mardi 8 octobre 2013

Le garçon fée - 76

Après un travail de recherches, Zibulinion opta pour un sort d'altération de voix moins coûteux en énergie magique et beaucoup moins compliqué qu'une voix illusoire.
Son objectif atteint, Zibulinion repartit en quête d'une manière d'embellir sa baguette magique. Comme il ne trouvait rien qui ne le satisfaisait vraiment dans les manuels de décorations de baguettes, il mit le nez dans d'autres livres jusqu'à tomber sur un bouquin de plusieurs siècles qui lui donna l'idée de combiner différents sorts.
Ensuite, à l'abri des regards, dans les bois, malgré la pluie, il lança le sort qu'il avait mis au point sur sa baguette. Un halo orangé entoura le bâtonnet marron cuivré, vira au jaune, au marron, puis au violet avant de s'éteindre sans que la baguette n'ait changé d'un poil. Zibulinion, déçu, prit son apparence de fille et rentra à l'école pour consulter de nouveaux livres sur les baguettes.
Il y était toujours quand la cloche du dîner sonna. Zibulinion fila dans les toilettes mixtes. Seulement, une fois enfermé au cabinet, il ne put rompre le sort d'illusion. Il essaya avec et sans sa baguette. Rien ne fonctionnait. Il commença à paniquer. S'il avait dépensé tout son énergie magique pour la journée, l'illusion n'aurait-elle pas dû se dissiper d'elle-même ? Avec son sort expérimental sur sa baguette avait-il commis une grosse bêtise ? Zibulinion, de plus en plus angoissé, s'efforça encore et encore de briser l'illusion.
Comme il n'y arrivait pas et qu'il étouffait coincé entre les quatre murs du cabinet, il ressortit. Il avait raté le repas, ce qui n'avait rien de dramatique vu qu'il avait l'appétit coupé par l'angoisse. C'était à présent l'heure de regagner le dortoir, sauf qu'il n'avait pas sa place dans celui des garçons tant qu'il était parée de son illusoire féminine et qu'il doutait pouvoir entrer dans celui des filles où de toute façon aucun lit ne l'attendait.
Les pas de Zibulinion le portèrent malgré tout à son dortoir. Il ne savait pas où aller, ni que faire. Quelques filles rôdaient également, rendant la présence de Zibulinion sous son apparence féminine moins incongrue. Hélas à mesure que les garçons regagnaient leur dortoir, le nombre de filles s'amenuisait.
Le cœur de Zibulinion cogna plus fort dans sa poitrine à mesure que Folebiol se rapprochait en compagnie des quatre autres garçons de leurs âges. Zibulinion se prit à espérer qu'il le remarque, qu'il trouve qu'« elle » était ravissante, ou qu'il le reconnaisse, mais Folebiol ne lui accorda même pas un regard et, même si c'était idiot, Zibulinion en conçut une grande tristesse.
Finalement, il n'y eut plus que lui, la fausse fille, devant le dortoir des garçons. Waltharan en le voyant s'écria :
– C'est pas possible, ça ! Même à cette heure-ci, vous êtes toujours à l'affût ! Il faudrait songer à trouver d'autres centres d'intérêts que la chasse aux garçons !
Son éclat surprit Zibulinion qui était en train de se creuser la cervelle pour trouver une solution. Il savait que Waltharan n'appréciait pas que les filles lui courent après, car il ne l'avait jamais caché, y compris à ces dernières qui ne se décourageaient pas. Pas toutes, en tout cas.
– Je ne suis pas là pour... protesta Zibulinion.
– C'est ça, et moi, je suis le roi des anges ! jeta Waltharan avant de s'engouffrer dans le dortoir.
Lui aussi, il n'y avait vu que du feu. Il n'avait pas reconnu Zibulinion, ce qui confirmait à l'adolescent que l'illusion féminine qu'il avait créée, était parfaite. Le problème, c'est qu'il aurait aimé qu'elle cesse de l'envelopper à présent...
Neyenje, une fée à chaque bras, apparut. Cela devrait être bientôt l'heure de l'extinction des lampes.

lundi 7 octobre 2013

Le garçon fée - 75

Les premières tentatives de Zibulinion échouèrent complètement, les suivantes se révélèrent catastrophiques : ses illusions ne ressemblaient à rien d'humain.
Malgré le temps qui fraîchissait, Zibulinion passait des heures dans la forêt à essayer. Cependant, avant les examens d'automne, il délaissa à contrecœur les sorts d'illusions pour réviser ses cours de deuxième année. Si ses tentatives n'aboutissaient pas, il valait quand même mieux qu'il ait de bonnes notes aux matières auxquelles il était autorisé à participer et en particulier en sort. Zibulinion ne voulait surtout pas décevoir Relhnad, le professeur sans qui la magie lui serait restée une chose inaccessible. Le cours de sorts était d'ailleurs l'un des rares cours où il se montrait encore attentif même s'il avait du mal à s'ôter de la tête son projet de se créer une apparence illusoire.

