mercredi 5 mars 2014

Le garçon fée - 170

Si Relhnad avait délibérément choisi un acte magique qui leur permettait de se toucher - et même un peu plus que ça - il ne se montra pas moins sérieux pour expliquer comment procéder.
Comme ils ne pourraient parler pour lancer le sort, Zibulinion émit des doutes sur ses capacités à réussir par le biais du seul mental, mais Relhnad sut le mettre à l'aise, d'abord en affirmant que l'adolescent y parviendrait, puis en faisant valoir qu'un échec ne prêterait pas à conséquence et que réessayer serait possible.
Dès que Zibulinion eut compris la théorie, ils s'assirent en tailleur l'un en face de l'autre sur le lit. Relhnad tendit son index et Zibulinion l'imita. Cependant, il le replia aussitôt et ramena sa main vers sa poitrine : il avait peur que le goût de sa peau soit mauvais.
Relhnad haussa un sourcil. Zibulinion, pour l'avoir beaucoup observé, savait que c'était chez le professeur de sorts un signe d'agacement.
Muselant sa crainte, Zibulinion présenta à nouveau son doigt.
La bouche chaude de Relhnad se referma sur son index et l'aspira. Zibulinion émit un son étranglé. C'était une vision et une sensation délicieuse. Il prit à son tour le doigt de son professeur. Nul doute que s'il n'avait pas joui il y a peu, le plaisir ressenti l'y aurait conduit.
Relhnad, de sa main libre, lui signala de se tenir prêt. Zibulinion se concentra et visualisa l'échange.
Au début, il ne se passa rien. Il n'y avait que le parfum de vanille dans sa bouche et la langue de Relhnad autour de son doigt, puis quelque chose coula de lui tandis qu'une chose brûlante entrait en lui et fusionnait avec son être. L'énergie magique de Relhnad se mêlait à la sienne dans une union étrange et merveilleuse. Avec lenteur, chacun libéra le doigt de l'autre.
– Cela a fonctionné sans soucis, tu n'avais pas besoin de t'inquiéter.
Zibulinion hocha la tête. Le goût infâme que sa peau pouvait avoir le travaillait toujours.
– Quelque chose te tracasse encore ?
Relhnad lisait en lui comme dans un livre ouvert. Zibulinion se frotta machinalement l'index qu'avait léché Relhnad, hésitant à exprimer ce qui le tourmentait.
Finalement, il répondit à côté, en rougissant :
– J'adore votre peau vanillée.
Cela suffit à Relhnad pour comprendre le problème.
– Je préfère le tien. Ambré. Ton parfum aussi est agréable, semblable à la douceur d'une nuit printanière.
Ces nouveaux compliments troublèrent Zibulinion.
Relhnad promit une nouvelle leçon de magie pour le lendemain soir, embrassa l'adolescent sur le front et s'éclipsa.
Zibulinion était comme en ébullition et ne voyait pas comment il allait pouvoir s'endormir. Pourtant, il n'eut aucun mal.

Il se réveilla heureux et en forme malgré sa courte nuit. Il espéra de ne pas avoir tout rêvé, et comme cette pensée l'effleurait, il sentit en lui l'énergie magique de Relhnad et sut que non.
Toute la journée, il fut souriant et son bonheur visible n'échappa pas à Waltharan. Interrogé, Zibulinion fut dans l'obligation de nier que quelque chose de bien lui soit arrivé. Il faisait confiance à Waltharan, mais était à peu près sûr que Relhnad ne serait pas d'accord pour qu'il révèle quoique ce soit.
Waltharan ne voulut pas le croire, alors Zibulinion opta pour une semi-vérité :
– J'ai appris un sort formidable.
– Toujours aussi studieux...
Zibulinion hocha la tête, regrettant de devoir taire la véritable raison de sa joie.

mardi 4 mars 2014

Le garçon fée - 169

La respiration de Zibulinion s'accéléra. Soudain, il avait terriblement chaud. Relhnad le caressait des yeux et s'il continuait comme ça, Zibulinion allait perdre la tête. Sous sa chemise de nuit, son pénis s'allongeait et durcissait. Heureusement, replié sur lui-même comme il l'était, cela ne pouvait se voir.
Relhnad le regardait toujours. Il le désirait. Comme dans ses rêves. Une légère plainte s'échappa des lèvres de Zibulinion et il jouit.
Entre les pans du peignoir de Relhnad, son pénis se dressait et puis, le professeur de sorts disparut.
Zibulinion, tout brûlant et troublé, s'interrogea sur ce départ soudain avant d'utiliser le fort pratique sort de nettoyage.
Relhnad revint sans prévénir, comme il était parti, mais habillé d'une robe bleu azur.
– Désolé. C'était ça ou oublier toute retenue...
– Vous... commença Zibulinion avant de virer au cramoisi.
Il venait de comprendre que Relhnad avait été se soulager.
– Je ne suis pas de marbre et je suis tout sauf insensible à ton charme. Zibulinion avait encore peine à le réaliser. Relhnad avait si bien caché son jeu jusqu'ici... et à l'instant, plutôt que de l'enlacer, il avait fui.
Relhnad reprit :
– Tu ne penses pas pouvoir être aimé ? Tu te trompes ! Et je vais te le prouver, même si je ne le devrais pas.
Le professeur de sorts s'approcha du lit, posa un genou dessus et se pencha sur Zibulinion qui retint son souffle.
De près, la perfection des traits de Relhnad était encore plus étourdissante.
Ses lèvres qui n'étaient plus qu'à quelques millimètres des siennes, dévièrent et se posèrent sur sa joue pour un baiser de pomme-cannelle.
– Pour les deux années qui te restent à passer à Valeaige, nous pourrions commencer par faire de la magie ensemble. Les cours particuliers de magie n'ont rien de répréhensible.
Zibulinion ravala sa déception. C'était déjà énorme et il aimait apprendre des choses... y compris les interdites, comme la sorcellerie. Il s'inquiéta de ce qu'en penserait Relhnad et décida de garder le secret. Hors de question de briser dans l'œuf la fragile relation qui s'instaurait.
– Qu'allez-vous m'enseigner comme sorts ?
– Tu n'as pas l'air plus enthousiaste que ça... Et moi qui pensais commencer par celui qui consiste à insuffler de sa magie à l'autre. Cependant, ce ne serait pas comme la dernière fois. Il s'agirait d'un échange, pas d'une expulsion. Je te donnerai de la mienne contre de la tienne.
Cela signifiait à priori qu'il allait sucer son doigt et réciproquement.
– Oh, fut tout ce que trouva à dire Zibulinion.

