vendredi 6 janvier 2017

Orcéant - 68

— Je crois que rejoindre ce mouvement est vraiment une mauvaise idée, murmura Byll, les traits crispés par la douleur.
— C'est un premier pas... répondit Korel.
Byll commença à expliquer ce qu'il avait voulu dire, mais ne put achever, le souffle lui manquant. Rouge prit alors la relève, détaillant les étranges symptômes qui affligeaient Byll depuis désormais plusieurs jours.
Cependant, le licornéen ne put accepter que le mouvement de la Liberté représente quelque chose de dangereux. Il ne voulait pas renoncer à l'espoir que cela lui donnait que bientôt les licornéens ne soient plus sous le joug des humains.
Au lieu de suggérer qu'ils ne les rattrapent et les informent, Korel se blâma une fois de plus d'avoir autorisé le transfert d'âmes. Lui aussi se sentait mal dans cette peau qui n'était pas la sienne. Jamais sa corne ne l'avait brûlé auparavant, ce n'était qu'une coïncidence si le malaise de Byll avait débuté lors de la discussion avec Jaro. L'homme noir l'avait défendu ! Les seuls fois où il avait souffert de maux de têtes, c'était quand on lui avait coupé sa corne dans son enfance.

    A la nuit tombée, quand Korel fut endormi, Rouge et Byll s'éloignèrent pour parler tranquille, non sans que le dragon ne l'ait gratifié d'un coup de langue apaisant.
— Tu avais bien raison d'affirmer que cela ne servait à rien de les prévenir, mais je me sens si mal... si impuissant aussi. Nous ne devrions pas garder ainsi des choses pour nous alors que nous poursuivons le même but... J'ai  l'impression que tu regagnes de plus en plus vite des éléments de ta forme originelle.
— Tu as remarqué...
— Oui, tu as les cheveux teints, mais à la racine, ils ne poussent pas roux, mais rouge, et tes pupilles vertes sont désormais plein de paillettes dorés, encore un peu, et on pourra affirmer l'inverse... Et j'ai aussi vu que tu avais des écailles dans ton dos, quand tu as fait un brin de toilette à la rivière.
— Tu me regardais donc...
Byll déglutit. Oui, il ne pouvait s'empêcher de le suivre des yeux, c'était plus fort que lui. Il l'aimait. Il s'était habitué à son apparence humaine et même si une part de lui appréciait qu'il retrouve des traits de son physique originel, l'autre avait peur pour lui. S'il redevenait complètement un dragon au beau milieu d'une ville grouillant d'humains, il y perdrait la vie.
— Je me réjouis que la nouvelle lune soit bientôt sur nous, dit Rouge.
— Moi aussi, affirma Byll.
Il cesserait alors normalement de se sentir si mal et Rouge et lui pourraient à nouveau être collés l'un à l'autre sans que cela ne pose de problème. Sans oublier qu'ils pourraient aussi s'unir l'un à l'autre, même s'il ne savait encore comment.

jeudi 5 janvier 2017

Orcéant - 67

Hélas, le lendemain, Byll était toujours dans cet état étrange et sa tête était lourde et douloureuse par dessus le marché. Il aurait voulu s'en ouvrir à Rouge, et uniquement à lui, mais ce n'était pas facile. En effet, le rouquin, même en sachant que c'était Byll qui occupait le corps du licornéen n'aimait guère les voir faire bande à part. C'était ridicule, et cela obligeait à procéder avec précaution pour se parler en tête à tête. 
Quand Byll réussit enfin à se confier à lui, le dragon suggéra que les pouvoirs de Korel ne fonctionnaient pas comme ils auraient dû en l'absence de leur véritable propriétaire. Prenant en compte le moment où Byll où avait commencé à être mal, il émit l'hypothèse qu'il y ait un souci avec le mouvement de la Liberté. Toutefois, d'après lui, il était inutile de mettre en garde les autres, car aucun n'était prêt à entendre quoique ce soit de négatif à ce sujet.
— Comment cela ? s'étonna Byll.
— Notre ami roux est trop soulagé d'être débarrassé du fardeau de refaire le monde et il faut admettre que c'est un poids bien lourd à porter pour les épaules d'un seul individu.
— Nous sommes un groupe de cinq, pourtant, fit remarquer Byll.
— Oui, mais pour lui nous ne comptons pas vraiment. Jusque là l'échec ou non de la quête dépendait de lui.
C'était bien humain, ça.
Byll avait confiance dans le jugement du dragon, même si cela ne lui plaisait pas qu'ils fassent des cachoteries à leurs compagnons de route. Il aurait d'ailleurs également préféré que les autres sachent que peu à peu, en dépit du sort de transformation de Élissande, Rouge regagnait ses caractéristiques de dragon.

