jeudi 2 novembre 2017

Remplacement Standard - 60

Jonas préféra cesser d'argumenter avec elle pour le moment et monta pour voir Gilbert.
— Comment peux-tu être aussi calme ? demanda-t-elle, en le suivant et en s'accrochant à sa chemise.
Il devait l'être pour deux. Mais ce n'était qu'en surface, car il ne l'était pas vraiment. Il se posait des tas de questions au sujet d'Ethan et de ses préférences sexuelles, s'il pourrait obtenir son numéro par l'intermédiaire de son fils…
Elle continua :
— La semaine supplémentaire où mon remplaçant est resté ne nous a jamais été facturés, tu sais. L'erreur étant notre faveur, je ne me suis pas plainte à l'entreprise,  mais c'est louche, n'est-ce pas ?
C'était certes bizarre. C'était peut-être un oubli dû au caractère exceptionnel du prolongement. A moins qu'Ethan n'ait souhaité s'occuper d'eux sans contrepartie… Mais faire mille suppositions était inutile, seul le principal concerné pouvant répondre. Le plus simple en attendant était de s'adresser à Gilbert.
Il toqua à la porte de l'adolescent, sans obtenir de réponse.
— Je peux entrer ?
Il essuya un non retentissant.
— Je voudrais démêler cette histoire. Je ne partage pas l'opinion de ta mère.
Gwen qui l'avait lâché, mais se tenait à côté de lui, poussa un petit cri indigné que Jonas ignora.
La porte s'ouvrit et se referma aussitôt sur lui, au nez de Gwen.
— Ethan ne m'a jamais touché ni rien. On a fait que discuter, affirma Gilbert, les yeux rivés sur le carrelage.
A le voir aussi gêné, on aurait presque pu penser qu'il mentait, mais Jonas ne doutait pas qu'il soit sincère.
— Oui, je te crois.
Ce n'était pas seulement en la parole de son fils qu'il avait confiance, mais aussi en Ethan.
— Je ne veux pas qu'il ait des ennuis à cause de moi.
— C'est tout à ton honneur.
L'adolescent leva les yeux vers lui et en triturant le bas de son pull, la voix tremblante, il déclara :
— Je suis gay.
— Il n'y a pas de mal à préférer le citron à la vanille, les garçons aux filles. Les goûts, cela ne se commande pas.
Et parfois, ils changent. Ou on a envie d'un parfum bien particulier.
Gilbert le fixa, incrédule, les doigts toujours crispés sur son vêtement.
— Cela ne te dérange pas ? Tu ne vas pas prétendre que c'est trop tôt pour savoir ou un truc comme ça ?
— Non. Ce qui m'intéresse plus, c'est de savoir comment tu en es venu à te confier à Ethan.

