vendredi 11 octobre 2013

Le garçon fée - 79

– Désolé, monsieur. Zurmmiel a été étonné parce que j'ai une nouvelle baguette.
Relhnad demanda à la voir. Zibulinion hésita, craignant que le professeur devine que sa baguette était toujours la même, puis la tendit. Relhnad la fit tourner dans sa main albâtre et la reposa sans mot dire sur la table de l'adolescent. Il conseilla à tous les élèves de s'habituer aux changements de baguettes qui étaient plus que normal vu leurs âges : leurs goûts allaient évoluer avec le temps, les poussant vers d'autres décorations et leurs premiers bâtonnets s'user. Après quoi, il reprit le fil de son cours. 


Zibulinion pendant deux jours à l'heure du dîner s'attendit à recevoir une convocation de Relhnad qui ne vint pas. A priori, le professeur de sorts n'avait rien vu dans la baguette de Zibulinion qui vaille la peine d'en discuter.
Zurmmiel et Joathilde se montrèrent en revanche curieux, voulant savoir quand et comment l'adolescent se l'était procurée. L'adolescent mentit et raconta l'avoir acheté durant les dernières vacances sans avoir osé s'en servir jusque là. Les deux enfants le crurent et admirèrent sa nouvelle baguette.
Après coup, Zibulinion regretta de ne pas leur avoir dit la vérité. Il craignait en parlant, finir par trahir son autre secret.
Il n'avait pas encore repris son illusoire apparence féminine depuis qu'il avait peiné à la dissiper, mais il avait envie de recommencer, car c'était agréable de ne pas attirer l'attention. 

Durant le week-end, il retenta. Cette fois, il n'y eut pas l'ombre d'un souci et Zibulinion passa de plus en plus de temps caché son sous illusion de jolie fée blonde.
Même le matin, quand il se levait aurores pour éviter de dévorer Folebiol des yeux quand il s'habillait, Zibulinion prit l'habitude d'activer le sort d'illusion.


Un après-midi, il faisait tranquillement ses devoirs quand des éclats de voix lui firent lever la tête.
C'était Waltharan. Une fée ravissante était accrochée à son bras, battant des cils, une autre, tout aussi adorable était collée à lui.
– Lâchez-moi à la fin ! Étudier en paix, c'est trop demandé ?!
– Tu es si cool quand tu te mets en colère...
Zibulinion baissa les yeux vers son livre, puis comme Waltharan ne se dépêtrait pas des deux filles qui semblaient sourdes à son besoin de calme, il lança :
– Vous dérangez avec votre boucan ! Si vous ne voulez pas travailler, allez ailleurs.
Les deux fées piquées au vif, délaissèrent Waltharan pour venir dire ses quatre vérités à Zibulinion.
– C'est pas parce que tu es une fée de 12ème année que tu as le droit de faire la loi !
L'adolescent se dit qu'il aurait sans doute mieux fait de ne pas s'emmêler. Voyant que Waltharan qui s'éclipsait, il supporta les reproches des deux fées pendant quelques minutes pour finir par leur donner raison, ce qui les coupa dans leur diatribe. Elles se rengorgèrent, fières de l'avoir emporté sur « l'enquiquineuse », avant de constater la disparition de Waltharan.


Quelques jours plus tard, Zibulinion, toujours sous son apparence de fée blonde, sentit qu'il était regardé. Craignant que son secret n'ait été percé à jour, il chercha à repérer qui l'observait et découvrit que Waltharan était assis juste en face de lui.
Zibulinion replongea aussi sec dans son livre, se rassurant : il n'y avait pas de raison que l'adolescent se soit rendu compte de quoique ce soit. Et pourtant, l'intensité avec laquelle il le regardait empêchait Zibulinion de se concentrer sur ce qu'il lisait.
Il envisageait de changer de place quand Waltharan lui adressa la parole:
– Je crois que je t'avais mal jugée la première fois. Tu avais peut-être une bonne raison d'attendre devant notre dortoir. Tu as un frère qui y réside peut-être ? Oh et merci pour l'autre fois, tu m'as sauvé de deux pots de colle.
– De rien, elles m'empêchaient de lire.
– Moi aussi, désolé... Tu es tellement concentrée que c'est impressionnant. Tu as mis un moment à te rendre compte que j'étais là. Tu t'appelles comment ?
Zibulinion qui n'avait pas réfléchi à un nom pour son illusion féminine fut bien embêté.
– Quelle importance ? répliqua-t-il pour gagner du temps.
– Tu m'en veux de t'avoir crié dessus la première fois qu'on s'est rencontré ?
– Euh... Non.
– De te déranger dans ta lecture, alors ? J'espère que tu me diras ton nom la prochaine fois qu'on se verra, dit Waltharan en se levant de sa chaise.
Zibulinion ne répondit rien. La situation était très étrange. C'était bizarre de refaire connaissance avec Waltharan comme s'il était une autre personne.