Durant les vacances d'automne, Zibulinion ne vit aucun des amis fées, même pas en rêve. Neyenje semblait avoir renoncé pour de bon, ce qui soulageait Zibulinion, tout en l'attristant un peu. Tania avait été déçu que l'adolescent n'ait pas invité d'amis, et avait essayé de faire pression sur Alysielle pour inviter Folebiol avec qui elle avait soit-disant sympathisé. Cependant, Alysielle ne s'était pas laissée circonvenir. Zibulinion n'en avait pas été fâché, car en dépit de son envie de passer du temps avec Folebiol, il ne tenait pas à ce que Tania se l'accapare comme la dernière fois. Elle n'avait que treize ans et Folebiol ne voyait que Lavicielle, mais quand même...
Par ailleurs, Zibulinion était fort occupé entre son apprentissage des sorts d'illusions, et ses soins à sa plante, ses pièces et son oiseau qui, Dame Nature soit louée, n'avaient pas bougé en son absence.
Durant toutes les vacances, Zibulinion, muni de sa liasse de notes et d'un petit miroir ovale acheté dans un magasin on ne peut plus ordinaire, s'escrima sur les sorts d'illusions. Au fur et à mesure de ses efforts, alors qu'il n'avait qu'astiqué un brin les pièces, arrosé la plante et caressé la tête de l'oiseau au plumage arc-en-ciel, le nombre de pièces augmenta, la plante poussa jusqu'à atteindre le plafond pourtant haut de sa chambre et l'oiseau grandit.
L'acharnement de Zibulinion paya la veille de la rentrée des classes quand son miroir lui renvoya le reflet d'une fée aux yeux noisettes en forme d'amandes, au teint laiteux, à la chevelure blonde, au nez mutin, à la bouche rose pâle et aux ailes lisses et translucides.
L'adolescent n'eut plus qu'à la dissiper à l'heure du dîner familial. Durant le repas, son contentement fut remarqué. Victor déclara que décidément l'école des fées plaisait à Zibulinion et que cela avait peut-être été une erreur de ne pas l'y envoyer plus tôt. Alysielle qui n'aimait guère être critiquée, même légèrement, riposta qu'elle n'était pas de cet avis. Zibulinion n'intervint pas dans la dispute, et ne précisa donc pas que ce n'était pas tant l'école qui lui plaisait que la magie en elle-même.

Le lendemain, Zibulinion rayonnait toujours. Dans le bus, Zurmmiel lui en voulut presque : pour lui, reprendre le chemin de l'école n'avait rien d'enthousiasmant. Folebiol aussi avait l'air tout content et si Zibulinion s'imagina un instant que c'était de le voir, il se morigéna vite : c'était la perspective de revoir Lavicielle qui devait réjouir son ami.
Dès qu'il put, Zibulinion se para de son illusion de fée adolescente habillée de l'uniforme vert des 12ème année, puis se promena dans l'école. Personne ne se retourna ou ne le regarda. Il n'était qu'une fée parmi d'autres : un confortable anonymat qui le changeait agréablement. Nul ne semblait se rendre compte que la fée blonde aux yeux noisettes n'était qu'une illusion derrière laquelle se dissimulait Zibulinion. L'adolescent demeura toute le reste de l'après-midi ainsi, ne brisant l'illusion dans les toilettes qui étaient mixtes que pour aller dîner au réfectoire.
Le jour suivant, il recommença. La seule manière  de s'entraîner, c'était de répéter le sort et de maintenir l'illusion. Le mardi, le seul cours où il n'était pas exclu était celui de littérature, aussi étudia-t-il à la bibliothèque sous son illusoire apparence féminine quasiment toute la journée, sans que nul ne s'intéresse à lui. Enfin à « elle. »
Le jeudi, en cours de sorts, Zibulinion se demanda ce que penserait Relhnad de son illusion, s'il le féliciterait ou s'il n'y verrait que du feu.
Le vendredi, une fée le bouscula par mégarde dans le couloir, devant la bibliothèque et s'excusa. Zibulinion s'empressa de dire que ce n'était pas grave et la fée le regarda bizarrement avant de lui conseiller d'aller à l'infirmerie, car sûrement, elle avait pris froid. Cet incident permit à Zibulinion de se rendre compte qu'il lui restait encore un détail de taille à maîtriser pour que l'illusion soit parfaite : sa voix.
Zibulinion s'attela à ce nouveau défi avec philosophie. De toute façon, il ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin, dans le futur, il espérait créer une illusion de petite fée pour assister à tous les cours de première année sans exception.

