jeudi 3 octobre 2013

Le garçon fée - 73

Zibulinion qui s'était toujours efforcé jusque là d'étudier les matières dont il avait été exclu par les professeurs, les mit de côté pour fouiner dans la bibliothèque afin de dénicher tous les livres qu'il pouvait sur les sorts d'illusions et sur des techniques avancées pour améliorer sa baguette.
Plongé dans ses fouilles, il se replia sur lui-même et ne prêta pas attention aux préparatifs du festival de magie qui agitaient l'école.
Ce fut Zurmmiel qui lui rappela qu'ils n'auraient pas cours de la semaine. Zibulinion en fut presque contrarié. Cette interruption dans ses recherches lui déplaisait et il faillit se rendre quand même à la bibliothèque.
Finalement, la curiosité l'emporta et il alla avec le reste de l'école assister à la cérémonie d'accueil organisée pour les élèves sorciers de Daroilak.
D'un bus tous ce qu'il y a de plus ordinaire descendirent des adolescents tout de noir vêtus avec des chapeaux pointus, accompagnée d'un professeur au nez crochu.
Aussitôt, des fées de dixième années jouèrent un morceau de musique tandis que des fées de onzième année s'envolaient dans les airs pour entamer un gracieux ballet. Au même moment des fées de douzième année projetèrent des gerbes de lumières dans le ciel pendant que des neuvième année jetaient des pétales de fleurs multicolores sur les invités. C'était grandiose, excessif et cela semblait plus contrarier les sorciers qu'autre chose.
La directrice prononça un chaleureux discours de bienvenue et annonça le programme du festival : pièce de théâtre, concert, ballet, banquet, concours de cuisine, de chant, de beauté, de vol, arène de combat contre des créatures magiques.
L'accompagnatrice des 40 sorciers et sorcières, tortilla son nez crochu et présenta ses élèves à grands renforts de qualificatifs élogieux. Il y avait autant de filles et de garçons qui, sans être des modèles de beauté comme les fées, n'avaient rien à voir avec les affreux portraits qu'on dressait d'eux dans les manuels d'histoires féériques. Au fur et à mesure, chaque adolescent enfourchait son balai, et montait dans les airs, perturbant le ballet féerique, poussant des cris qui masquaient la musique.
Pendant une semaine, une ambiance folle régna. Les fées s'efforçaient d'emporter chaque concours organisé face à des sorciers qui s'acharnaient également à gagner, mettant un point d'honneur à en prime gâcher les distractions prévues à leur intention, tout cela sous un vernis de cordialité.
Le dernier soir du festival, au dortoir, cela pestait ferme contre les sorciers et contre Charboige qui avait eu le malheur de perdre contre une sorcière le concours de vol.
– Ailes contre balai, ce n'est quand même pas la mer à boire ! D'accord, t'as des ailes grises comme la poussière, mais franchement !
– Un vrai fée n'aurait pas échoué ainsi !
Zibulinion, bien que ne portant pas Charboige dans son cœur, trouva l'accusation injuste. Waltharan n'avait reçu le quart de ses reproches pour avoir échoué au concours de cuisine.  Il intervint, mais personne ne l'écouta, trop occupés à disputer Charboige. Zibulinion le plaignit, comprenant mieux pourquoi le fée brun éprouvait le besoin de se moquer de lui. Ce n'était qu'un retour de ce qu'il subissait des autres fées.

mercredi 2 octobre 2013

Le garçon fée - 72

A son arrivée à l'école, Zibulinion eut la désagréable surprise de se voir remettre une enveloppe rouge liserée d'or : une convocation formelle de la directrice. Même si cela allait lui faire manquer le cours d'histoire, Zibulinion ne put s'en réjouir. Folebiol lui glissa quelques mots rassurants que Juycylli anéantis en précisant que la couleur rouge était synonyme de problèmes.
Pendant que tous les autres élèves prenaient le chemin des cours, Zibulinion, une fois sa robe rose réglementaire enfilée, se rendit au bureau de la directrice en s'aidant du plan de l'école.
Il sut qu'il ne s'était pas trompé de route, en voyant le décor se faire de plus en plus somptueux. Les rideaux en dentelles accrochés aux fenêtres étaient de véritables oeuvres d'art, de même que les peintures aux murs et les tapis au sol.
La gorge nouée, il remit sa convocation à une fée majestueusement vêtue qui lui ouvrit d'un coup de baguette magiques les portes en bois finement ouvragées derrière laquelle se trouvait le bureau de la directrice.
En entrant, Zibulinion fut un instant ébloui par la brillance de la pièce qui étincelait de toutes parts avec ses cristaux, ses ors et ses argents. Quand ses yeux s'habituèrent, il repéra la directrice qui lui tournait le dos, regardant par la fenêtre.
Quand elle se tourna vers lui, Zibulinion se figea.
– Vos résultats sont inacceptables, attaqua-t-elle. Vous négligez certaines matières où vous ne vous donnez même pas la peine d'assister aux cours. Aux premiers examens, je n'ai rien dit, mais comme vous persistez dans cette attitude déplorable, je suis obligée de prendre le temps de vous mettre les points sur les i.
Zibulinion tenta timidement de faire valoir que c'était les professeurs qui l'avaient refusé, mais la directrice ne voulut pas le croire.
– Si ce que vous prétendez est vrai, comment expliquez-vous que vous ne soyez pas venu vous en plaindre ? Non, tout cela ne sont que de pitoyables excuses de votre part. J'ai parlé à vos professeurs et vous séchez sans scrupule. J'ai conscience que votre situation d'adolescent au milieu d'enfants n'est pas évidente, mais ce n'est pas une raison pour vous montrer capricieux. D'ici la fin de l'année, vous avez intérêt à cesser de privilégier  vos matières préférées et d'accorder votre attention à toutes, où je me verrai contrainte de vous faire redoubler.
Zibulinion essaya encore de se justifier. Ce fut peine perdue et il repartit anéanti du bureau de la directrice. Jamais il ne monterait de classe dans ses conditions. Il n'y avait aucun moyen de convaincre les professeurs qui ne voulaient pas de lui de l'accepter, à part peut-être celle de baguette, excepté qu'il refusait de renoncer à son bâtonnet marron cuivré tordu. Il aurait fallu qu'il puisse le rendre méconnaissable et sans toutes ses décorations artificielles. Lui-même avait besoin d'une autre apparence. Et pour cela, seule la magie était possible : un sort d'illusion que nul ne détecterait. Cela semblait impossible, mais Zibulinion se sentait si désespéré qu'il était prêt à tout tenter.
Depuis que les sœurs de Waltharan avaient voulu le gratifier d'un sort d'illusion, cela le travaillait.

