, d’un bout à l’autre de Versélia.
La chevauchée ou plutôt la « centaurée » étaient secouante et assez ennuyeuse, et Grégoire ne tarda pas à avoir le fessier en compote.
Galway se montrait professionnel et efficace avec les différents expéditeurs comme les destinataires des paquets qui étaient de toutes tailles et formes, généralement emballés dans du tissu.
Le centaure fit l’effort de le présenter à certaines personnes, mentionnant à chaque fois que le dragon pensait que Grégoire devait s’essayer à différentes professions pour trouver sa vocation. Nul doute que Vulkain avait dû demander ce service à Galway.
Être introduit de la sorte était curieux, mais cela partait d’une bonne intention et Grégoire fut invité à plusieurs reprises à revenir, ce qu’il accepta, remplissant son emploi du temps pour une semaine complète.
Galway exigea que Grégoire descende de son dos à un moulin où il récupéra de lourds sacs de farine pour Vulkain.
Grégoire se retrouva à marcher à côté de lui, les jambes arquées comme un cowboy, jusqu’à la grotte du dragon qu’ils trouvèrent en train de sortir des miches du four.
— Tout se passe bien ? s’enquit Vulkain.
— Oui, à merveille, répondit aussitôt Galway.
Grégoire ne le contredit pas, quand bien même son opinion divergeait quelque peu. Le centaure avait une tendance à souffler le chaud et le froid qui était déconcertante. Toujours est-il que cela se déroulait beaucoup mieux qu’il ne l’avait craint.
— Que penses-tu du travail de livreur, Grégoire ? demanda le dragon.
— C’est intéressant et définitivement utile, mais pas pour moi.
— Cela ne me surprend pas, mais c’est l’occasion pour toi de faire connaissance avec du monde.
Grégoire avait rencontré tant de gens depuis son arrivée qu’il en avait le tournis, mais il comprenait bien que le dragon ne cherchait qu’à l’aider, alors il ne se plaignit pas, se contentant de sourire à l’intention de la reptilienne créature.
— Il faut que l’on reparte, intervint Galway avec brusquerie.
— Prenez au moins avec vous de quoi déjeuner, dit Vulkain.
Le centaure accepta avec autant d’enthousiasme que de reconnaissance, puis se dépêcha d’entraîner Grégoire hors de la grotte.

jeudi 2 août 2018

Bienvenue à Versélia - 33

— Formidable ! Je les mangerai en cours de route, déclara Grégoire de peur d’irriter Galway s’il le faisait attendre.
Ce fut l’inverse qui se produisit.
— Une offrande de Vulkain, cela se déguste. Prends le temps de les savourer !
— D’accord, très bien. Inutile de monter sur tes grands chevaux !
Grégoire se mordit la lèvre en réalisant que son expression était susceptible de vexer le centaure, mais ce dernier ne releva pas.
Galway se coucha dans l’herbe et tira sur le ruban qui gardait fermer le sac des petits pains. Le tissu s’ouvrit en corolle formant une nappe.
Grégoire s’assit en face de lui et commença à manger.
Constatant que Galway ne se servait pas, il l’y invita.
— Vulkain me les a donnés pour toi. Je ne peux y toucher.
— S’ils sont à moi, libre à moi de les partager, non ?
Le centaure le remercia avec effusion et, avec un soupçon d’hésitation en attrapa un qu’il croqua par petites bouchées.
Il était difficile de savoir sur quel pied danser avec lui.
Le divin petit déjeuner terminé, Galway se remit debout.
— Il est temps de se mettre en route. Grimpe sur mon dos que nous allions chercher le premier paquet de la journée. J’ai déjà été au centre recevoir les premières instructions.
Grégoire n’était monté qu’une fois à poney dans sa vie et cela datait de l’école primaire. Le centaure avait certes les pattes courtes, mais il ne portait pas de selle et encore moins de bride. L’offre était toutefois trop généreuse pour qu’il la refuse, aussi se décida-t-il à enfourcher Galway.
Une fois installé
, non sans mal, sur la croupe du centaure, il resta bras ballants, ne sachant où se tenir.
Galway trancha pour lui et se tournant, il lui attrapa les mains, les plaça autour de sa taille et partit au galop.
Ses cheveux fouettaient le visage de Grégoire qui peinait à apprécier la cavalcade, n’osant pas s’agripper trop fort, mais craignant de tomber. 
Enfin, le centaure ralentit, mais précisa qu’il était inutile de descendre. Tant que ce qu’on lui confiait n’était pas trop lourd, il pouvait le porter dans ses bras.
Après un bref échange avec une espèce de troll, ils s’éloignèrent au trot.

mercredi 1 août 2018

Bienvenue à Versélia - 32

Les lèvres du Gardien se détachèrent des siennes, en douceur.
— Dors-bien, déclara-t-il.
Grégoire se sentait hélas bien réveillé à présent, notamment une certaine partie de son anatomie. Il n’était pourtant plus sous l’influence d’aucun aphrodisiaque. Il ressentait une authentique attirance pour le Gardien, pas l’arbre, mais l’homme. Ce n’était néanmoins pas purement sexuel.
— Tout à l’heure, tu t’es transformé pour pouvoir partir à ma recherche, mais là, pour quelle raison ?
— Pour pouvoir t’embrasser, te séduire.
Cela ne fonctionnait que trop bien.
— Je préférerai que nous restions juste amis.
Même s’ils avaient déjà dépassé ce stade. Le Gardien était un arbre, bon sang de bois ! Depuis qu’il avait mis les pieds à Versélia sans le vouloir, il nageait en plein délire.
— Je veux rentrer chez moi, continua Grégoire.
— Je le sais et le regrette, car tu m’es désormais aussi indispensable que la pluie et le soleil.
C’était trop. Ils ne se connaissaient que depuis quelques jours à peine et c’était le premier où il le voyait autrement qu’en tant qu’arbre. Il ne pouvait nier que le Gardien était extrêmement séduisant et que discuter avec lui était plus qu’agréable… Grégoire gémit. Il devait se concentrer sur son objectif premier : regagner son monde.
Le Gardien parut comprendre qu’il en avait trop dit, car il s’écarta, retournant à sa place.
— Va donc te coucher. Tu sais où me trouver.
Grégoire se décida enfin à partir, mais une fois dans sa cabane, il entrebâilla le volet pour voir le Gardien.
Il constata que ce dernier n’avait pas encore repris sa forme originelle et qu’il regardait dans sa direction.
Grégoire referma, troublé et se coucha, se répétant que lui et le Gardien, ce n’était pas souhaitable, qu’il devait résister.

    Des coups à sa porte le réveillèrent en sursaut.
— Un instant, j’arrive ! s’écria-t-il comme l’individu à sa porte frappait plus fort.
Il se leva, s’habilla en vitesse et ouvrit : c’était Galway.
— Bonjour, je viens te chercher pour commencer ma tournée. Vulkain m’a confié des petits pains chauds pour toi.
Le centaure n’avait pas vraiment l’air enchanté d’être sur le pas de sa porte, mais il semblait malgré tout revenu à de meilleurs sentiments.