vendredi 4 octobre 2013

Le garçon fée - 74

Les sorciers repartis, Zibulinion fut si absorbé par ses recherches qu'il en devint distrait en cours. Il avait beau avoir pris de l'avance durant  les vacances d'été, son attitude rêveuse lui valut des remontrances de certains professeurs. Bastopod, le professeur d'histoire menaça de l'exclure à nouveau, la professeur de littérature le fit sortir dans le couloir parce qu'il n'avait pas  réagi quand elle l'avait interrogé et celle de vol qui avait été impressionnée par ses progrès à la rentrée, se fâcha parce qu'il ne suivait pas ses instructions à la lettre.
Zibulinion persista. Il avait réuni une liasse de notes colossale, recoupant des informations de différents livres et se sentait désormais prêt à passer à la pratique. Cependant, avant de se lancer, il aurait aimé acheter un miroir de poche afin de voir si ses tentatives fonctionnaient. Utiliser les glaces de la salle d'eau commune était impensable car personne ne devait savoir ce qu'il trafiquait. N'ayant pas la patience d'attendre les prochaines vacances pour s'en procurer, il se mit en tête de se rendre au village non loin de l'école, et comme il ne savait pas où il était situé exactement, il demanda à Folebiol un après-midi s'il pouvait l'y accompagner.
– C'est presque à une demi-heure de vol, tu sais. Il faut un minimum d'endurance.
– C'est bon, je devrais m'en sortir, je vole beaucoup mieux.
– Qu'est-ce que tu veux faire là-bas ? Cela n'a rien de palpitant : un café, un restaurant, une librairie, un magasin de vêtements, une boutique de décorations pour baguettes et quelques maisons.
– C'est juste comme ça, mentit Zibulinion.
– Je t'avoue que je manque de motivation, surtout que j'ai une tonne de devoirs...
Zibulinion n'insista pas, il ne voulait surtout pas ennuyer Folebiol.
Il tenta sa chance auprès de Waltharan qui déclina. Au village, il était impossible de se cacher des filles et il n'avait aucune envie de se faire harceler.
En désespoir de cause, le samedi matin, Zibulinion demanda à Neyenje qui refusa clair et net.
– Laloréa ferait des histoires. J'ai déjà trois rendez-vous de prévus. Mais si tu as besoin de quelque chose pour ta baguette qui, je l'ai remarqué, et toujours dépourvu du plus petit ornement, je pensais prendre un ruban pour mon bébé, donc, si tu veux...
Zibulinion secoua la tête. Il ne pouvait se résoudre à parler du miroir.
Ultimement, il commença sans, à l'abri des regards, dans les bois. Il ne voyait pas son visage, mais il pouvait voir les effets sur le reste de son corps... Il découvrit que c'était encore plus ardu que prévu.
Plus l'illusion différait de l'apparence réelle, plus c'était compliqué. Sans compter qu'il avait du mal à s'imaginer mince et séduisant avec un nez droit et des yeux moins ronds, et se voyait encore moins convaincre quiconque qu'il était arrivé à le devenir sans magie. De toute façon, être un garçon complètement différent, c'était attirer l'attention vu le peu de garçons fées qu'il y avait à Valeiage. La conclusion était qu'il fallait mieux se cacher sous une apparence féminine, de préférence dans ses âges, car paraître plus petit, cela revenait à rendre invisible une partie de son corps, ce qui représentait un niveau de difficulté supplémentaire. Hélas, se créer des seins tenait du cauchemar... Enfin, prendre le visage de quelqu'un d'autre, en plus d'être prohibé, était tout aussi délicat. Zibulinion avait bien sûr caressé la possibilité de devenir le sosie de Lavicielle pour que Folebiol le regarde amoureusement, mais il l'avait repoussée.