mardi 1 octobre 2013

Le garçon fée - 71

Comme il n'y pouvait rien, il se mit à astiquer les deux pièces et continua à étudier, testant des sorts de deuxième année. Pratiquer la magie lui était plus facile depuis que Relhnad lui avait réappris de zéro. Par ailleurs, qu'il maîtrise deux sorts normalement hors de sa portée, lui avait donné confiance en lui. Peut-être qu'en fin de compte, il n'était pas si faible et si nul que ça en magie...
Le nombre de pièces augmenta, nuit après nuit, et Zibulinion tranchant que cela devait être positif, étudia davantage. Il aurait aimé s'acheter d'autres livres de sorts, mais sa tentative pour obtenir davantage de poudre des fées pour en acheter, échoua, aussi se contenta-t-il de ce qu'il avait, apprenant tous les sorts du manuel de deuxième année.
A la fin des vacances, il pouvait remplir trois pots de confiture avec ses pièces, sa plante avait si bien grandi qu'elle était plus haute que lui et son œuf avait éclos, laissant place à un adorable oiseau duveteux aux plumes de l'arc-en-ciel qui bizarrement ne mangeait pas, ne buvait pas et ne salissait rien. Ultime point marquant : en voulant s'entraîner à voler, Zibulinion s'était cogné au plafond. Cela n'avait plus rien à avoir avec les quelques centimètres péniblement grappillés en cours de vol.
La veille de la rentrée des classes, alors que Zibulinion cauchemardait qu'il était perdu dans les couloirs de Valeiage aux lampes à moitié éteintes, Neyenje apparut. Zibulinion, non préparé à sa venue, ne parvint à prendre les rennes de son rêve qu'après avoir été embrassé.
– Je venais chercher ta réponse, mais tu as accepté mon baiser, donc...
– Neyenje ! Tu me prends toujours par surprise ! Et pour le moment, c'est non. Je préfère rêver de celui que j'aime. Sans magie.
Mine de rien, c'était pénible d'agir consciemment dans son rêve alors qu'on était paisiblement endormi dans son lit.
– Je retenterai ma chance plus tard, alors... répliqua Neyenje avant de disparaître.

Le lendemain matin, Zibulinion prit son sac, mais laissa les pièces qui ne cessaient de se multiplier, la plante devenue intransportable et l'oiseau arc-en-ciel qui avait une fâcheuse tendance à gazouiller pour un oui ou un non derrière lui.
Il salua Laloréa et Neyenje qui était assis à côté d'une autre fée, et opta pour un siège au fond où il eut le bonheur d'être rejoint par Folebiol et Zurmmiel quand ces derniers grimpèrent à bord.
– Tu es si content que ça de retourner à l'école ? bougonna Zurmmiel qui n'aurait clairement rien eu contre des vacances d'été encore plus longues.
Zibulinion ne pouvait en effet s'empêcher d'être heureux de retrouver Folebiol en chair et en os après tous ses jours sans le voir.
– Arrête donc de grogner ! s'exclama Folebiol. D'ici trois semaines débutera le festival de magie et les neuvième, dixième, onzième et douzième années affronteront des sorciers de l'école Daroilak.
– C'est à toi que cela plaît puisque tu vas pouvoir participer, grommela Zurmmiel sans se départir de son air renfrogné.
– Plein de cours vont sauter, tu seras également gagnant. Avoue que si cela ne te réjouis pas plus que cela, c'est que les sorciers t'effraient !
– Non, c'est pas vrai !
Vu ce que Zibulinion avait lu sur eux dans les manuels d'histoire, il y avait de quoi pourtant : laids à faire peur, dangereux à souhaits avec leur sortilèges destructeurs et leur goût pour le chaos. Pendant des siècles, ils avaient été en guerre avec les fées jusqu'à finalement les choses se stabilisent et qu'il soit établi que la magie noire ne pouvait exister sans la blanche des fées et vice et versa.
– C'est un événement exceptionnel ? intervint Zibulinion, plein de curiosité.
– Non, c'est une tradition. Chaque année 40 sorciers de Daroilak viennent à Valeiage pendant une semaine en septembre et en deux mois plus tard, c'est 40 fées qui se déplacent à Daroilak. Cet échange a pour but d'en mettre plein la vue aux sorciers !