lundi 5 octobre 2015

Contes modernes - 143

Les trois jours qui suivirent, Carmin fut incapable de bouger ou presque. A chaque mouvement, son corps lui faisait mal. Lou s'occupait de tout, lui apportant les repas au lit, allant même jusqu'à porter la nourriture à la bouche de Carmin, celui-ci ayant tendance à en mettre partout autrement.
Carmin passa beaucoup de temps à remercier et s'excuser. Lou l'embrassa à chaque fois, le coupant dans ses remerciements et excuses et lui assura à plus d'une reprise qu'ayant sa part de responsabilité, ce n'était que justice.
Quand Carmin put enfin se lever sans être soutenu, la première chose que fit Lou fut de sortir se promener. Arpenter la montagne était sa principale occupation. Entre travail et loisir, il n'y avait pas de différence pour lui.
Le cinquième jour, comme Carmin avait retrouvé la forme, Lou voulut le ramener dans la vallée, mais Carmin insista pour rester encore.
— Je sais que je m'impose, mais...
Lou l'empêcha d'achever d'un baiser, puis déclara :
— Ce n'est pas le problème, bébé, je me plais en ta compagnie, ce qui m'embête, c'est que personne ne sache où tu es.
— Cela n'a pas d'importance, réitéra Carmin.
— Tu devrais t'aimer un peu plus, mon chou. D'accord, tu n'es peut-être pas aussi extraordinaire que le disaient tes parents, mais tu n'es pas non plus le nul fini que tu t'imagines. C'est vrai que tu es maladroit, mais tu es toujours prêt à faire de ton mieux.
Carmin comprit alors que ce n'était pas à cause des petits noms doux, des baisers ou même des caresses qu'il ne voulait pas quitter Lou, c'était parce qu'il l'aimait. Il n'avait jamais été amoureux de sa vie auparavant, mais il était sûr que c'était ça qu'il ressentait pour le montagnard.
Avec autant d'audace que de maladresse, il posa ses lèvres sur celles de Lou. C'était la première fois qu'il prenait l'initiative.
Lou eut tôt fait de reprendre le contrôle du baiser, sa langue aspirant celle de Carmin. Ses grandes mains commencèrent à le dévêtir. Il lui mordilla le cou, puis les tétons. La douleur était légère, l'excitation grande. Il le caressait d'une manière délicieuse et Carmin qui aurait voulu lui donner le même plaisir, mais n'avait pas la plus petite idée de comment procéder, lui demanda ce qu'il pouvait faire.
Lou parut surpris, mais cela ne l'empêcha pas de répondre :
— Je suis sensible des oreilles, trésor.
Carmin en suivit les contours d'un doigt mal assuré.
Lou émit un petit rire.
— Comme ça, chéri... dit-il avant de lui lécher successivement les lobes, les suçant, puis les mordillant.
Sans laisser Carmin de marbre, cela ne lui fit pas trop d'effet.
Mais quand il tenta d'imiter Lou, la réaction de ce dernier fut tout autre.
— Tu vas me rendre fou, mon chou, grogna-t-il comme la bouche de Carmin s'activait avec ardeur.
Tout s'accéléra. Lou le prépara en hâte à être pénétré et s'enfonça en lui pour une étreinte sauvage.