lundi 3 mars 2014

Le garçon fée - 168

– Ne me regarde pas avec ces yeux suppliants... Je vais tout te dire, même si je ne suis pas fier de moi. Ma dernière bêtise en date, c'est d'avoir crée l'illusion de Dalynaida dont j'ai usé et abusé. Avant cela, à ton retour de Daroilak, je t'ai rendu visite dans ta chambre et j'en ai profité pour te regarder dormir. Et je t'ai aussi examiné et constatant ton épuisement, j'ai magiquement arrangé ça...
– Alors, c'est pour ça que je me portais comme un charme après... Ce n'était pas seulement les heures réparatrices de sommeil !!
– Oui... Autrement, tu te rappelles au bal de l'année dernière, parmi tes quatre partenaires...
– Celle qui a voulu danser avec moi parce qu'elle en avait envie, c'était vous ! s'écria Zibulinion.
Relhnad acquiesça. Son air embarrassé était adorable.
Zibulinion repensa soudain au contenu des rêves de son professeur et s'empourpra. Il aurait aimé qu'ils s'embrassent en vrai. Hélas, Relhnad ne semblait pas en avoir l'intention. Même en sachant que Zibulinion l'aimait en retour, il avait tu les sentiments qui agitaient son cœur et quand il était Dalynaida, il s'était montré décourageant... enfin, à moitié seulement.
Zibulinion attrapa bravement la main de Relhnad et la serra dans la sienne.
– Je vous aime, déclara-t-il encore une fois.
– Nous ne pouvons pas être plus qu'élève et professeur. Que Dame Nature me pardonne ! C'est pour ça que je ne voulais pas que tu saches parce que maintenant, je ne sais pas comment je vais me retenir de te prendre dans mes bras.
Que Relhnad craque, c'était tout ce que demandait Zibulinion qui avait déjà usé de tout son courage en s'emparant de la main de son professeur. Cette chaleur entre ses doigts, il aurait voulu la garder à tout jamais, mais Relhnad s'arracha à lui en se levant brusquement du lit et se mit à faire les cent pas.
– J'ai toujours pris soin de cacher mes préférences pour la gente masculine pour ne pas perdre mon poste à Valeaige. Un fée doit épouser une fée, je m'y étais résigné. Il y a trop peu d'entre nous... Cependant, malgré les pressions de mon entourage, j'ai toujours repoussé ce moment de me marier et de mettre mes désirs entre parenthèses... Et tu es arrivé, innocent et charmant, ébranlant ma résolution de rentrer dans le rang ! Pourquoi as-tu été espionné mes rêves ?!
Devant ce regain de colère, Zibulinion ne sut comment réagir. Il était heureux de se savoir aimé et  triste que cela cause du tourment à Relhnad, mais il ne regrettait pas l'audace qui l'avait poussé à pénétrer dans les songes du professeur de sorts. Pour être avec lui, il se sentait à braver mille tempêtes.
– Dans deux ans, j'aurai fini l'école...
Et cela ferait un tabou de moins entre eux.
– Nous serons toujours du même sexe et nous aurons toujours autant d'années d'écart, soupira Relhnad.
Dans sa poitrine, le cœur de Zibulinion battait si fort qu'il en avait mal. Même en sachant que Relhnad avait des sentiments pour lui, aimer de loin était dur. N'y avait-il aucun moyen pour qu'ils soient ensemble ailleurs que dans les rêves ? Aucune magie ?
– Tu es en train d'utiliser tes pouvoirs... Que fais-tu ?
Zibulinion sursauta, car il n'en avait pas eu conscience. Pas un mot n'avait franchi ses lèvres. Il n'avait formulé aucun sort... C'était ça la magie mentale ?
– Je ne m'en rendais pas compte.
– Tu es incroyable.
Zibulinion rougit, le ton de Relhnad ne laissant aucune ambigüité sur le fait que c'était un compliment.
Le silence tomba entre eux et ils se regardèrent.  Les paillettes d'argent dans le bleu des yeux de Relhnad étincelaient.