mardi 24 novembre 2015

Contes modernes - 169

— Merci de m'avoir laissé dormir ce matin.
— Tu en avais besoin, répliqua Clowis, tout en sortant de sa poche une petite boîte carrée qu'il posa devant Dan qui l'entrouvrit, se demandant si c'était ce qu'il pensait et en effet, c'était bien une bague, un magnifique anneau en or fin.
Il referma le couvercle.
— C'est en quel honneur ?
— Pour notre futur mariage.
C'était un changement de statut radical à leur relation initiale qui n'avait pris fin pas plus tard que la veille.
— Tu l'as achetée ce matin ?
Clowis confirma d'un bref hochement de tête.
— Tu n'as pas l'impression d'aller un peu vite en besogne ?
— Non.
— J'ai mon mot à dire, tu ne crois pas ?
— Bien sûr.
— Tu ne peux pas me faire marcher à la baguette. Et cela vaut pour tout. Je ne vais pas continuer à t'accompagner partout. Je dois gagner de l'argent pour mon frère.
— J'en ai à plus savoir qu'en faire...
— Mais c'est le tien. Je ne veux pas dépendre de toi.
— Qu'as-tu envie de faire, indépendamment de toute considération financière ?
Dan passa la main dans ses cheveux. S'il en avait eu les moyens, il aurait repris ses études de danse, mais ce n'était pas le cas. Fallait-il que toutes leurs conversations tournent autour de l'argent ? C'était cependant lui le fautif sur ce coup.
— Là n'est pas la question.
— Je suis assez riche pour deux. Je n'exigerai rien en contrepartie.
Clowis signifiait ainsi que ce serait différent d'avant, quand il le payait moyennant service, mais cela gênait tout de même Dan.
— Non, c'est impossible. Je ne veux pas abuser de ta générosité.
— Tu serais bête de ne pas en profiter.
— C'est ton argent.
— Épouse-moi et ce sera aussi le tien.
Dan soupira. Clowis avait réponse à tout.
Ce dernier reprit :
— Si le choix m'appartenait, j'aimerai que tu aies un métier en rapport avec la danse. Tu es fait pour ça. Chacun de tes mouvements est empli de grâce.
Dan reprit la boîte, prit la bague et l'enfila. Il n'avait pas envie de se battre plus longtemps avec Clowis, surtout pas pour des raisons monétaires. L'essentiel, c'était qu'ils s'aimaient.
Il posa sa main sur celle de Clowis et la caressa légèrement.
— Cela me plairait en effet de danser.
— Je vais demander l'addition.
— Quoi...? Mais on n'a même pas touché à l'apéritif.
— Je sais.
Dan ne comprenait pas et le visage de Clowis était indéchiffrable pour ne pas changer.
Avant, il l'aurait suivi sans discuter, mais il ne mangeait plus de ce pain là.
— Une explication serait bienvenue.
— J'ai faim d'autre chose, répondit Clowis à voix basse, son regard fixé sur leurs mains posées l'une sur l'autre.
— Juste pour ça ?
Clowis ne répondit pas. Le silence était sa seule arme quand il était trop embarrassé. Dan pouffa. Avoir un tel pouvoir sur lui n'était pas déplaisant.
— Rentrons vite, déclara-t-il avec un sourire.
Il avait hâte lui aussi qu'ils ne fassent plus qu'un.


