mercredi 23 novembre 2011

Lykandré - 112

Ils s'installèrent tous tant bien que mal dans le salon. Lykandré, redevenu loup, se plaça au pied du canapé, juste sous Méroé. Chveuil et Inuyume, sous sa forme animale, se mirent à côté du loup tandis que Blacky se glissait près du mouton. Tonoshi prit possession d'un des fauteuils, Komori, de l'accoudoir. Emmeline, s'assit dans l'autre et Colibri se percha sur le dossier. L'épurateur fut le premier à prendre la parole :
– J'ai beaucoup réfléchi et je pense que nous sommes recherchés. Je ne sais pas si mes camarades ont survécu à l'attaque organisée par le groupe Trott, mais notre cellule n'est jamais qu'une partie de l'iceberg. Par ailleurs, Komori et ses amis ont faussé compagnie à M.Trott et perturbé l'attaque qu'il avait initiée. Nous avons donc deux groupes de poursuivants potentiels.
– Et peut-être même trois dans le cas de Lykandré, puisqu'il a été revendu par M.Ritahoro au laboratoire du docteur Nakahira et que ce sont des chasseurs d'andromorphes qui l'ont libéré, précisa Blacky.
– Les gens qui nous recherchent, c'est une chose. Moi, ce que je me demande, c'est où pouvons nous aller ! s'exclama Chveuil.
– Techniquement parlant, chacun de nous a un endroit où retourner. Les andromorphes ont le groupe Trott, moi, les épurateurs, Blacky, son clan de loup-garous... répondit Tonoshi.
– Je n'appartiens à aucun clan, coupa Bryan.
L'épurateur haussa des sourcils étonnés.
– Curieux ! D'après mes connaissances, tous les loups-garous vivent en clan, à la différence d'ailleurs des autres garous et c'est pour cela que nous ne pouvons pas les attaquer de façon fructueuse. Ils sont trop dangereux en bande.
– Personne ne m'a jamais parlé de ça.
– Vraiment, mais ta famille ?
– Ce sont mes grands parents qui m'ont élevé et m'ont expliqué que j'étais sensible à lune. Ma mère est morte en couche et mon garou de père, et bien, il l'avait abandonnée bien avant cela. Quant à mon compagnon, Koro, un loup-garou qui a disparu il y a plusieurs mois, il ne m'en a jamais touché un mot non plus.
Le point commun entre le père de Blacky et Koro frappa de suite Lykandré. Les deux loups-garous étaient partis, laissant derrière eux la personne qu'ils aimaient. Emmeline dut se faire la même réflexion, car elle intervint :
– Leurs disparitions respectives pourraient-elles être liées à cette histoire de clan de loup-garous ?
– C'est très probable, répondit Tonoshi.
– Bon, c'est bien gentil tout ça, mais quel rapport avec notre problème actuel ? glissa Chveuil d'un ton acide.
– Tu penses jamais qu'à ta pomme, hein, toi ? grommela Bryan.
– Ce n'est pas comme si quelqu'un d'autre allait le faire pour moi, rétorqua Chveuil.
Cela allait dégénérer en dispute. Chacun avait raison, l'un de s'accrocher à cette nouvelle piste sur la disparition de celui qu'il aimait, l'autre de vouloir trouver une solution pour vivre en toute liberté. Lykandré qui avait trop de peine à s'exprimer sous sa forme animale, se concentra et se métamorphosa pour calmer le jeu.

mardi 22 novembre 2011

Lykandré - 111

– Ta jambe te fait mal ?
– Ça va. Je ne suis pas si faible que tu as l'air de le croire.
L'andromorphe aux cheveux de neige, toujours si doux et si gentil, était fâché contre lui. C'était une évidence.
– Tu m'en veux ?
– De dire à tout le monde que je t'aime et que toi, tu t'en contrefiches ? En effet, cela ne me fait pas plaisir.
– Ce n'est pas ça... commença Lykandré sans achever sa phrase, ne pouvant se résoudre à expliquer qu'il en était venu à parler de ça avec Bryan parce que celui-ci croyait qu'il était tombé amoureux du mouton.
– Alors, c'est quoi ?
Méroé venait à peine de terminer sa question que ses traits se crispèrent. Il se mordit les lèvres. Sa tête s'allongea, son corps s'arrondit, ses bras devinrent des pattes, puis ce fut au tour de ses jambes et il bêla de douleur. Le pansement, complètement défait, tomba, maculé d'un sang rouge et frais. Lykandré fila chercher Tonoshi. L'épurateur, tout en murmurant qu'il n'était pas vétérinaire, vint soigner la patte du mouton. Méroé, hormis quelques bêlements, ne se plaignit pas. Sur ces entrefaites, Inuyume et Chveuil émergèrent de la chambre et vinrent aux nouvelles.
– Mais si cela fait ça à chaque fois qu'il se transforme, il ne va jamais guérir ! s'exclama la femme chien, catastrophée.
– Quand j'ai été blessé, cela a fini par s'arranger, déclara Lykandré plus pour se rassurer lui-même qu'autre chose.
– Mais loulou, ce n'était rien en comparaison et chez M.Ritahoro, tu as bénéficié des soins d'experts.

