lundi 12 décembre 2011

Lykandré - 125

Dans le ciel étoilé, le croissant de lune voilé par un nuage luisait doucement. Lykandré s'avança dans le village au milieu des maisons. Il n'y avait pas un chat dehors et les fenêtres allumées ne laissaient voir personne. L'homme loup s'arrêta sur une petite place ronde près d'un arbre et jeta un nouveau coup d'œil à la lune. Elle était dégagée à présent et son éclat donnait envie de lui dédier un chant. Il ôta ses habits rapidement, sans se soucier de la morsure du froid et le visage tourné vers le ciel, il se transforma. Sa fourrure poussa drue, son nez devint truffe et à nouveau, il fut un loup. Il entendit alors un hurlement auquel répondit un second. Il y avait du monde finalement. Il partit en trottant pour rejoindre les loup-garous qui s'étaient manifestés.
Il n'eut pas à aller loin. Deux loups aussi grands que Blacky vinrent vers lui. Ils n'avaient pas l'air menaçant, mais ils étaient plein de circonspection.
– Qui es-tu et que veux-tu ?
Tout en regrettant de ne pas maîtriser mieux le langage humain sous sa forme originelle, Lykandré prétendit s'appeler Loulou et raconta la même histoire qu'il avait servi au vieux à la canne.
Pendant qu'il parlait, écorchant malgré ses efforts plusieurs syllabes, d'autres loups apparurent et se massèrent autour de lui. Ils étaient larges et épais, et Lykandré se sentit petit à côté d'eux. Méroé l'avait prévenu. Les loups-garous n'avaient pas le même gabarit que lui. Seuls les jeunes devaient avoir sa taille. Dans ses conditions, son beau plan ne tenait pas la route et bien sûr, il n'y avait pas moyen de s'enfuir vu comme ils l'encerclaient. Il continua à les baratiner, tout en scrutant la foule qui l'entouraient pour voir si, par hasard, Koro n'était pas parmi eux. Rapidement, il arriva à la conclusion que non. Il y avait des loups aux pelages gris, marrons, roux et même noirs, mais aucun blanc.
– Tu as beau t'être métamorphosé comme nous, rien ne nous dit que nous pouvons te faire confiance, déclara finalement un loup dont l'odeur rappelait celle du vieux à la canne qui l'avait accueilli à l'entrée du village.
Des murmures approbateurs parcourent l'assemblée et des babines se retroussèrent.
– Je ne vourrr veux aucun maaal, objecta Lykandré.
Un gros loup marron s'élança sur lui. Lykandré l'esquiva, mais son assaillant revint à la charge soutenu par les encouragements des autres garous. Lykandré évita une nouvelle fois son adversaire  dont les mâchoires claquèrent dans le vide.

vendredi 9 décembre 2011

Lykandré - 124

Même si Méroé et Lykandré ne pouvaient pas se parler véritablement quand ils étaient sous leurs formes originelles, le temps passa trop vite. Une dernière caresse sur la tête du mouton, un bêlement d'au revoir et Lykandré, à nouveau humain, dut partir en compagnie de Tonoshi. Ils marchèrent jusqu'à un arrêt de bus, puis attendirent sur un banc à côté de d'autres gens jusqu'à un genre de camion arrive. Ils montèrent dedans et s'assirent dans des sièges inconfortables. Le bus repartit, s'arrêta quelques minutes plus loin et recommença son manège à plusieurs reprises. Lykandré ne comprenait pas vraiment, mais comme il y avait du monde autour d'eux, il évita d'interroger l'épurateur. Quand ils eurent quittés la ville, les arrêts se firent moins fréquents, et enfin, Tonoshi fit signe à Lykandré de descendre. L'homme loup s'exécuta avec joie, car, dehors les seules traces laissées par l'homme étaient le poteau rouillé marquant l'arrêt et la route fatiguée mangée par les mauvaises herbes. A part ça, ils étaient en pleine nature. Lykandré inspira à pleins poumons l'air froid et vivifiant. Il était tentant de se transformer et de courir dans ce paysage rocailleux. Hélas, il avait une mission à remplir. Dans lumière déclinante du jour, Tonoshi le guida vers une piste à moitié effacée  dans la montagne, lui souhaita bonne chance, et le laissa.
Cela faisait longtemps que l'homme loup n'avait plus vraiment été seul, et il fut content, même si une part de lui ne pouvait s'empêcher de regretter que Méroé ne soit pas à ses côtés. Résister à l'envie de se débarrasser de tout ses habits humains et de se métamorphoser devint en revanche encore plus dur. Néanmoins, il continua à avancer, pestant intérieurement contre ses chaussures qui glissaient sur les cailloux. Ces bouts de cuir n'étaient vraiment pas adaptés pour grimper et marcher à quatre pattes lui aurait permis d'aller plus vite que sur deux !
La nuit était tombée et il avançait toujours, le nez au vent pour ne pas rater le village, quand il repéra enfin des lumières au loin. Il accéléra l'allure et arriva bientôt au niveau de la première maison. Une vieux monsieur au dos courbé, en sortit promptement et l'interpella en martelant le sol de sa canne :
– Holà, étranger, les touristes ne sont pas les bienvenus ici !
– Je suis un des vôtres, mentit Lykandré.
– Je ne t'ai jamais vu de ma vie, et je suis l'un des plus vieux habitants de ce village.
– Je ne viens pas d'ici, mais je croyais pouvoir y trouver un asile et me cacher des laborantins qui me pourchassent, répondit l'homme loup, en se disant qu'il était plus facile de jouer la comédie qu'il ne l'avait pensé.
– Ainsi, tu prétends être également sensible à l'astre lunaire. Ma foi, nous n'allons pas tarder à voir ça, grommela le vieux avant de rentrer chez lui.
Lykandré regarda la lune, se demandant s'il était l'heure qu'il se transforme ou pas. Avec le recul, il regrettait de ne pas avoir fait plus attention au moment exact où Bryan se changeait en Blacky. Il ne voulait pas s'y prendre trop tôt ou trop tard sous peine que les garous du village devinent qu'il n'était en fait qu'un  andromorphe.

