vendredi 21 avril 2017

A travers les millénaires - 33

— Tu m'expliques en quoi cela consiste au juste d'être un humain de compagnie ? A part avoir un collier, marcher à quatre pattes et être muet comme une carpe...
— Une quoi ?
— C'est un poisson.
— Oh... Il n'y a pas vraiment de règles, mais ton rôle est désormais de divertir et d'obéir. Pas seulement à moi, hélas. Du moins chaque fois que tu quitteras cette pièce ou qu'un autre saturnien y entrera.
La notion de divertissement était floue, mais Wen n'était pas né de la dernière pluie, loin s'en faut, il devinait certains abus sexuels. Hoshi le lui confirma en évoquant des oreilles d'animaux et des queues qui se fixaient bien sûr dans les fesses, façon vibromasseurs.
Le propriétaire saturnien pouvait l'enclencher à sa guise et provoquer des érections à son humain de compagnie, en public si cela lui chantait. Aucune intimité n'était de mise pour rien : bonjour, les humiliations à répétition.
— Et quand tu pars au combat ou en mission, qu'est-ce que je deviens?
— Tu es envoyé dans la réserve. C'est une cage où les humains de compagnie sont envoyés en l'absence de leur propriétaire. Si je meurs, un autre saturnien peut t'adopter.
C'était déprimant, mais Wen tâcha de voir le bon côté des choses. Pour le moment, il était tranquille avec Hoshi.

    Il lui fallut encore plusieurs jours pour se rétablir complètement. Quand il voulut prendre dans ses bras Hoshi, ce dernier se déroba.
— Je suis Waldo et les autres. Tu es Hoshi, mais aussi Kuma... réexpliqua doucement Wen.
— Oui, je me souviens de ce que tu m'as raconté, mais tu n'es quand même pas complètement lui. N'as-tu jamais de nostalgie pour des vies passées ?
— Parfois, certaines sont plus agréables que d'autres, plus douces.
— J'aimerai me souvenir moi aussi, que ce ne soit pas juste des histoires, comme quand je m'appelais Dake. N'y-a-t-il pas moyen que le phénomène se reproduise, que moi aussi tout me revienne ?
Wen aurait aimé que cela soit possible, que son âme-sœur ne soit pas en quelque sorte à chaque fois frappé d'amnésie, mais selon lui, il n'y avait pas de méthode. Dake s'était souvenu quand il lui avait parlé de leur passé commun et souffert de maux de têtes terribles. Il avait aimé cette vie-là. Ils avaient eu leur lot d'épreuves bien sûr à cette époque où l'homosexualité continuait à déranger bien des gens de façon absurde, mais ils avaient été heureux, vieillissant ensemble. En dépit de leur différence d'âge, ils étaient morts dans les mêmes eaux. Dake s'était éteint à 80 ans  et Noah, juste après. Son cœur avait lâché paisiblement dans son sommeil. Ils avaient pu échanger sur leurs existences passées tout au long de leur existence, Dake en possédant comme lui les souvenirs. Leur toute première rencontre aussi l'emplissait régulièrement d'une profonde mélancolie. Ils étaient alors si différents physiquement...
— Wen ?
Il s'ébroua, rappelé au présent par la douce voix de Hoshi.
— Le mieux est de vivre maintenant. Je te raconterai encore tout depuis le début.
—  Mais ce n'est pas pareil...
— La mémoire finira peut-être par te revenir, mon cœur, répliqua Wen et l'attirant à lui, il l'embrassa.
Hoshi, d'abord tendu et réticent, finit par répondre avec ferveur à son baiser.

jeudi 20 avril 2017

A travers les millénaires - 32

Wen essuya un autre interrogatoire tout aussi violent que le premier. Hoshi ne parut pas, mais Wen préférait autant qu'il ne soit pas là pour assister à cela. Il lui faisait confiance.
Et, effectivement, le surlendemain, Hoshi revint et libéra Ghao après moult instructions et indications.
Wen souhaita bonne chance à l'adolescent qui rétorqua que c'était lui qui allait en avoir besoin.
— Je dois m'occuper du système de sécurité, mais j'ai posé ma demande, dit Hoshi à toute vitesse avant de s'éclipser à son tour.
Wen subit encore deux séances musclées durant lesquelles il ne déserra pas les dents en dépit de la douleur. Pas question de donner ce plaisir à ses saturniens sadiques. Ce qui l'aidait à supporter, c'était de se rappeler qu'il avait subi bien pire dans d'autres vies. Hélas, son esprit avait beau être fort, son corps lui résistait mal.
Quand Hoshi vint lui passer un collier autour du cou, Wen ne pouvait plus se lever.
— A moins d'être porté, je ne vais pouvoir aller nulle part.
— Ne parle pas ! lui intima Hoshi. Les animaux ne sont pas supposés le faire. Et débrouille-toi pour avancer à quatre pattes !
— C'est absurde... murmura Wen.
— Tais-toi ! Autrement, je vais être obligé de te punir.
Wen se le tint pour dit. Ils étaient sans doute surveillés. Il ramperait s'il le faut pour sortir d'ici, et pouvoir avoir une véritable discussion avec Hoshi entre quatre yeux. Mais à ce moment-là, les mots n'auraient plus autant d'importance parce qu'il l'embrasserait à perdre haleine. Ce ne serait pas bien dur parce qu'il manquait sérieusement de souffle avec ses côtés cassées.
L'idée lui arracha un sourire ironique et c'est en se traînant sur le sol qu'il suivit Hoshi jusqu'à ses quartiers.
Cela ressemblait beaucoup à ceux des militaires humains gradés avec une couchette, une douche une tablette, mais en plus étincelant. Wen s'effondra par terre. Arriver jusqu'ici l'avait achevé, le baiser devrait attendre et la conversation aussi. Hoshi lui fit avaler plusieurs comprimés de couleurs et de formes différentes.
Wen vécut les jours qui suivirent dans un état délirant avant de reprendre conscience de son environnement. Il était étendu sur une paillasse au pied de la couchette, Hoshi à genoux, lui changeait les patchs qu'il lui avait collé sur le corps.
— Merci d'avoir pris soin de moi.
— Tu as failli mourir. J'ai cru que j'allais te perdre encore.
Wen passa la langue sur ses lèvres craquelées et déclara :
— Il en faut plus pour venir à bout de moi. Et puis nous nous serions retrouvés de toute façon.
— Parce que tu te souviens, que tu me reconnais. Dois-je te rappeler que ce n'est pas mon cas ? Même maintenant, j'ai du mal à croire que tu sois mon Waldo. Tout est différent chez toi, si ce n'est tes yeux...
Wen grimaça. Hoshi n'acceptait pas la situation, pas vraiment. Apparemment, le séduire allait encore être de mise. Enfin, ce n'était pas grave, il avait l'habitude. Excepté qu'il n'était pas encore tout à fait en état.

jeudi 6 avril 2017

Pause

En raison de multiples soucis de santé, le prochain épisode ne sera posté que le 20 avril 2017.