lundi 5 février 2018

Un Chevalier au XXIème siècle - 19

— Vous avez eu des rapports charnels avec beaucoup de partenaires ?
Cette question était la preuve que l'adolescent envisageait sérieusement de découvrir les plaisirs du sexe dans les bras de Percival.
— Je suis expérimenté, ne t'inquiète point, répondit le chevalier qui, même s'il paraissait avoir compris que Tim était désireux de franchir le pas avec lui, n'avait pas saisi ce qui le tracassait.
— Combien ? reformula-t-il.
— Cinq. Trois hommes et deux femmes. Je n'ai point trouvé mon compte avec ces deux dernières, mais il s'agissait que nul malintentionné ne soupçonne mes préférences.
C'était à la fois peu et beaucoup. Tim se morigéna. Il fallait mieux attendre qu'il tombe sur un charmant garçon du XXIème siècle sur lui, un qui l'aimerait en retour. Encore fallait-il parvenir à quitter le Moyen-Âge. Sa mère devait être dans tous ses états qu'il ait disparu depuis trois jours. Mais peut-être avait-il été projeté au XIVème siècle pour une raison précise. Cela semblait néanmoins douteux que ce soit pour être dépucelé. Il manquait peut-être simplement certaines conditions à son retour à son époque, une pleine lune, un orage ou Dieu sait-quoi… Mais repartir, cela signifiait se séparer de Percival. Il n'aurait jamais dû s'attacher à lui.
— A demain, lâcha Tim avant de partir comme s'il avait le diable aux trousses.
Une prochaine fois, il lui demanderait s'il avait été déjà amoureux.
Son sommeil fut agité celle nuit-là. Il rêva qu'avant de quitter la chambre du chevalier, il lui plantait un rapide baiser sur la bouche, que Percival le retenait par le bras, et capturait ses lèvres avant de le plaquer sur le matelas.
Il se réveilla aux aurores, pas frais pour un sou.   Il se rendit aux cuisines d'un pas traînant et dut subir une fois de plus les remarques mordantes et insultes de Guillemin.
— Mais quel coquebert ! Empoté !
Ce qui était bien, c'est que de nombreux commentaires passaient au-dessus de la tête de Tim. Son absence de réaction n'avait hélas d'autre résultat que d'enrager davantage le sous-chef.
Après le casse-croûte, le bonhomme se lassa heureusement, et Tim put respirer un peu. C'était plus facile de travailler sans avoir quelqu'un qui lui tournait autour, guettant le moindre de ses faux-pas.
Il était tranquillement absorbé par sa tâche qui consistait à couper de grandes tranches de pain quand Guillemin arriva subrepticement dans son dos et lui cria dessus, le faisant sursauter. Le couteau ripa et entailla son index. Le sang coula aussitôt rouge et abondant.