jeudi 8 décembre 2011

Lykandré - 123

Muni du sandwich végétarien qu'il avait expressément demandé que Tonoshi achète pour Méroé, Lykandré batailla avec la carte magnétique avant de finir par toquer à la porte, en désespoir de cause. L'andromorphe aux cheveux de neige enveloppé dans un peignoir blanc qui devait appartenir à l'hôtel lui ouvrit.
– Je suis désolé, je n'ai pas réussi à faire fonctionner cette stupide clef plate, grommela Lykandré, furieux contre lui-même d'avoir obligé Méroé à se déplacer alors que ce dernier était blessé.
– Ce n'est pas grave. Raconte-moi plutôt ce qui a été décidé.
Lykandré lui résuma sommairement les choses pour lui faire plaisir, car il était las du sujet, et lui donna le sandwich. Méroé ne fut pas étonné d'apprendre que le plan du loup avait été adopté. Il le remercia de lui avoir apporter de quoi se sustenter et mordit sans attendre dans le pain beurré d'où dépassait des feuilles de salade. L'homme loup se surprit à trouver érotique la façon qu'il avait de manger. Cela lui donnait faim, mais pas de nourriture. Il le savait maintenant qu'il s'était accouplé avec lui. Ce qu'il voulait s'était goûter à la saveur de sa peau crémeuse et lui arracher des gémissements de plaisir. Impulsivement, il se pencha et posa ses lèvres sur le bas de la gorge de l'andromorphe aux cheveux de neige, sur le triangle de peau que laissait voir le peignoir.
– Aller plus loin ne va pas être possible, soupira Méroé. Depuis tout à l'heure, je résiste, parce que je sais qu'avec ma blessure, cela va être pénible, mais je vais bientôt me transformer. De ton côté, n'éprouves-tu pas le besoin de te métamorphoser ?
– Non. Cependant, vu que j'ai passé beaucoup de temps sous cette forme, afin de ne pas être obligé de reprendre ma forme originelle avant d'être au village des loups-garous et que la lune ne soit haute dans le ciel, je ferais mieux de redevenir loup pour un moment. Avant ça, je vais toutefois aller informer Tonoshi pour qu'il puisse s'occuper de toi, répondit Lykandré en se précipitant à la porte de la chambre.
Méroé le retint :
– Attends ! Inutile de te déplacer. Nous pouvons lui téléphoner.
Grâce à Emmeline, Lykandré savait ce que c'était le téléphone, mais pas l'utiliser. Non sans réticence, il avoua son ignorance. Méroé lui demanda de lui donner l'appareil et lui expliqua son fonctionnement avant de passer effectivement le coup de fil. Il suffisait de connaître le numéro de la personne ou dans le cas présent, son numéro de chambre pour la joindre, de taper sur les touches et le tout était joué.
Ayant prévenu Tonoshi, Méroé embrassa Lykandré avec l'énergie du désespoir. Puis, les lèvres encore gonflées par leur baiser, son visage s'allongea, ses os craquèrent et sa blessure saigna à nouveau. L'homme loup passa une main caressante dans sa toison, priant pour que Tonoshi arrive vite. Celui-ci ne fut heureusement pas long à débarquer. Lykandré se transforma alors à son tour. Puis, dès que les soins furent achevés, le loup, indifférent à la présence de l'épurateur, s'allongea tout contre Méroé afin de lui communiquer sa force et sa chaleur. Tonoshi leur jeta un regard curieux, se racla la gorge, et déclara :
– J'y vais. Mais je reviendrai te chercher dans une demi-heure.
– Comprr, grogna Lykandré.