vendredi 2 octobre 2015

Contes modernes - 142

Pendant que le contenu d'une conserve saucisses-lentilles chauffait au-dessus du feu dans une casserole cabossée, Carmin osa l'interroger sur le recueil de poésie. Lou adorait en effet la poésie de Baudelaire. C'était le seul livre qu'il avait. Il lui récita son favori de mémoire - La Chevelure - et Carmin se surprit à regretter d'avoir les cheveux courts, même si Lou semblait aimer autant les femmes que les hommes.
Le repas achevé, Lou, muni de gants et d'un tisonnier, récupéra deux pierres plates au bord du feu et les glissa dans d'épais sacs en tissu qu'il passa sur le drap du lit.
— Je ne suis pas certain que cela soit nécessaire avec toi dedans pour le chauffer, mais c'est une bonne technique pour chasser le froid et l'humidité, expliqua Lou comme Carmin l'observait, intrigué.
Le rouge monta aux joues de Carmin.
Que Lou se déshabille dans la foulée n'arrangea rien. Le corps musclé et poilu disparut cependant vite sous les fourrures.
— C'est l'heure de se coucher, mon chou.
L'invitation était claire. Carmin ôta à son tour ses habits, ses mains légèrement tremblantes le ralentissant. Son corps était courbaturé de partout, mais il frémissait d'anticipation à l'idée d'être à nouveau enlacé.
Dès qu'il s'approcha, Lou le prit contre lui et l'embrassa goulument. Il traça ensuite de sa langue une ligne de feu de la pointe du menton de Carmin jusqu'à son bas-ventre où il avala son pénis qu'il suça avec ardeur avant de poursuivre son tracé jusqu'à son anus qu'il lécha.
— Ce n'est pas pr...
Carmin acheva sa phrase dans une série de gémissements incontrôlés. La langue de Lou le rendait fou.
Ce dernier s'interrompit le temps de récupérer un préservatif dans la poche du gros sac près de la couche et l'enfila d'une main, doigtant de l'autre Carmin qui haletait.
Enfin, il le pénétra d'une puissante poussée. Carmin jouit sur l'instant. L'assaut de Lou ne s'arrêta pas pour autant, le stimulant douloureusement jusqu'à ce que le plaisir revienne et l'emporte dans un orgasme partagé avec Lou.
Carmin perdit conscience. Quand il revint à lui, il se découvrit blotti dans les bras de Lou qui ronflait doucement.
Ayant besoin de soulager sa vessie, il se dégagea, non sans mal, mais quand il voulut se lever, il s'effondra aussitôt, ses jambes ne répondant pas. Après quelques essais tout aussi infructueux, il secoua timidement Lou qui grogna, ouvrit un œil doré, puis deux. Carmin, très gêné, lui expliqua le problème.
Lou sortit d'un bond et revint avec une bonbonne vide.
— Utilise ça.
Le besoin étant trop pressant, et Carmin, malgré son embarras, s'exécuta.
— Je suis désolé, balbutia-t-il.
— Non, c'est moi qui le suis. Ce n'était pas le moment de baiser à répétition, même si tu étais plus que partant. C'est normal que tes muscles ne veuillent plus rien entendre.
— Je ne regrette pas, déclara Carmin.
Le plaisir ressenti valait le prix à payer.
Lou lui sourit.
— Tant mieux, chéri.

jeudi 1 octobre 2015

Contes modernes - 141

Un quart d'heure plus tard, ils quittèrent la chaleur de l'abri. Dans la neige fraîche, avancer était difficile et chaque pas coûtait à Carmin dont le corps était endolori de partout. Il ne se plaignit toutefois pas, se contentant de grimacer  puisque Lou était devant pour montrer le chemin ne pouvait pas le voir. Il trébucha à plus d'une reprise sans jamais tomber et puis Lou déclara finalement qu'ils étaient arrivés.
Carmin, perplexe, regarda autour de lui : tout était blanc à l'horizon et rien n'indiquait la présence d'une quelconque habitation.
Lou se mit alors à creuser à la neige à la main et le haut d'une porte rouge apparut.
Une fois à l'intérieur, il s'activa aussitôt pour allumer un feu dans un petit foyer de pierres. Carmin en profita pour contempler les lieux. Les parois rocheuses semblaient indiquer qu'ils étaient dans une grotte. Il n'y avait pas un seul meuble. Le couchage était constitué d'un amas de fourrures à côté duquel était posé un énorme sac à dos sur lequel reposait un recueil de poésie : Les Fleurs du Mal de Baudelaire. Dans un coin, des bûches, des bonbonnes d'eau minérale, des boîtes de conserve et des cagettes de pommes étaient empilées. Au-dessus, des saucissons étaient accrochés sur une barre soutenue par deux poteaux. A l'opposé, était étendu sur un fil quelques vêtements noirs, avec en dessous, une grande bassine remplie d'eau. C'était pour le moins rustique, davantage même que l'abri qu'ils venaient de quitter. De tout cela, on pouvait déduire que Lou n'était pas du genre à s'encombrer et appréciait la poésie et plus spécifiquement Baudelaire. Il était difficile de dire si le sac contenait d'autres livres.
— Comme tu peux le constater, je ne possède pas grand chose, déclara Lou en se redressant, le feu crépitant à présent joyeusement.
Carmin acquiesça. Cela avait un côté camping qui ne lui déplaisait pas.
— Et toi, comment est-ce chez toi ?
Carmin n'aimait pas particulièrement l'endroit où il vivait. Il était fonctionnel et c'était tout.
— Rien de spécial. C'est un banal appartement semblable à un cube avec des murs blancs de la cuisine à la salle de bains en passant par la chambre qui fait aussi salon. J'ai quelques cousins si besoin, pour transformer le lit en canapé.
Ils n'avaient pas servi jusqu'à présent, car il n'avait pas eu l'occasion de recevoir quiconque chez lui. Il fréquentait des gens, mais toutes les sorties avaient lieu à l'extérieur dans des bars ou des restaurants où il n'était pas rare qu'il se retrouve à payer pour les autres.
— Tu vis en ville, bien sûr ?
Carmin précisa dans laquelle et alla même jusqu'à lui dire son adresse complète, un détail inutile puisqu'il était impensable que Lou vienne un jour lui rendre visite. C'était le genre de truc qui poussait les gens à le voir comme un idiot.
Lou ne releva cependant pas et lui offrit de manger quelque chose.