vendredi 2 février 2018

Un Chevalier au XXIème siècle - 18

— Continue donc, lui intima Percival. Ne te laisse point distraire.
— Mais pourquoi vous déshabillez-vous ? demanda Tim, manquant de rater un barreau.
Ses yeux étaient comme aimantés au corps nu de Percival barré de plusieurs cicatrices dont une impressionnante qui descendait de son épaule jusqu'à son téton droit.
— Je m'apprête pour la nuit.
— Mais l'autre jour, vous aviez gardé vos vêtements !
— Je n'ai point pour habitude de le faire, c'était pour ne point t'effaroucher et te retenir de te reposer auprès de moi.
Ainsi, cela avait été une délicate attention de sa part.
Tim acheva sa descente et préféra abandonner l'échelle.
— Si tu es las et ne veut plus t'exercer, rejoins ton dortoir, déclara Percival en se glissant sous les couvertures du lit.
— Pourquoi avez-vous si hâte de vous débarrasser de moi ? Je ne vous intéresse plus, c'est ça ? Vous avez regagné les faveurs de Lubin ?
L'adolescent se laissait peu à peu contaminé par le parlé de l'époque.
— Point du tout, mais mon doux ami, il va falloir te décider, soit mes attentions sont les bienvenues, soit elles ne le sont pas.
En vérité, il n'y avait rien d'incohérent là-dedans. Tim avait développé bien malgré lui des sentiments amoureux pour le chevalier, et il aurait voulu que ce soit réciproque.
Percival continua :
— Et je ne te chasse point, mais il n'est point la peine d'exciter la curiosité des gens.
Bernon l'avait, il est vrai déjà interrogé sur ses escapades nocturnes et Tim avait plus ou moins esquivé, prétendant se familiariser avec les lieux.
— C'est vrai, soupira l'adolescent en esquissant un pas vers la porte.
— Si tu souhaites que je goûte ton clou de girofle, je suis partant, tu sais, mais je ne puis t'offrir mon amour.
Tim devina que la première partie de la phrase était sexuelle sans toutefois bien en saisir le sens. Ce fut surtout la seconde moitié qu'il retint, parce qu'elle le peinait.
Oui, il avait envie de partager la couche du chevalier, mais il n'était pas sûr de vouloir le faire alors que ce dernier n'éprouvait pas la même chose que lui. Il y avait aussi la question des maladies sexuellement transmissibles, parce que bon, à sa connaissance, le préservatif n'existait pas au Moyen-Âge.

jeudi 1 février 2018

Un Chevalier au XXIème siècle - 17

Une nouvelle journée de dur labeur débuta. Le sous-chef Guillemin qui le détestait officiellement le rudoya sans discontinuer.
Tim attendit avec impatience que le soir vienne, et ce, même s'il savait que Percival ne serait pas tendre avec lui.
Comme la veille, le chevalier lui confia une épée en bois. Tim essaya de tenir plus longtemps que la veille, mais son corps le trahit. Cependant, cette fois, Percival n'insista pas et lui souhaita une bonne nuit.
Tim se serait bien attardé pour bavarder avec lui et savoir s'il avait réussi ou non à renouer avec Lubin, mais n'en fit rien. Il n'aurait pas dû s'en soucier et regretter que le chevalier ne lui fit plus d'avances. Percival n'était pas pour lui. C'était un homme du Moyen-âge et lui comptait bien regagner le XXIème siècle.
Le confort moderne lui manquait. Les douches, entre autres. Il n'avait pu faire qu'une toilette sommaire avec un seau d'eau fraîche depuis qu'il s'était comme télé-transporté dans le passé.
Son troisième jour en cuisine fut catastrophique. Le sous-chef crut drôle de lui faire un croche-pied de façon à ce qu'il s'étale de tout son long, renversant tous les légumes empilés dans le panier qu'il tenait à ce moment-là. Personne ne lui tendit une main secourable pour se relever, personne ne ramassa la plus petite carotte, pas même Bernon. Peut-être était-il fatigué de s'occuper du nouveau, à moins qu'il ne craigne de devenir lui-aussi la bête noire du sous-chef.
Tim serra les dents. Face à ce genre de ruse, même la force était inutile. Il lui semblait tout de même que s'il avait dégagé une impression de puissance, il n'aurait pas eu à subir ce type de traitement. En l'état, il faisait une victime facile pour quiconque ayant besoin de tourmenter les autres pour avoir l'impression d'exister.
Même s'il se sentait découragé, Tim ne manqua pas de se rendre à la chambre de Percival.
— Tu es tombé ? demanda le chevalier en effleurant son menton d'un doigt léger.
— Oui, répondit Tim, se retenant de préciser qu'on l'y avait aidé.
Il devait y avoir une trace de sa chute, comme s'il avait besoin d'un bleu de plus.
— Je te propose un nouvel exercice. Il s'agit de monter et de descendre.
L'adolescent remarqua alors une petite échelle aux barreaux grossiers appuyée contre le mur, à quelques pas de la cheminée.
Il s'exécuta, ayant tôt fait de s'imaginer comme une grenouille coincée dans son bocal, obligée de grimper chaque fois qu'il faisait beau.
Il en était à la onzième fois quand il vit que Percival se mettait tout nu. Il se figea au milieu de l'échelle, fasciné par le spectacle.