mercredi 4 octobre 2017

Remplacement Standard - 39

                                                    *
Jonas se sentit bien solitaire face à son assiette après son départ. Il avait pris l'habitude que Ethan parle avec lui pendant qu'il mangeait à des heures indues. Il avait une philosophie de la vie optimiste, mais il avait raison, effectivement, en dépit du coup du café, de la voiture en rade et du train en panne, la journée de Jonas n'avait pas été si pourrie que cela, il avait bien avancé dans le projet qui lui avait été assigné, été invité au restaurant par le collègue maladroit et dégustait à présent une délicieuse ratatouille.
C'était vraiment dommage qu'ils se perdent de vue une fois la mission de remplacement terminée.
Se retrouver seul face à son assiette redeviendrait la norme, à moins qu'il ne parvienne à quitter le bureau pas trop tard. Aujourd'hui, il avait cependant une bonne excuse. Gwen l'aurait sûrement plaint avant de s'inquiéter du coût des réparations. En tant que remplaçant, Ethan ne s'en était évidemment préoccupé.
Jonas rangea derrière lui, se brossa les dents et monta se coucher sans faire de bruit pour n'éveiller personne.
Il s'endormit presque sur le champ, mais d'un sommeil agité. Même s'il n'avait pu changer l'heure du réveil, il savait qu'il lui faudrait se lever plus tôt demain puisque c'était plus long d'aller au bureau par les transports en commun. Gilbert aussi devrait les emprunter ce matin ou bien se faire emmener par Ethan, mais plus tôt, parce qu'il y avait Gui et Gaëlle à déposer.
Tracassé par ses perspectives, Jonas s'éveilla de lui-même et découvrit qu'il tenait le nounou dans ses bras, tout contre lui.
Il aurait dû le libérer et se réinstaller de son côté immédiatement, mais il n'en fit rien. Le corps d'Ethan était chaud contre le sien. Son torse se levait et s'abaissait lentement et sa respiration était douce. Cela semblait étrangement naturel de le tenir contre lui. Comme si ce n'était pas la première fois. Et cela ne devait pas l'être. Il avait oublié ce détail quand il avait invité le nounou à partager le lit : depuis son enfance et son gros ours en peluche, il avait la manie d'étreindre quelque chose dans son sommeil : oreiller, traversin, couette, individu… Sa mère à l'époque où elle se chargeait de le réveiller, puis Gwen le lui avait fait remarquer.

mardi 3 octobre 2017

Remplacement Standard - 38

— Je me demandais… est-ce qu'un hétéro peut vraiment franchir le pas avec un gay ?
— Tout peut arriver dans la vie. On ne peut jamais ranger les gens dans des cases bien propres et nettes. Mais qu'une chose se produise ne veut pas dire qu'elle va fonctionner sur la durée.
— Et toi, tu es déjà tombé amoureux d'un hétéro ?
— Oui, plutôt deux fois qu'une.
Le propre père de l'adolescent étant la dernière fois en date et c'était douloureux.
— Et tu t'es déclaré ?
— Une fois et j'ai été rejeté comme il faut. Un de mes amis a eu plus de chance, mais l'effet de nouveauté passée, ça s'est terminé.
Ils bavardèrent encore un moment sur l'amour et les relations sexuelles, puis en dépit des protestations de Gilbert, Ethan lui enjoignit d'éteindre.
Il était 22h30 et Jonas n'était toujours pas rentré. Ethan s'installa dans le salon avec sa liseuse. Il ne voulait pas se coucher avant son retour, mais il était fatigué.
Enfin, il entendit le bruit du portail se refermant et la clef dans la serrure de la porte d'entrée. Il se leva aussitôt pour l'accueillir.
Jonas avait l'air contrarié et fatigué. Ethan aurait aimé faire davantage que le débarrasser de son sac et de son manteau, lui proposer un massage… ou une autre activité détendante. Mais s'il avait le droit de fantasmer en s'imaginant l'embrasser et plus encore, il ne devait pas espérer que Jonas lui retourne ses sentiments, pas quand cela impliquait de l'infidélité et la destruction d'une famille...
— Il a fallu faire  remorquer la voiture. Après, cela avait été la croix et la bannière de rentrer par les transports en commun. Il y a eu un problème avec le train et finalement, j'ai dû monter dans un car qui s'arrêtait partout, de tours en détours.
— Ce n'est vraiment pas de chance. Et le reste de la journée a été ? lui demanda Ethan, tout en le suivant dans la cuisine pour lui réchauffer sa portion de dîner.
— Non, dès le matin, un collègue a trouvé le moyen de renverser du café à moitié sur moi et sur mon bureau.
Ethan eut tôt fait de repérer la tache sur la chemise bleue claire. Jonas aurait dû la tamponner de suite avec de l'eau, mais ce n'était pas le moment de lui dire. Il y avait plein de trucs et astuces pour la faire partir.
— C'est vrai qu'il y a des journées, comme ça, où on les accumule. Mais à bien y regarder, ce n'est qu'une petite partie de la journée. Et ne vous en faîtes pas, je nettoierai ça et il n'y paraîtra plus.
— Merci. Parfois tu sembles trop beau pour être vrai.
Le cœur d'Ethan bondit dans sa poitrine. Ce n'était pas dit de façon ironique. C'était un compliment.
— Mais non, nia-t-il d'un ton faible.
Jonas portait sur lui un regard d'une intensité troublante.
Ethan fit exprès de bailler parce qu'il voulait s'éclipser avant de se laisser aller à dire et faire des choses qu'il ne pourrait reprendre, qui ne pouvait que conduire qu'à une catastrophe.
— Tu n'es pas obligé de rester avec moi. Va dormir.
— Oui, je ferais mieux. Merci. Désolé de ne pas vous tenir compagnie.
— Pas de souci. Allez, bonne nuit.

