vendredi 3 mars 2017

Orcéant - 96

CHAPITRE 23
Quand Byll se réveilla le lendemain matin, il n'était pas enroulé dans une couverture dans les bras de Rouge, mais dans un lit ridiculement grand aux montures massives dorées. Le matelas sous lui était moelleux et soyeux, mais cela ne valait pas le confort d'être auprès de celui qu'il aimait.
Byll passa la main sur son visage, gêné par la barbe qui le recouvrait en partie et se leva d'un pas chancelant pour se regarder dans le miroir le plus proche. Oui, il était bel et bien devenu un homme et pas n'importe lequel : le roi d'Erret. La vieille licornéenne avait réussi. Pendant une lune, Byll était à même de refaire le monde. Il était dommage qu'il doive être humain, en d'autres termes petit, rose et poilu pour cela, mais c'était un faible prix à payer. Rouge, lui, avait la tâche ingrate d'expliquer au roi la situation.
Le premier défi de Byll fut de s'habiller, sans oublier la couronne en guise de touche finale. Il sortit ensuite de chambre dont la splendeur lui donnait plus le tournis qu'autre chose.
Le dragon et lui avaient longuement débattu pour savoir s'il valait mieux que Rouge se tienne ou non à distance. Un insolent cracheur de feu ne pouvait devenir un proche du roi du jour au lendemain sans que les gens ne s'en étonnent. Le véritable roi aussi posait problème. L'avoir auprès de lui pouvait éviter de commettre des erreurs, mais seulement si ce dernier jouait le jeu. Or, l'homme risquait d'être tenté de le piéger ou d'exposer son imposture, furieux qu'on lui ait emprunté son corps.
Rouge  et Byll avaient finalement opté pour un compromis : dans un premier temps, l'orcéant se débrouillerait seul, ce n'est que dans un second qu'il ferait entrer au château Rouge le saltimbanque et son « esclave .»
Les gardes à sa porte se redressèrent en le voyant et un licornéen accourut, ses cheveux blonds flottant derrière moi.
— Votre majesté est bien matinale.
Byll hocha la tête, n'osant dire quoi que ce soit. Il faudrait pourtant bien qu'il parle tôt ou tard s'il voulait modifier les lois concernant les dragons et les esclaves, il ne pouvait pas le faire sans préparer le terrain, autrement les gens réaliseraient de suite qu'il n'était pas le roi.
Il aurait aimé que Rouge soit là. Il savait qu'il était à proximité, mais ce n'était pas pareil. C'était dur d'affronter tous ses inconnus sans lui. Comment parviendrait-il à donner le change ? L'entourage du roi allait forcément se rendre compte que quelque chose clochait. Il fallait pourtant qu'il réussisse.

