lundi 18 janvier 2016

Contes modernes - 197

Ce ne pouvait être une coïncidence que l'homme ait toujours la chambre adjacente à la sienne. Il devait la demander spécifiquement, ce qui pouvait vouloir dire qu'il l'aimait beaucoup, mais Albin craignait qu'autre chose le motive, car qui payerait pour dormir dans un endroit où les cris de la personne d'à côté étaient susceptibles de le réveiller ?
Le client parla encore, doux et réconfortant. Albin cependant ne savait que trop bien que derrière les mots enjôleurs se cachaient parfois de noirs desseins. Roy aussi avait été gentil en son temps.
— Je suis médecin. Je ne suis certes pas spécialiste dans ce domaine, mais tu devrais consulter. Des cauchemars qui te mettent dans un état pareil sont synonymes de traumatismes.
S'épancher ? Tous le lui demandait. Pourquoi ne voulaient-ils pas comprendre que cela lui était impossible ?
— Laissez-moi tranquille, gémit-il.
— Il est parfois paradoxalement plus facile de se confier à un étranger ou un inconnu plutôt qu'à un proche.
Albin secoua la tête.
— Partez, répéta-t-il en désespoir de cause.
— Très bien, mais si tu changes d'avis, je suis tout près, n'hésite pas à toquer, peu importe l'heure.
Albin respira mieux en l'entendant s'éloigner. Il regagna lentement son lit et se blottit sous sa couette, sans parvenir à se réchauffer.

Quand il sortit de sa chambre le lendemain matin, les yeux battus de fatigue, le client aux yeux et cheveux marrons était adossé nonchalamment sur le côté du mur, un livre à la main. Pas de doute, il l'attendait et pas moyen de l'éviter.
Albin se figea.
— Bonjour, je ne te demanderai pas si tu as bien dormi...
L'adolescent grimaça. Qu'est-ce qu'il lui voulait à la fin ?
— Tu te rappelles de ce que j'ai dit hier soir sur le fait qu'il était parfois moins dur de vider son sac à un inconnu ?
Albin acquiesça.
L'homme continua :
— Si tu n'es pas de cet avis, que tu penses qu'à un ami, ce serait aussi bien, nous pourrions le devenir. Je m'appelle Valérian Dinère, et toi ?
— Albin, répondit machinalement l'adolescent.
Cette proposition d'amitié était curieuse, suspecte, et en même temps tentante. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus eu d'amis. Depuis la mort de sa mère, il avait dû y renoncer. Avec Roy qui buvait, inviter quiconque avait été impossible et par la suite, il lui avait interdit de se rendre chez les autres ou même de traîner après les cours, ce qui avait mis fin à sa vie sociale.
Il avait de l'affection pour les nains, cependant, c'était d'ordre filial. Ils étaient comme des parents pour lui et il ne voulait les décevoir d'aucune façon. Une relation amicale impliquait une réciprocité et une égalité dans les échanges. Le problème, c'est que l'homme qui lui faisait face était plus proche de l'âge de son beau-père que du sien.
— C'est un joli prénom, déclara Valérian. Cela colle bien avec ta peau albâtre.
Albin se crispa. Cela lui rappelait trop les compliments de Roy. Il devait se refuser l'offre de Valérian.

samedi 2 janvier 2016

Pause

L'année 2016 commence avec une pause, car le bébé va très bientôt arriver, le prochain épisode de Contes modernes sera donc mis en ligne le 18 janvier, le temps que je trouve le rythme avec ma petite famille...!

vendredi 1 janvier 2016

Contes modernes - 196

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BONNE ANNÉE 2016 ! TOUT UN TAS DE BONNES CHOSES POUR VOUS !
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Cette nuit-là, après avoir lutté contre le sommeil, Albin finit par s'endormir et une fois de plus cauchemarda.
Son beau-père et lui se tenaient devant un grand miroir dans lequel les nains se reflétaient au grand complet du petit dernier jusqu'au plus âgé.
— Tu es le plus beau... Viens-là, déclara Roy avant de capturer Albin et de presser son corps contre le sien.
Il l'embrassa, insinuant la langue dans sa bouche, une main sous sweat-shirt, l'autre dans son pantalon, ses doigts s'enroulant autour de son pénis à moitié érigé. Albin hurla.

Il se réveilla en sursaut et tout en sueur, le cri mourant sur ses lèvres.
Le déclic d'un interrupteur se fit entendre et la lumière se répandit dans la pièce. Qui ?L'adolescent cligna des paupières, ébloui, le cœur au bord des lèvres.
L'homme qui se tenait dans l'encadrement n'était pas Roy, mais le client aux yeux et cheveux marron clair.
— Ça va ? demanda-t-il plein de sollicitude.
— Oui, mentit Albin. Que faîtes-vous dans ma chambre ? ajouta-t-il, les mains crispées sur la couette du lit.
— Je t'ai entendu crier. Ce n'est pas la première fois, mais là, c'était différent.
— J'avais verrouillé, balbutia Albin, affolé.
— Tu as dû oublier. A moins que le système ne soit cassé.
L'homme tourna la poignée de la porte pour refermer sans doute dans le but de vérifier.
Paniqué à l'idée qu'il ne s'enferme à clef avec lui, Albin se leva en hâte et perdit l'équilibre. Ce fut l'homme qui le rattrapa et l'empêcha de tomber.
L'adolescent s'arracha à lui aussitôt et se retrouva assis sur le lit.
— Sortez, supplia-t-il, ses dents s'entrechoquant tellement il tremblait.
Il se sentait glacé. Le client avait beau n'avoir rien en commun avec Roy, il avait peur. C'était plus fort que lui.
— Je ne peux pas te laisser dans cet état.
— S'il-vous-plaît, gémit Albin. Ce n'était qu'un mauvais rêve.
L'homme obtempéra avec réticence. Dès qu'il fut dans le couloir, Albin referma la porte derrière lui, mais dut s'y prendre à deux reprises avant de réussir à tourner la clef dans la serrure. Cela fonctionnait. Avec le manque de sommeil, il avait effectivement dû rater cet étape cruciale à sa sécurité. Il se laissa glisser au sol contre le battant et fondit en sanglots comme un petit enfant.
Il n'en pouvait plus de ses affreux rêves. L'ombre de Roy l'y poursuivait inlassablement. Ses compliments sur sa beauté physique le hantait, sa laideur intérieure ne lui semblant que plus apparente.
A travers la porte, la voix du client retentit soudain.
— Tu ne veux pas que j'aille chercher quelqu'un ? Tu es proche des propriétaires des lieux, je crois...
— Nnnon... c'est bbbon, bégaya Albin, surpris et effrayé que l'homme soit encore là.