mardi 12 décembre 2017

Remplacement Standard - 83

— Tu n'es pas obligé de discuter avec Jean-Antoine.
— C'est vrai, mais peut-être que cela me soulagera d'avoir laissé mon père et ma mère croire des bêtises.
— Tu n'es coupable de rien. A l'époque, tu étais dépendant d'eux, tu n'avais guère le choix.
— Rien ne justifie que je joue toujours la comédie à présent, lâcha Ethan.
— Ne sois pas trop dur avec toi-même.
Jonas regretta de ne pas être dans la même pièce que lui. Il aurait voulu pouvoir le réconforter avec davantage que quelques mots.
— Comme tu me l'as fait remarqué à plusieurs reprises et il n'y a pas plus tard qu'une minute, les torts sont toujours partagés, reprit-il comme Ethan gardait le silence.
— C'est vrai… Il va falloir que je raccroche. A bientôt.
Jonas grommela entre ses dents, frustré que la conversation se termine si vite. A bien des égards, Ethan était encore un mystère, mais plus il en apprenait sur lui, plus il l'aimait. Il était aberrant que cela gêne tant les gens que deux personnes de même sexe forment un couple.
                                                      *
Ethan regretta immédiatement d'avoir coupé aussi abruptement. Qu'est-ce qui lui avait pris de déballer son passé comme ça ? Jonas, néanmoins, l'avait écouté, sans l'interrompre et sans rien lui reprocher.
Même si Jonas ne pouvait vraiment comprendre la douleur de ne pas être accepté tel qu'on était, il se montrait soucieux du bien-être de son fils. Gilbert avait de la chance d'avoir un père comme le sien.
Ethan avait encore du mal à réaliser que bientôt il vivrait à nouveau sous le même toit que lui. Il ne parvenait pas à chasser totalement la crainte que tout cela ne soit que très temporaire. Jonas étant hétérosexuel, la probabilité qu'il se lasse et se retrouve une compagne était très élevée. Il était peut-être stupide d'avoir posé sa démission et résilié sa location pour un bonheur éphémère, mais il était prêt à tout pour que cela marche entre eux et que cela se passe bien pour les enfants, y compris essayer de raisonner le fameux Jean-Antoine.


     Il venait de terminer son dernier remplacement et achever ses cartons en prévision de son départ prochain quand Jonas lui annonça que les papiers officialisant le divorce étaient arrivés. Gwen était partie s'installer chez Jean-Antoine et il ne restait plus qu'à Ethan à emménager.
Il se proposa bien sûr pour l'aider et fut étonné en constatant qu'Ethan avait si peu d'affaires qu'elles ne comblaient même pas le vide laissé par celles qu'avaient emporté Gwen.
Ethan fut pour sa part surpris de découvrir un nouveau lit dans la chambre à coucher. Il fut touché que Jonas souhaite marquer de la sorte le début de leur vie commune.
Gui, le plus hostile à son inclusion dans la famille, lui fit un bien meilleur accueil qu'escompté.
Au final, celui qui se sentait le plus à mal l'aise, c'était Ethan lui-même. Cela lui faisait bizarre de ne plus avoir de travail, de ne pas se contenter de passer brièvement avec ses valises.
Pour ne pas froisser Gui, il veillait à garder ses distances avec Jonas qui, lui, n'était pas avare en gestes affectueux, que les enfants soient présents ou non. Ethan préférait lui laisser l'initiative, c'était plus simple. Pourtant, dès fois, cela le démangeait, d'autant plus que Jonas était toujours aussi à l'aise avec sa nudité.