jeudi 2 mars 2017

Orcéant - 95

CHAPITRE 22
Leur chemin jusqu'à Kolassos s'était déroulé sans heurt et même dans le plus grand bonheur. Pierrick et lui avaient fait l'amour chaque nuit de façon passionnée et parfois quelque peu bruyante sans avoir à se soucier de Elissande qui avait précisé user d'un sort pour s'isoler et dormir sur ses deux oreilles.
Dans la ville portuaire, ils n'avaient eu aucun mal à trouver Jenkins. Hélas, ils n'avaient guère pu tirer plus de trois mots à l'homme qui leur avait confié sans sommation un nouveau message à l'intention d'un autre membre du mouvement, dans une ville à plusieurs milles.
Pierrick fulminait, tout son corps trahissait sa colère. A une autre époque, le licornéen aurait peut-être jugé que c'était une bonne leçon pour le rouquin que d'être considéré comme corvéable à merci, à la manière serviteur ou un esclave, mais dans l'état actuel des choses, il était juste désolé pour lui.
— Ils nous prennent pour quoi, hein ? Nous ne sommes que des pions dans leur maudit plan ! s'écria Pierrick, en donnant un coup de pied dans un mur qui ne lui avait rien fait.
Elissande mit les poings sur les hanches.
— Râler et tempêter ne servira à rien, autant nous remettre en route et nous débarrasser de cette nouvelle corvée.
— A quoi bon se dépêcher si c'est pour se retrouver encore avec un énième message !?
— Parce que nous n'avons rien de mieux à faire pour le moment ! Le prochain destinataire sera peut-être plus bavard, répliqua Elissande.
— Korel, qu'en penses-tu ?
Le licornéen sourit. Il aimait que Pierrick lui demande son avis, plutôt que de décider tout seul. Depuis que lui et Pierrick s'étaient unis et avaient parlé à cœurs ouverts, leur relation avait changé pour le meilleur.
— J'aimerai avoir autre chose à proposer, mais je ne crois pas que nous ayons beaucoup de choix.
— Tout ça à cause de ces foutus oiseaux ensorcelés, grommela Pierrick en remontant en selle.
— J'ai bon espoir de nous en débarrasser. Je suis sûre que j'approche de la solution, seulement il me faudrait des informations supplémentaires dessus et si tous les membres du mouvement se montrent aussi loquaces que ce Jenkins, ce n'est pas gagné. Peut-être aurions nous meilleur compte à retrouver Jaro.
— Ce ne serait pas plutôt parce qu'il t'a tapé dans l'œil que tu suggères cela ?
— Et alors, quand bien même ! Pourquoi n'y aurait-il que vous qui ayez le droit de roucouler ?! protesta Elissande.
Korel songea que ces deux-là étaient décidément toujours prêts à s'enflammer. Cela le rendait d'ailleurs toujours un peu jaloux d'être si à l'aise l'un avec l'autre. Heureusement, il savait désormais que le cœur de Pierrick ne battait que pour lui et que nul autre que lui n'avait pu goûter à sa puissance virile... Le licornéen s'ébroua. Mieux valait penser à autre chose. Par exemple, un être tout feu tout flamme au sens propre et non figuré.
— Je me demande si Byll et Rouge ont réussi à parler au roi, déclara-t-il à haute voix.
Elissande et Pierrick cessèrent de se chamailler au sujet de Jaro et des éventuels sentiments que la jeune fille lui portait ou non et des avantages qu'ils tireraient d'une possible discussion avec lui.
— Ils sont débrouillards, alors ça ne m'étonnerait pas, répondit Elissande.
— Nous n'avons aucun moyen de le savoir, surtout que le roi doit avoir d'autres chats à fouetter avec ses récentes fiançailles.
Ils avaient appris la nouvelle à Kolassos par le biais d'un avis placardé sur la grand place.
Quand il l'avait lu, la corne de Korel s'était mis à lui brûler, mais il n'avait pas eu d'autre prémonition. Les précédentes continuaient à le hanter, mais il n'était plus aussi certain que les évènements terribles qu'il avait vu se produiraient. C'était difficile à dire. Ce pouvoir était nouveau pour lui. Comme sa relation avec Pierrick pleine de baisers, de caresses et de mots tendres. Korel s'en voulut. Il fallait toujours qu'il en revienne là alors qu'il aurait dû se préoccuper davantage de l'avenir d'Erret. Enfin au moins, il ne faisait de mal à personne...

mercredi 1 mars 2017

Orcéant - 94

Une fois que Rouge leur eut exposé leur projet, Maître Frédérick émit des tas d'objections. Il avait peur pour son épouse et le dragon pouvait le comprendre. Lui aussi était inquiet pour Byll, notamment ce qu'il adviendrait de l'orcéant si jamais il arrivait quelque chose à Byll dans le corps du roi ou vice et versa.  Cependant, vouloir protéger et couper les ailes sont deux choses bien différentes.
La vieille licornéenne, elle, n'avait que trop rarement l'occasion d'utiliser son pouvoir spécial, aussi était-elle partante. C'était une excellente cause. C'est elle qui contra chacun des arguments de son mari : même si le roi était protégé par différents sorts, il ne pourrait échapper à sa magie licornéenne et il serait impossible de remonter jusqu'à elle.
Maître Frédérick finit par s'incliner, et la vieille usa de son pouvoir.
— Demain, l'orcéant se réveillera dans la peau du roi, assura-t-elle.
Rouge les remercia pour leur aide et partit rejoindre Byll pour l'informer de la nouvelle. Pour lui, elle n'était pas vraiment bonne, car il voyait surtout les dangers du transfert, mais il savait que Byll se réjouirait d'apprendre que son plan allait pourvoir être mis à exécution, alors il était content.