mercredi 3 septembre 2014

Le garçon fée - 225

Relhnad lui sourit d'un air mélancolique.
– Je voudrais pouvoir te libérer immédiatement et te prendre dans mes bras...
Il s'interrompit et changeant brusquement d'humeur, jeta  d'un ton rageur :
– Ma propre impuissance me dégoûte. J'ai toujours su que Validocielle n'était pas une tendre, mais je m'en veux de ne pas avoir réalisé à quel point elle était noire et retorse.
– Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi elle tient tant à ce que ce soit moi qui participe à cette épreuve contre une sorcière. D'autres fées seraient plus à même de le faire et sans avoir besoin d'une illusion pour être présentable !
– Aucune n'a ta puissance. Tu es des bois, des rêves et des plantes, tu as trouvé de toi-même comment te lier à ta baguette et tu crées des sorts comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Quelque soit ton adversaire, tu as l'avantage. Tu es unique en ton genre, mon amour.
Zibulinion rougit. Ce n'est pas qu'il ne voulait pas croire Relhnad, mais pendant des années sa mère lui avait répété qu'il était nul en magie et comme il n'arrivait à rien, il l'avait cru. Ce n'est qu'en entrant à Valeaige, grâce à Relhnad, qu'il avait découvert qu'il n'était pas plus incapable qu'un autre fée. Désormais, il reconnaissait même se débrouiller un peu mieux que la moyenne, seulement, il était impossible de se sentir super doué alors qu'il n'était pas fichu de quitter cette maudite chambre où la directrice l'avait enfermée sans mal. Être complimenté lui faisait toutefois plaisir, mais le mot doux le ravissait davantage.
– Merci.
Relhnad s'approcha comme pour l'embrasser, effleurant ses lèvres sans que Zibulinion ne sente rien, Relhnad n'étant qu'une image sans substance.
– Je reviens demain avec, je l'espère, une solution.
– Restez, s'il-vous-plaît. Reste.
– Je voudrais bien, mais avec les multiples barrières, c'est impossible.
Le fantomatique Relhnad pâlit encore et s'estompa complètement.
« Désolé » entendit encore Zibulinion, puis ce fut le silence. La pièce bien que petite lui parut immensément vide.
Ne pouvant se rendormir, la première chose que fit Zibulinion fut de tenter une fois encore de quitter les lieux, mais son sort tout juste crée échoua, comme tout ceux tirés des livres qu'il avait pu essayer. Les sorts semblaient être absorbés par les murs brillants.
Comme le sommeil le fuyait toujours, Zibulinion, malgré son épuisement, se résigna à étudier.

mardi 2 septembre 2014

Au Zoo Interplanétaire - 37

Zyxxx se doutait que Bimm n'était guère rassuré par sa délocalisation, mais pour le moment il était bien obligé de se concentrer sur le réglage du filtre nasal. La bulle respiratoire avait ses limites : elle obligeait à des manœuvres compliquées pour nourrir Bimm et devait être inconfortable à porter.
Une fois qu'il eut fini, il ôta la bulle et glissa dans chaque narine l'appareil de filtrage. Bimm parut manquer d'air, toussa, puis se mit respirer fort pendant quelques minutes avant de recouvrer son souffle normal. A priori cela avait marché. Zyxxx, satisfait, passa à la phase deux de l'installation de Bimm, il le monta jusqu'au bain où il le lava. L'organe reproducteur du bipède se dressa, alors même que Zyxxx avait évité de le frotter. Bimm parut vouloir échapper à ses tentacules, mais Zyxxx le garda prisonnier. Il le sortit de l'eau, le mit devant le soufflant pour le sécher et le redescendit en bas où il le nourrit d'un comprimé nutritif. Bimm ne le recracha pas cette fois.
Il ne restait plus qu'à s'occuper de son couchage. Zyxxx fouilla, mais ne trouva rien qui convenait dans ses possessions pour le bipède. Dommage que ce dernier ne soit pas du genre à se suspendre pour dormir comme les Tappelniens... Il allait être obligé de ressortir acheter le nécessaire. Il en profiterait pour reprendre des nutriments, des liquides, afin d'alterner avec les cachets.
Le mieux était de laisser Bimm plutôt que de le faire ressortir. Zyxxx hésita à l'attacher de peur qu'il ne casse quelque chose en son absence, mais y renonça. C'était un test et mieux valait le faire maintenant qu'après, quand il partirait toute la journée pour le travail. Il comptait se mettre en recherche dès demain et était certain de retrouver rapidement un poste.
Quand il se dirigea vers la sortie, Bimm le suivit, comme désireux de l'accompagner.
— Toi, tu restes là. Je serais vite de retour.
Bimm émit un bruit plaintif. Zyxxx lui ébouriffa la touffe et s'en fut, content d'avoir entendu de nouveau le bipède.

