lundi 5 novembre 2012

A travers les âges - 8


Iol déposa le cadavre du tigre, s'accroupit et commença à le dépiauter. C'était généralement un travail de femme et l'une d'entre elles s'avança pour lui offrir ses services, mais il l'ignora. Il n'avait pas dû saisir ce qu'elle voulait. Kuma, sans s'en rendre compte, se joignit aux autres spectateurs. Iol ne procédait pas exactement de la même façon que celle qu'on lui avait apprise. Le dépouillage achevé, Iol se servit cette fois du racloir et se mit à tanner la peau. Au bout d'un moment, les spectateurs se dispersèrent, car ce que faisait l'étranger n'avait rien d'exceptionnel : les femmes avaient des tâches à accomplir avant la tombée de la nuit et des jeux plus passionnants attendaient les enfants. Finalement, il ne resta plus que Kuma qui ne pouvait se résoudre à laisser Iol seul et pas uniquement parce qu'on lui avait demandé de le surveiller.
Après avoir fini de s'occuper de la peau, Iol s'attaqua au dépeçage de l'animal, divisant ce qui était mangeable et ce qui ne l'était pas. Quand il eut terminé, il plaça un beau morceau derrière son dos, et prononçant des sons gutturaux incompréhensibles, offrit le reste à Kuma. Du moins c'est ce que le jeune homme déduisit. Comme il n'avait rien fait pour mériter pareil cadeau, il conclut qu'il fallait le partager avec le reste du clan et l'ajouter au fruit de leur dernière chasse. Une telle quantité devait de toute façon être fumée pour être conservée. Seulement Kuma ne voyait pas comment il allait pouvoir apporter la viande tout en gardant l'étranger à l'œil. Golo aurait dû assigner quelqu'un de plus à la surveillance de l'étranger. Sauf que bien sûr, Iol n'aurait sûrement pas apprécié... En désespoir de cause, Kuma dérangea ses voisins les plus proches. Ces derniers n'avaient aucune envie d'aider le jeune homme en enterrant les entrailles non comestibles du tigre et en portant la viande à la tente dédiée au fumage. Kuma dut argumenter un moment avant qu'ils acceptent alors même que cette viande serait utile à tout le clan.
Dans le jour déclinant, les voisins de Kuma s'exécutèrent enfin. Le jeune homme retrouva Iol à l'intérieur de la tente. Son cadeau effectué, ce dernier s'était désintéressé de l'affaire et était parti suspendre sa peau de tigre sur une des parois de la tente afin qu'elle sèche.
Kuma renonça à parler de la nécessité d'aller chercher de quoi fabriquer une seconde couche. La nuit était presque là. Avec un soupir, il se mit à défaire sa litière afin d'en créer une deuxième. Cela ne serait pas très confortable pour l'un comme pour l'autre, mais ce serait juste pour cette nuit.
L'étranger s'approcha, secoua la tête et posa ses mains sur les poignets de Kuma avec une délicatesse étonnante en comparaison avec sa face de brute. Le jeune homme se dégagea vivement, surpris par ce contact inattendu. Il écouta Iol lui parler dans sa langue, sans saisir un traitre mot, puis voulut reprendre sa tâche, mais ce dernier l'interrompit à nouveau, en posant cette fois une main sur son épaule. Kuma comprit enfin qu'Iol ne souhaitait pas qu'il lui prépare un couchage. Il n'allait pourtant tout de même pas dormir à même le sol ? Comme pour le détromper, Iol se roula en boule sur la terre battue, se contentant de glisser un coude sous sa tête. Il se redressa ensuite pour voir si cette fois, le message était passé.

vendredi 2 novembre 2012

A travers les âges - 7

Aucune tâche de sang ne souillait le pelage de l'animal, comme si l'étranger lui avait tordu le coup à mains nues, ce qui devait effectivement être le cas à en croire les murmures autour de lui... Kuma regarda ses propres bras, pourtant musclés, songeant avec un brin d'amertume que lui serait bien incapable d'accomplir pareil exploit. Il reporta son attention sur l'étranger. Golo s'était avancé jusqu'à ce dernier et lui parlait, ou plutôt, il essayait, car la communication semblait difficile. Il devait demander à l'inconnu ce que le clan pouvait faire pour le remercier d'avoir sauvé deux des leurs. Les deux hommes gesticulaient depuis un moment, quand soudain, Golo pointa un doigt dans la direction de Kuma, puis lui fit signe de venir. Le jeune homme hésita, se demandant si c'était bien lui qui était appelé, puis approcha. Dès qu'il les eut rejoint, Golo expliqua qu'il souhaitait que Kuma accueille l'homme dans sa tente, puis il donna son nom à l'étranger dont le côté brute était encore plus évident vu de près. Le jeune homme esquissa un sourire grimace, sachant parfaitement que si Golo voulait qu'il se charge de l'étranger, c'était parce que personne ne partageait encore sa tente toute nouvellement acquise suite à sa chasse initiatique. 
L'étranger frappa son propre torse et d'une voix gutturale, déclara « Iol.» Kuma comprit que c'était son nom en même temps qu'il réalisait que l'étranger ne parlait pas du tout leur langage. Golo l'enjoignit à bien s'occuper de l'étranger et bien sûr à le surveiller. Iol avait certes gagné le droit de rester avec eux, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il fallait lui faire confiance. Kuma, par gestes, invita Iol à le suivre. L'étranger ramassa le cadavre du tigre sans effort apparent, puis lui emboîta le pas. Des curieux l'imitèrent, ce qui agaça Kuma qui essaya de les renvoyer à leurs affaires. Cela devait être gênant pour l'étranger d'être scruté comme si une corne lui avait poussé au milieu du front. Certes, il était physiquement différent et avait accompli un acte héroïque, mais cela ne méritait pas qu'il demeure au centre de l'attention. La tentative pour chasser les curieux échoua. Les femmes comme les enfants se moquèrent de l'éclat de Kuma.  Durant toute la scène Iol resta impassible, attendant son fardeau calé sur l'épaule que le jeune homme se remette en route.
Kuma s'efforça de ne plus se préoccuper du cortège de curieux et conduisit Iol à sa tente. Là, il le fit entrer et tâcha de lui expliquer qu'ils allaient partager cette habitation jusqu'à nouvel ordre. Le regard de Iol passa de la litière de paille et de fourrures collée au pan opposé à la porte aux armes et outils déposés autour du pilier central, puis il s'empara d'un couteau  en os et du racloir en silex et ressortit de la tente pour la plus grande joie des curieux qui n'étaient pas encore partis. Kuma qui réfléchissait à comment lui faire comprendre qu'ils allaient devoir ramasser des herbes sèches pour confectionner une seconde couche, n'eut d'autre choix que de retourner dehors.

Retour...

Mes soucis de santé ne sont pas finis, et en partie pour cela, mais pas que, je suis très déprimée... Malgré tout, je n'ai pas envie de renoncer à écrire, alors je reprends la plume, le stylo et le clavier, sans garantie en revanche de rythme, même si bien sûr je vais continuer à essayer de poster du lundi au vendredi.