lundi 11 décembre 2017

Remplacement Standard - 82

— Moi, il me débecte ce type,  déclara Gilbert.  Il est hors de question que j'aille chez lui un week-end sur deux et pendant les vacances scolaires. Chaque fois que je le vois, il en remet une couche sur la nécessité que je consulte un psy, continua-t-il d'un ton révolté. Non, c'est fini, je ne veux plus mettre les pieds là-bas.
Jonas grimaça. Le divorce n'était même pas effectif que les problèmes liés à sa séparation avec Gwen commençaient déjà.
— Pense à ta mère...
— Elle le soutient avec son histoire de psy. Elle  croit que cela ne me ferait pas de mal.
— C'est quoi ton problème avec les psy ?
Gilbert afficha un air excédé, comme si son père se montrait volontairement obtus.
— Il y en a qui prétendent soigner l'homosexualité, comme si c'était une maladie dont je devrais avoir honte, les enfoirés ! Ils feraient mieux de balayer devant leurs portes !
— Je ne savais pas que cela existait, et ta mère n'est probablement pas au courant non plus.
Gilbert opina, mais c'était clair qu'il ne décolérait pas. Hélas, Jonas n'avait pas vraiment de solution à lui proposer, à part de prendre sur lui et de ne pas relever les propos de Jean-Antoine.
— Je vais tâcher d'en parler à ta mère, d'accord ?
La plus susceptible d'arranger les choses, c'était elle, mais peut-être ne voudrait-elle pas entendre que son Jean-Antoine avait un gros défaut de tolérance.
Et Gwen, en effet, quand il souleva le problème, interpréta de travers, accusant Jonas de monter Gilbert contre Jean-Antoine qui n'était rien d'autre que bien intentionné.
Jonas se retrouva à faire part de ses inquiétudes par téléphone à Ethan qui jugea les trois parties coupables : Gwen, d'aveuglement, Jean-Antoine, d'ingérance et Gilbert, d'obstination.
— Si tu as une idée pour arranger les choses, je suis preneur.
Un long soupir se fit entendre.
— Je pourrais tenter de démontrer à Jean-Antoine l'inutilité de ce genre de thérapie puisque j'ai été obligé d'en suivre une.
D'une voix de plus en plus altérée, Ethan lui confia son passé et le mensonge dans lequel il vivait avec ses parents. Il en souffrait encore, c'était une évidence, mais Jonas, sentant que c'était complexe, ne lui conseilla pas de crever l'abcès. Lui-même n'était pas pressé d'annoncer à ses parents sa séparation avec Gwen.

vendredi 8 décembre 2017

Remplacement Standard - 81

Durant les semaines qui suivirent, Jonas ne vit guère Ethan, pas suffisamment à son goût. Quelques messages et coups de fil ne pouvaient remplacer de vraies visites.  Seulement, Ethan avait encore des missions, car même s'il avait posé sa démission, il avait trois mois de préavis et c'était d'ailleurs pareil pour la résiliation de sa location. La procédure de divorce était en cours et devrait être terminée dans un délai similaire. En un sens, c'était parfait, excepté qu'Ethan lui manquait à un point que Jonas ne s'expliquait pas. Sa douceur, sa chaleur, sa réserve… Il le voulait auprès de lui. Cependant, de son côté, il y avait aussi des choses à mettre au point.
Gwen avait entrepris de ranger la maison et de trier ses affaires pour voir ce qu'elle laissait et ce qu'elle emportait avec elle. Elle avait suggéré aux enfants de faire de même, proposant d'emmener certains trucs chez Jean-Antoine qui s'occupait de faire de la place afin de pouvoir accueillir Gilbert, Gui et Gaëlle sur une base régulière.
Après quelques discussions plus ou moins houleuses, Gwen et lui s'étaient entendus pour se retrouver à mi-chemin à chaque fois pour récupérer les enfants de façon à s'épargner un trajet de quatre heures de route. L'option qui consistait à mettre les enfants dans le train avait pour le moment était exclue. Peut-être y viendraient-ils quand Gaëlle et Gui seraient un peu plus âgés.
Cette période de transition n'était pas très confortable pour eux avec la maison en chantier. Leur vie à cinq bien qu'elle se poursuive était déjà terminée. Ils le sentaient tous. Jonas n'éprouvait cependant pas de nostalgie. Il avait juste hâte de passer à la suite.
Lors du déménagement des affaires de Gwen pour lequel il loua une camionnette, il eut l'occasion de faire la connaissance de Jean-Antoine.
C'était un homme d'une quarantaine d'années aux cheveux gris argentés qui ne manquait pas de prestance. Cela fit plaisir à Jonas de constater qu'il était aux petits soins avec Gwen. Lui eut droit, sans surprise, à un traitement aussi poli que glacial de la part de Jean-Antoine. Gwen n'avait pas dû dresser un portrait très flatteur de lui.
Une fois de retour à la maison, entre quatre yeux, Gilbert lui donna cependant une autre lecture de l'attitude froide de Jean-Antoine : Gwen ne lui avait pas caché que son bientôt ex-mari allait se mettre en couple avec un autre homme et c'était le point qui fâchait.
Jonas, repassant en revue certaines remarques de Jean-Antoine, dut reconnaître que son fils avait raison. Cependant, il s'en moquait. Tous les préjugés du monde ne changeraient rien à ses sentiments pour Ethan.