                                                  *
Pieuvre était parti. Merwan essaya de se rassurer : l'alien ne l'avait pas abandonné définitivement. Hors du zoo, il était son seul point de repère et sans lui, le sentiment d'être perdu dominait. Il était dépendant de Pieuvre.  S'il ne revenait pas, que deviendrait-il ? Si jamais un autre alien prenait la relève, qu'aurait-il encore à subir ? Merwan s'assit par terre et se mit à pleurer. Il n'en pouvait plus. Il aurait voulu être chez lui, sur Terre... ou à défaut mourir pour ne plus avoir à souffrir et à avoir peur. Merwan voulut retirer les trucs dans ses narines qui lui permettaient, supposait-il de respirer, mais ne put les déloger. Il se frappa la tête contre la paroi coulissante où avait disparu Pieuvre. S'il ne pouvait ni rentrer chez lui ni mettre fin à ses jours, il aurait au moins voulu que l'alien à tentacules revienne. Sa présence le rassurait.

lundi 1 septembre 2014

Au Zoo Interplanétaire - 36

Merwan était mortifié : le slip s'était révélé être une couche. Il s'était retenu au maximum avant de faire sur lui, sans être mouillé : décidément, aucune humiliation ne semblait devoir lui être épargné... Seule consolation dans tous ses malheurs : le spectacle des étoiles, amas de couleurs magnifiques semblables à des feux d'artifice.
Après un long trajet où Pieuvre l'avait obligé à manger un comprimé au goût caoutchouteux, ils avaient débarqué dans un endroit où pullulaient des aliens à têtes triangulaires et aux corps tentaculaires. Des « Pieuvres » partout, exceptés que le blanc de leur peau était parfois bleuté, parfois rosé, parfois grisé ou encore orangé et leurs tentacules plus ou moins nombreuses.
Le ciel était désormais turquoise, le sol mou et la température plus fraîche. Pieuvre fonçait droit devant.
Quand donc leur périple prendrait fin ? Merwan était épuisé et voilà que Pieuvre le tirait vers une sorte de train aux wagons ronds et nacrés comme les perles d'un collier. Dans leur compartiment, il n'y avait rien pour s'asseoir, juste des anneaux pour se tenir. Les véhicules aliens manquaient sérieusement de sièges. Pieuvre lui avait enroulé un tentacule autour de la taille, mais pour plus de sûreté, Merwan empoigna l'un des anneaux.
Pieuvre souleva un panneau et pianota quelque chose. Peu après ça, le train qui avançait sans secousse fit une brusque embardée. Merwan s'accrocha jusqu'à s'en faire blanchir les jointures.
Un coup d'œil par les fenêtres lui apprit que leur wagon s'était désolidarisé des autres. C'était difficile à dire, mais Pieuvre paraissait serein, ce qui signifiait que tout devait être normal.
Leur engin accéléra jusqu'à le paysage à travers les vitres se mue en un brouillard coloré. Quand il ralentit, ce fut pour s'arrêter devant des tours d'ivoire crénelées. Pieuvre le fit descendre, et le fit entrer dans l'une d'entre elles où il détacha la laisse du collier et déposa son unique bagage. Ils étaient enfin arrivés à destination, comprit Merwan qui s'empressa de regarder autour de lui.
Les étages en demi-cercle n'occupaient pas toute la surface, si bien qu'on apercevait l'ensemble. Un large poteau central montait jusqu'en haut. Au rez-de-chaussé comme au premier étage, il y avait des murs alvéolés comme dans une ruche, au second un grand bassin et au troisième une série de barres couvertes de crochets aux formes variées.
Un tentacule de Pieuvre tapota l'épaule de Merwan, l'arrachant à sa contemplation des lieux. L'alien lui montra ce qui avait tout d'un seau, défit la couche et la jeta dedans. Le message était clair. Merwan baissa la tête, déprimé. Il était nu à nouveau et avait le droit à l'équivalent d'un pot de chambre en guise de toilette.
Pieuvre tapa trois coups sur une des alvéoles du mur qui s'ouvrit et vida le contenu du seau. Il s'activa ensuite auprès d'une autre alvéole tout en manipulant la tablette qu'il avait montré pour sortir du zoo.
Absorbé dans sa tâche, il ne semblait plus se soucier de Merwan qui resta là, bras ballants, ne sachant trop que faire. Au sol, c'était en apparence des carreaux, mais ce n'était ni froid ni dur. Chaque alvéole du mur avait à priori une fonction. Merwan, même s'il était curieux, ne chercha pas pour autant à y toucher, il ne voulait pas savoir comment il serait puni en cas de bêtise. Quant à changer d'étage pour visiter, cela paraissait délicat vu comme le poteau était lisse.
Pieuvre pianotait toujours. L'alien à tête triangulaire n'avait d'yeux reconnaissables comme tels, et jamais son visage n'exprimait rien. Son expressivité ne passait donc par là, mais plutôt par les fascinants mouvements de ses tentacules.
Merwan ne put s'empêcher de repenser aux multiples fois où ces derniers avaient palpés son corps, s'enfonçant en lui et ce souvenir l'excita légèrement. Il s'agenouilla aussitôt pour masquer son début d'érection et se mordit les lèvres : Tom n'avait eu que trop raison de lui répéter qu'il n'était qu'un « putain de pervers en chaleur. »
Pieuvre arrêta aussi sec ce qu'il faisait, lui parla et lui caressa le dos d'un tentacule avant de retourner à sa tablette et à son alvéole. Merwan inspira et expira à fond. Il ne savait toujours pas pourquoi Pieuvre l'avait amené ici, mais comme toujours l'alien se montrait attentif à sa façon à son bien-être.