mercredi 1 novembre 2017

Remplacement Standard - 59

Quelques jours plus tard, alors qu'ils n'étaient toujours pas plus avancés sur la manière de se séparer en causant le moins de tort possible aux enfants, Gwen l'appela en catastrophe au bureau, en fin d'après-midi. C'était au sujet de Gilbert et du remplaçant, c'était urgent et confus. Elle semblait bouleversée.
Jonas n'hésita pas à mettre de côté ce qu'il faisait et rentra en quatrième vitesse.
Pour lui parler en privé, Gwen envoya Gui et  Gaëlle jouer dans leurs chambres – apparemment, Gilbert s'était cloîtré dans la sienne.
— Je l'ai surpris à parler de sodomie au téléphone avec Ethan.
Jonas fut moins étonné par la mention de cette pratique sexuelle un peu tabou que par le fait que Gilbert ait le numéro du nounou.
— Comment sais-tu que c'était ton remplaçant ?
— Gilbert ne connaît pas d'autre Ethan que je sache ! Et c'est tout ce qui te choque ?
— Eh bien, parler sexe avec sa mère ou son père n'est pas forcément aisé…
Jonas savait que Gilbert avait choisi Ethan comme confident à ce sujet.
— Mais ne vois-tu pas que ce type s'en est pris à notre enfant ? Il resté trois semaines sous notre toit et tu n'as rien remarqué !
Ethan, un dangereux pervers ? Jonas l'avait craint l'espace de deux secondes, le premier jour, mais cela ne tenait pas la route.
— Je ne comprends pas comment tu sautes à cette conclusion.
— Ils parlaient de sexe anal entre hommes ! s'énerva Gwen.
Jonas digéra l'information. Il ne voyait tout de même pas Ethan s'adonner à des attouchements avec un adolescent.
— Je vais aller parler à Gilbert.
— Je ne sais pas s'il va vouloir, il refuse de m'adresser la parole !
Elle était dans un tel état, tellement sûre que le nounou avait abusé de l'adolescent que c'était normal.
— Notre fils est sans doute gay, mais ce n'est pas la fin du monde, si ?
Elle le regarda en clignant des yeux, comme si elle était face à un extraterrestre.
— Comment peux-tu prendre les choses aussi sereinement ? Cette homme a perverti notre bébé !
— Écoute, il me semble que je me serais en effet rendu compte de quelque chose s'il s'était passé un truc entre Ethan et Gilbert et aux dernières nouvelles, l'homosexualité n'est pas quelque chose qui se choisit.

mardi 31 octobre 2017

Remplacement Standard - 58

— Eh bien, peut-être ne serai-je pas seul. Et je peux toujours embaucher une jeune fille au pair.
— Je ne veux pas les abandonner derrière moi. Ils m'en voudraient.
Dans un divorce, ce sont toujours les enfants qui trinquent. Disputes, gardes alternées... Les faire choisir entre leur père et leur mère était horrible, mais que faire, quand les sentiments changent ?
Il se rendait compte à présent qu'il était resté avec Gwen par la force de l'habitude, parce qu'ils avaient vécu tellement de choses ensemble qu'il n'avait pas envisagé un instant qu'elle ne puisse pas être celle aux côtés de laquelle il vieillirait.
— Je crois que le pire qu'on puisse faire, c'est s'entre déchirer sous leurs yeux.
Elle secoua la tête.
— Je ne sais pas.
Il n'avait aucune certitude non plus, sur rien. Il n'avait pas la moindre assurance qu'Ethan l'aime de la même façon que lui, juste le soupçon qu'il ne se ferait pas mal recevoir.
— Parle moi de ton veuf.
Elle sursauta.
— Mais non, cela me gêne !
— Tu as gardé contact avec lui ?
Elle acquiesça avec embarras.
— Nous communiquons par mails.
— Tous les jours ?
Elle confirma.
— Et toi, l'heureuse élue, c'est une collègue de bureau ?
Un homme aimant les arts ménagers. Celui qu'elle avait embauché pour la remplacer le temps de quinze jours qui s'étaient transformés en trois semaines.
— Non. La personne en question ne se doute pas le moins du monde de ce que je ressens à son égard. J'ai eu beaucoup de mal moi-même à accepter que j'étais tombé amoureux.
— J'ai eu le même problème. Je ne voulais pas reconnaître que toi et moi, c'était fini.
Si elle était tombée amoureuse d'une autre femme, cela aurait pu être comparable.
Elle avait raison, c'était étrange qu'ils discutent de leurs sentiments pour d'autres. En même temps, cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas discuté de choses intimes de façon aussi apaisée, et c'était agréable.
Elle reprit :
— Lui aussi a eu de la peine parce jusqu'à ce nous nous rencontrions, il était resté fidèle au souvenir de sa femme.
— Depuis combien de temps est-elle décédée ?
— Sept ans, dans un accident, peu après la naissance des jumelles.
Même si Gwen doutait encore que leur séparation soit la meilleure solution, surtout vis-à-vis des enfants, il semblait évident à Jonas qu'elle y viendrait. Il était prêt à lui laisser le temps de se habituer à l'idée. Ce n'était pas rien de mettre un point final à seize ans de vie commune. Il fallait aussi réfléchir à comment présenter les choses à Gilbert, Gui et Gaëlle.