– Ce que je ne suis certes pas. Cependant, je ne suis pas pessimiste. Cela devrait juste être beaucoup plus long à se réparer, répliqua Tonoshi avant de partir se laver les mains dans la salle de bains.
– Indépendamment de l'état de moumou, la question est plutôt : qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
– On attend que Blacky revienne pour en discuter, répondit Lykandré.
– Et pourquoi donc ? répliqua Chveuil avec humeur.
– Parce qu'il est autant mêlé que nous à cette affaire, expliqua l'homme loup.
– Y-a-t-il à manger ici ? s'inquiéta Inuyume.
Lykandré, après s'être assuré que Méroé n'avait pas l'air de trop souffrir, les conduisit à la cuisine. Hélas, il avait terminé la dernière viande du réfrigérateur et il n'y avait rien qui tentait ses amis dans ce qui restait.
L'arrivée d'Emmeline chargée de sacs, une heure plus tard, arrangea le problème des provisions. Colibri était également présent, et il voleta joyeusement au-dessus de l'homme loup et de la femme chien, piaillant son plaisir de les revoir. Lykandré n'eut plus qu'à refaire les présentations et raconter une fois de plus ce qui s'était passé avec le groupe Trott. L'un dans l'autre, le temps passa vite. Néanmoins, quand Bryan rentra, ils lui laissèrent juste le temps de retirer ses chaussures avant d'aborder l'épineux problème de leur avenir.

lundi 21 novembre 2011

Lykandré - 110

– Je perds espoir. Cela va faire plus de sept mois qu'il a disparu à présent. Soit il lui est arrivé un accident mortel, soit il a fait exprès de s'en aller et ne veut plus me revoir. Et moi, comme un imbécile, je le cherche depuis.
– Pourquoi t'intéresserais-tu à Méroé ? C'est un mouton et tu es un loup-garou.
– Ses cheveux de neige me rappellent le pelage blanc de Koro. Ceci dit, sans vouloir t'offenser, Lykandré, tu n'es pas un simple loup et lui, un bête mouton. Vous êtes des andromorphes.
– Nous sommes surtout des mâles tout les deux.
Bryan poussa un énorme soupir et leva les yeux au plafond.
– Tu sais quoi ? Puisque même te rendre jaloux n'a pas l'air de fonctionner, je renonce à te sortir de tes illusions. J'ose espérer pour ce pauvre mouton que tu finiras par réaliser tes sentiments. Peut-être qu'à la fin de l'hiver, ton corps te fera entendre ce que ton esprit refuse.
– Méroé et moi, un couple, c'est impossible !
Il fallut que la porte s'ouvre à ce moment là sur l'andromorphe aux cheveux de neige, qui accroché à la poignée se tenait sur une jambe, celle qui était blessée ne touchant pas le sol. Il devait avoir entendu, mais il resta digne.
– Je cherche les toilettes, déclara-t-il.
– Tu n'aurais pas dû te lever, grogna Lykandré.
– Je suis venu à cloche-pied, répliqua Méroé avec une certaine froideur.
– Je vais t'y porter, intervint Bryan qui, sans attendre, prit l'andromorphe aux cheveux de neige dans ses bras.
Cette vue ne fit pas plaisir à Lykandré, et un grognement ennuyé s'échappa du fond de sa gorge. Est-ce que Blacky comptait vraiment faire sien Méroé ? Et si c'était le cas, était-ce par jalousie qu'il en était agacé ?
Après cela, l'homme loup dut regarder Bryan porter à nouveau Méroé, cette fois dans la cuisine où ils trouvèrent Tonoshi qui buvait tranquillement un café comme s'il avait été chez lui. Maître Komori avait disparu. Quand Lykandré s'enquit de son absence, l'épurateur ouvrit son gilet noir et ils purent voir une petite forme grise brune qui était accrochée à la doublure.
– Il était épuisé, commenta-t-il.
– Pas vous ? demanda Bryan, tout en servant un bol de lait avec des céréales pour l'andromorphe aux cheveux de neige.
– J'avais besoin de réfléchir. Nous ne pouvons pas rester ici, répondit Tonoshi.
– Nous en discuterons ensemble, ce soir, quand je reviendrai de mon travail.
– Ma foi, je profiterai du délai pour faire un somme.
Son petit déjeuner achevé, Blacky passa un coup de fil à Emmeline, réinstalla Méroé dans le canapé, lui ébouriffa les cheveux et quitta l'appartement. L'épurateur, lui, resta dans la cuisine pour une dernière tasse de café, si bien que Lykandré se retrouva seul avec l'homme mouton dans le salon.