    Finalement, les affaires de Jaro lui prirent plus longtemps que prévu, si bien qu'après deux nuits à l'auberge, ils retournèrent camper.
Byll avait de plus en plus hâte d'être à nouveau cent pour cent lui-même, surtout maintenant qu'en plus d'être petit et faible, un atroce mal de crâne ne le quittait plus et qu'il était comme oppressé. Seuls des coups de langue de Rouge sur ses tempes et ses joues les calmait, mais ce n'était pas comme si le dragon pouvait lui lécher régulièrement le visage, et surtout pas sous la surveillance de Pierrick !
    Après plusieurs longues journées d'attente, Jaro vint les retrouver aux abords de la ville. Korel, Rouge et Byll pouvaient les accompagner, mais seulement jusqu'à un certain point.
Le voyage dura quelques jours durant lesquels  Élissande se rapprocha grandement de Jaro. Elle ne tarda pas à ne chevaucher plus qu'à ses côtés, laissant le loisir à Byll et Rouge de discuter tranquille dans la mesure où Pierrick demeurait au niveau de Korel.
Au moment où ils se séparèrent, la corne se mit à brûler d'une telle façon que Byll se recroquevilla sur lui-même. Pierrick et  Élissande lui lancèrent des regards inquiets, mais Rouge et Korel promirent qu'ils prendraient soin de lui et ils suivirent Jaro qui les pressait.

mercredi 4 janvier 2017

Orcéant - 66

Dehors, la nuit était tombée. Byll papillonna des yeux. Son corps était planté là au garde-à-vous, près des chevaux. Il entendit Rouge expliquer à Korel qu'il se sentait mal et lui résumer les propos de l'homme noir, mais sa voix lui parvenait de très loin. Ses oreilles bourdonnaient et une odeur âcre de la fumée était comme accrochée à ses narines. Sa vue était de plus en plus brouillée. Byll avait l'impression qu'il allait perdre connaissance d'un instant à l'autre.
— Respire doucement, lui conseilla le dragon qui le maintenait sur pieds.
Un coup de langue humide sur sa joue l'apaisa et le monde redevint normal sans que son malaise ne se dissipe tout à ta fait.
— Ça va mieux, assura-t-il.
Il interrogea Korel pour savoir si sa corne lui avait déjà joué des tours pareils, mais Korel ne put l'aider.
Byll en conclut que son mal être était sans doute lié au fait qu'il n'était pas dans son corps. Il évita cependant de le dire à Korel, jugeant inutile de le culpabiliser davantage.
    Quand ils retournèrent à l'intérieur de l'auberge, Jaro était installé à une autre table face à un imposant homme barbu. Pierrick et  Élissande étaient en pleine discussion sur le mouvent pour la Liberté.
— Korel va bien ? voulut savoir Pierrick.
— Et toi, Byll ? s'enquit la jeune fille.
Rouge acquiesça tandis que l'orcéant répondit que c'était bon, même si en vérité il éprouvait toujours une gêne diffuse.
— Jaro a des affaires à régler, mais d'ici deux jours, il nous guidera jusqu'à Kirino, le licornéen capable d'apprendre tous nos secrets. Jaro nous a posé encore quelques quelques questions et seuls Élissande et moi sommes supposés le rencontrer, déclara le rouquin.
— A moins que nous parvenions à le faire changer d'avis, souligna la jeune fille. Je ne vois vraiment pas pourquoi ils rejettent les bonnes volontés, puisque nous partageons les mêmes idées, ajouta-t-elle.
— Il a expliqué c'était par peur des espions et de trahisons, rétorqua Pierrick.
— Je pense aussi que c'est parce que nous ne sommes en fait pas d'accord sur la manière d'obtenir la liberté, intervint Rouge.
— Je suis de son avis, moi, ce n'est pas en restant les bras croisés à ne rien faire que les choses vont changer, argua Élissande.
— Rien ne mérite d'ôter la vie. C'est un prix trop grand à payer pour la liberté, contra Rouge.
Byll se sentait à nouveau nauséeux.
— On voit bien que tu es un dragon, à vouloir la paix, commenta Pierrick.
Un éclat doré passa dans les yeux de Rouge et sa gorge émit un léger grondement, mais il se contenta d'annoncer qu'il allait monter se coucher.
Byll le devinait blessé. Les dragons avaient été massacrés par les humains. Peut-être  même que Rouge était l'unique rescapé, le dernier de son espèce... Il l'accompagna, espérant qu'après une bonne nuit de sommeil, il serait en meilleure forme, et aussitôt Pierrick qui partageait leur chambre leur emboîta le pas.