lundi 2 octobre 2017

Remplacement Standard - 37

Ils déjeunèrent tous les trois, jouèrent et repartirent.
De retour à la maison, Ethan s'accorda une pause, puis nettoya la salle de bain en maudissant les moisissures noires, puis alla chercher Gui et Gaëlle.
Après les avoir fait goûter, il les aida avec leurs devoirs avant de donner un coup de main à Gilbert, fraîchement rentré du collège. Il envoya ensuite le cadet et la benjamine au bain,  heureux de ne pas avoir à superviser leur lavage et prépara le repas en compagnie de Gilbert qui avait tenté, sans succès, de savoir l'opinion du garçon qui l'intéressait sur les homosexuels.
— J'y arriverai jamais… De toute façon, ça se voit que les filles lui plaisent, j'ai aucune chance.
— Allons, ne renonce pas si vite. Du moins, pas si tu penses qu'il en vaut la peine.
— Ouais, il est génial, mais il a déjà eu une petite amie.
Les homosexuels ne constituaient certes pas la majeure partie de la population, mais à l'adolescence, la curiosité aidant, même des garçons préférant les filles pouvaient avoir envie d'expérimenter. Cela ne se terminait hélas en général pas bien. Mais qui ne risque rien, n'a rien…
— Écoute, toi, tu es sûr de ce que tu es, mais à ton âge, nombreux ceux qui ne savent pas. Alors, oui, tes chances sont minces, mais cela ne doit pas t'empêcher d'essayer.
— Et toi, à treize ans ?
Ethan n'avait guère envie de repenser à son passé amoureux. Il n'avait pas été très courageux. Au collège, il avait prétendu être comme les autres. Au lycée, il avait voulu sortir de sa coquille pour finalement être obligé de refouler ce qu'il était à cause de la pression parentale. Ce n'était qu'après avoir quitté le nid familial qu'il avait eu sa première relation. Un truc pas très sérieux.
La sonnerie du téléphone sauva Ethan de l'épineuse question.
C'était Jonas. Il avait un souci avec sa voiture. Il allait devoir l'emmener au garage et ne savait pas à quelle heure il allait rentrer. Il refusa l'offre d'Ethan de venir le chercher.
Ils dînèrent tous les quatre, comme d'habitude en somme. Gaëlle et Gui avaient plein de choses à raconter sur leurs journées d'école. Ils firent un jeu pendant que Gilbert se retranchait dans sa chambre, puis vinrent l'heure du brossage des dents et de l'extinction des lampes.
Gaëlle pleura parce que son papa n'était pas là pour l'embrasser, mais Ethan sut la consoler.
Il alla ensuite voir Gilbert pour parler, quitte à aborder des éléments de son passé qu'il aurait mieux aimé oublier. Il savait que l'adolescent en avait besoin.