jeudi 10 octobre 2013

Le garçon fée - 78

Zibulinion décida que puisqu'il avait été capable de créer une illusion si géniale qu'elle trompait même le professeur de sorts, il devait être à même de s'en débarrasser. Il retourna dans les toilettes, s'aspergea le visage d'eau, inspira à fond, expira, et prononça les mots pour rompre l'illusion le plus distinctement possible, le cœur battant à cent à l'heure. Enfin, cela fonctionna.
La tension de Zibulinion retomba d'un coup, le laissant épuisé comme s'il avait couru un marathon. Il gagna le dortoir où tout le monde dormait.
Mais son absence avait été remarquée. Le lendemain matin, Folebiol lui demanda ce qui lui était arrivé, ce qui fit plaisir à Zibulinion qui prétendit avoir oublié l'heure à la bibliothèque.
Juycylli le punit :
– Tu as dépassé le couvre-feu sans raison valable. Comme lire est un plaisir pour toi, je t'interdis d'ouvrir un livre pendant trois jours, sauf en cours.
Zibulinion aurait pu tricher et lire sous son apparence féminine, mais il éprouvait le besoin de faire une pause avec ça après ses difficultés de la veille et en profita pour pratiquer les sorts qu'il connaissait par cœur.
Comme il pleuvait des cordes dehors, Zibulinion s'entraînait gentiment dans un couloir désert quand sa baguette lui brûla la paume de la main.
Surpris, il la lâcha et elle roula sur le sol. Son bout tordu se redressa. Elle parut se vider de l'intérieur et le marron cuivré finit par disparaître. Le bâtonnet s'était métamorphosé en verre. Zibulinion, les yeux écarquillés, se baissa pour récupérer la baguette qui avait repris sa température normale, mais ne ressemblait plus du tout à celle qu'il avait acheté.
Zibulinion s'empressa de l'utiliser pour effectuer un nouveau sort. Une fleur apparut sans problème. La baguette marchait toujours. Son sort d'embellissement devait être responsable du changement. Il avait fonctionné avec un temps de retard, voilà tout. Zibulinion s'en réjouit et reprit son entraînement.
Au bout de cinq sorts, il constata que quelques paillettes d'argent flottaient désormais à l'intérieur du bâtonnet de verre : la mutation de sa baguette n'était à priori pas terminée et était probablement à l'origine de son incapacité temporaire à se défaire de son illusoire apparence la veille.


Jeudi, en cours de sorts, Zurmmiel qui était assis à côté de l'adolescent poussa une exclamation de surprise quand il vit la baguette de Zibulinion.
Relhnad qui était en train d'expliquer l'exécution d'un nouveau sort, se tut et s'approcha de leur table.
– Que se passe-t-il ? Vous ne comprenez pas ce qui est dit ?
Son ton était aimable, mais quelque chose dans sa posture permit à Zibulinion de deviner que Relhnad était agacé.
Avant de l'avoir vu excédé quelques jours auparavant, il aurait cru se faire des idées, mais maintenant il commençait à se rendre compte que si Relhnad était merveilleusement beau et extraordinairement gentil, il n'en restait pas moins un fée comme les autres avec ses moments d'énervements et de découragements.

mercredi 9 octobre 2013

Le garçon fée - 77

Neyenje embrassa les deux jeunes filles l'une après l'autre sur la bouche et leur souhaita bonne nuit.
Zibulinion posa brièvement le bout des doigts sur ses propres lèvres. Il avait oublié que Neyenje distribuait les baisers facilement, que cela ne représentait pas grand chose pour lui... Il avait été vraiment bête de se sentir un tant soi peu spécial parce que Neyenje l'avait embrassé.
Neyenje lui adressa un beau sourire.
– Tu m'attendais ?
Sans se soucier de la réponse, Neyenje se pencha et gratifia Zibulinion d'un très léger baiser avant d'ajouter :
– Maintenant, il est l'heure d'aller se coucher. Dépêche-toi de gagner ton lit avant d'avoir des ennuis.
Zibulinion voulut le retenir, mais Neyenje avait déjà disparu dans le dortoir. Zibulinion réalisa alors qu'il avait compté sur le jeune homme pour le sortir du pétrin, excepté que ce joli cœur ne lui en avait pas laissé le temps. Lui non plus n'avait pas compris que la fée blonde aux yeux noisettes n'était qu'une illusion derrière laquelle se cachait Zibulinion et ce, alors même qu'il l'avait embrassé !! Il était d'ailleurs culotté de faire ça sans même être certain que la fille était là pour lui et pour ça !
Zibulinion secoua la tête. Cela ne servait à rien qu'il reste traîner là. Aller à l'infirmerie ? C'était la fin de son secret et puis, à quoi bon ? La dernière fois qu'il avait eu un souci, l'infirmière n'avait rien pu faire. Celui qui l'avait guéri, c'était Relhnad. Bien sûr ! C'était lui qu'il fallait consulter. A coup sûr, il saurait briser l'illusion. L'adolescent fila en direction du bureau du professeur de sorts.
Une fois devant, il se dit qu'à cette heure tardive, il ne devait plus y être, mais après avoir essayé une dernière fois de mettre fin à l'illusion sans soucis de se cacher, il toqua quand même, n'ayant rien à perdre.
La porte s'ouvrit sur un Relhnad toujours aussi beau, mais aux traits tirés qui déclara d'une voix lasse :
– Vous me pistez jusqu'à mon bureau, maintenant...
C'était comme un écho à Waltharan.
– Je... commença Zibulinion, prêt à exposer son problème.
– Tu devrais être à ton dortoir. Ce n'est plus l'heure de poser des questions dont la réponse ne t'intéresse pas ni de me jeter des sorts pour me séduire.
Relhnad matérialisa sa baguette, la fit tourner et Zibulinion se retrouva devant ce qui ressemblait fort à l'aile de l'école où se trouvaient les dortoirs des filles. Relhnad l'avait magiquement téléporté, comprit l'adolescent vaguement nauséeux à cause du brutal déplacement. Il s'était débarrassé d'« elle » avec efficacité. C'était là un nouveau visage du professeur de sorts, un Relhnad excédé par ses élèves qui le poursuivaient de leurs assiduités. Être trop beau avait peut-être aussi des inconvénients. Zibulinion n'y avait jamais réfléchi. Tout cela ne résolvait hélas pas son problème. En tout les cas, Relhnad n'avait à priori pas vu à travers son illusion qui décidément était sans faille. En même temps, il l'avait expédié si vite ailleurs...