FIN 
Rendez-vous demain pour Coma

lundi 23 novembre 2015

Contes modernes - 168

Dan se réveilla dans un lit vide, une brève note posée sur l'oreiller à côté du sien.
« Tu dormais si bien... Rendez-vous ce midi au restaurant Larrizé. Clowis. »
Dan soupira. En temps habituel, Clowis l'aurait incité à se lever pour qu'il l'accompagne à son bureau, c'était donc positif qu'il l'ait laissé tranquille. Il était en revanche déplaisant qu'il lui impose le lieu et l'heure du déjeuner. Il faudrait que Dan mette une bonne fois pour toute les choses au clair avec lui, ce qui impliquait bien sûr de le retrouver au restaurant.
En attendant, il allait profiter de cette matinée de liberté pour rendre visite à son frère à l'hôpital. Cela ne faisait que trop longtemps qu'il n'y avait pas été, trop occupé à suivre Clowis partout comme un bon toutou. Après cela, il se mettrait en  quête d'un emploi.
Finalement, hier soir, au bar, il n'avait pas eu l'occasion de discuter avec le patron, mais de toute façon, il ne tenait pas plus que cela à reprendre son job de gogo dancer, même si pour des raisons financières, il lui faudrait sûrement s'y résoudre. Il y avait aussi des chances que Clowis ait des objections à émettre, Dan allait donc plutôt chercher en priorité dans la restauration.
A l'hôpital, il trouva Philippe, fidèle au poste au chevet d'Aurélien qui lisait à haute voix un bouquin à propos d'un fantôme.
En le voyant, Philippe referma le livre, coinçant son index à la page où il s'était interrompu.
— Tu veux que je te laisse un moment seul avec lui ? offrit-il spontanément.
Dan accepta. Il n'était pas convaincu comme Philippe que son frère plongé dans le coma pouvait l'entendre, mais il avait besoin de se confier au sujet de sa relation avec Clowis et Aurélien n'avait d'autre choix que de lui prêter une oreille amicale.
Il s'attarda plus longtemps que prévu à l'hôpital, le docteur Ecifélam ayant cru bon de le retenir pour lui redire encore une fois que les chances de réveil de son frère étaient presque nulles. Comme il s'était à la base levé tard, il remit à plus tard sa recherche d'emploi pour se rendre au restaurant où Clowis lui avait donné rendez-vous.
Quand il entra dans le Larrizé, il fut frappé par la classe et le raffinement du lieu. Les lumières étaient tamisées, les couleurs sobres. Dans son costume de prix offert par Clowis, il ne détonnait pas, mais il ne se sentait pas à son aise. Il avait travaillé trop longtemps dans un fastfood pour ça. Il était habitué aux ambiances colorées et bruyantes.
Clowis se leva un instant quand Dan arriva à la table, guidé par un serveur à la mine compassée. Il avait commandé un apéritif pour eux deux. Il faudrait qu'il perde cette manie de tout choisir pour lui, songea Dan avec agacement, avant de se rasséréner : c'était une marque de prévenance. Au fond, cela l'arrangeait, car le nom des vins et des menus proposées à la carte étaient cryptiques pour lui. En plus, il fallait reconnaître qu'il avait été très rarement déçu par les choix de Clowis.

vendredi 20 novembre 2015

Contes modernes - 167

C'était une étreinte fusionnelle et Dan aurait voulu qu'elle ne cesse jamais... qu'il le prenne par terre, sans retenue, qu'ils soient consumés tout deux par ma même passion dévorante. Comme si leurs deux cœurs n'en avaient fait qu'un, Clowis ne s'arrêta pas.
Dan s'inquiéta tout de même que quelqu'un entre, mais il fut aussitôt rassuré. Clowis avait une fois de plus puisé dans son portefeuille pour s'assurer que personne ne vienne les déranger. Dan s'en amusa plutôt que de s'en agacer. Ce qui comptait, c'était qu'il ne soit plus  celui qui recevait l'argent.
Ensemble, ils glissèrent sur le sol. Clowis le déshabilla en partie, en le caressant. Le problème du préservatif et du lubrifiant fut réglé en fouillant dans les casiers des employés. Clowis laissa des billets à la place.
Dan bouillait d'impatience quand Clowis presque encore entièrement vêtu s'enfonça en lui.
Enfin, ils ne faisaient plus qu'un. La bouche et les mains de Clowis étaient partout sur lui, s'attardant sur ses tétons et  son pénis. Dan avait l'impression d'être en feu.
Un dernier coup de boutoir et ils jouirent ensemble.
Clowis ne se retira pas de suite du corps de Dan et même après, il ne se releva pas immédiatement.
Il finit toutefois par le faire, réajustant caleçon et pantalon. Son costume était tout froissé.  Du revers de la main, il tenta d'en lisser les plis, mais cela n'arrangea rien.
Dan, entretemps, s'était remis debout avec souplesse, à peine endolori par leur folle étreinte et s'était rhabillé en deux temps trois mouvements.
Il était heureux. Clowis, de marbre. Ou peut-être légèrement contrarié. C'était difficile à dire.
— Pardon de m'être laissé emporter. Un baiser et je perds tout contrôle, c'est lamentable.
Dan pouffa, puis réalisant que Clowis était sérieux, se reprit.
Il comprenait mieux à présent pourquoi Clowis se montrait si peu tactile en public.
— Tu es le feu sous la glace, un cœur généreux et brave sous un visage impénétrable, un peu comme un soldat.
— Je l'ai été brièvement. Avant de perdre ma jambe. Mon père l'était. Il m'avait éduqué dans cette optique et il a été terriblement déçu.
— Et ta mère ? N'aurait-elle pas préféré une autre carrière pour toi ?
— Elle est morte à ma naissance.
Cela expliquait bien des choses, songea Dan en effleurant les lèvres de Clowis d'un baiser. Il avait encore beaucoup à découvrir sur cet homme...
— Rentrons à présent, déclara Clowis.
Dan acquiesça. Il voulait bien danser pour lui, du moment que ce n'était pas sous ses ordres, mais à son rythme.