vendredi 18 novembre 2011

Lykandré - 109

Dans le canapé, Méroé n'était pas encore revenu à lui, cependant sa respiration était plus apaisée. Après avoir englouti avec voracité les tranches de jambon, Lykandré prit dans sa main celle de Méroé, et la garda, fascinée par le contraste entre sa peau brune et celle blanche de l'andromorphe aux cheveux de neige.
Dans la nuit, quand l'homme mouton reprit conscience, Lykandré put le rassurer. La balle était ressortie et il était hors de danger. Il lui donna un verre d'eau récupéré dans la salle de bains et les anti-douleurs, se gardant de retourner dans la cuisine dont maître Komori et son épurateur n'étaient toujours pas ressortis. Il lui raconta aussi ce qui s'était passé, sans omettre la relation étrange de Tonoshi et l'homme chauve-souris.
– Ce n'est pas si surprenant que ça. La haine est proche de l'amour et puis, c'est connu, les contraires s'attirent.
Méroé prêchait de façon évidente pour sa propre cause en disant cela.
– Essaie de dormir, dit Lykandré qui voulait éviter que l'andromorphe aux cheveux de neige ne se fatigue à discuter.
Au petit matin, l'homme loup qui s'était assoupi, se réveilla en sursaut et vit Bryan, dans le plus simple appareil, des vêtements sous le bras qui marchait à pas de velours vers la salle de bains. Leurs regards se croisèrent et Bryan lui fit signe de venir. Lykandré, après un dernier regard à Méroé, se releva et le rejoignit.
– Tiens moi donc compagnie pendant que je me prépare avant de partir travailler, murmura Bryan.
Lykandré ne se fit pas prier et prit enfin le temps de résumer les évènements qui l'avait ramené chez Blacky.
A la fin de son récit, Bryan avait eu le temps de prendre sa douche et même de s'habiller.
– Quelle histoire encore ! Je vais téléphoner à Emmeline avant de petit déjeuner pour qu'elle vienne vous apporter de quoi manger et autre, et ce soir, nous aviserons de ce que nous allons faire, car clairement, mon appartement n'est pas assez grand pour loger tout le monde, pas sur le long terme en tout cas. Ni même sur le court. Je ne vois même pas comment vous vous êtes arrangés pour tous vous coucher.
– Maître Komori et Tonoshi sont restés dans la cuisine. Pour ma part, j'ai dormi par terre, à côté du canapé, près de Méroé.
– Tu aimes le mouton, hein ?
– C'est un ami.
Les yeux vert de Bryan pétillèrent d'amusement et il sourit.

– Tu ne t'en rends pas compte toi-même, mais c'est vrai, tu le traites différemment des autres. Tu le dévores des yeux.
– Il me donne faim, même quand j'ai le ventre plein, c'est tout.
– C'est ce que je dis, tu l'aimes. A ta manière, tu le désires.
– C'est ridicule. C'est un ami, comme toi. Pas plus, pas moins.
– Non. Moi, tu n'as jamais voulu me manger.
– C'est parce que Méroé est un mouton, une proie facile. Pas toi.
– Et Colibri ou le type aux oreilles rousses, Chveuil ? En tant que volatile, même exotique, le premier devrait pourtant être à ton goût.
– Ce n'est pas pareil. J'aurais sûrement le même appétit pour un cerf ou un lapin.
– Même quand tu es repu ?
Lykandré ne put l'affirmer. Il n'était pas naturel qu'après avoir mangé, Méroé lui fasse encore envie.
– Tu admets enfin ? reprit Bryan.
– Non.
– Dans ce cas, cela ne te dérangera pas si j'essaye de le séduire ?
– Et Koro ? s'indigna Lykandré.
Le sourire de Bryan disparut et son visage se ferma.

jeudi 17 novembre 2011

Lykandré - 108

– Je suppose que tu vas veiller ton ami. S'il y a besoin, tu peux venir me chercher.
La façon qu'avait l'épurateur de souffler le chaud et le froid était perturbante.
– D'accord, grommela Lykandré en ouvrant la porte du réfrigérateur.
– Je suis désolé de m'être montré mal aimable. Tout ça est très soudain pour moi et communiquer sur un pied d'égalité avec des créatures comme vous, c'est tout nouveau.
Se disant que le couple dans la cuisine n'avait pas dû faire que s'embrasser, Lykandré s'empara d'un paquet de tranches de jambons et répliqua :
– Vous êtes en effet plus habitué à nous tuer.
Comme Komori s'apprêtait à s'en mêler, Tonoshi lui signifia que c'était inutile d'une légère pression sur le bras.
– C'est vrai, mais je n'y ai jamais pris plaisir. La tâche d'épurateur se transmet de générations en générations et on m'a appris qu'il fallait empêcher que la semence des garous et des andromorphes se répande pour éviter qu'à terme le genre humain ne disparaisse.
– Je n'ai jamais demandé à être capable de me métamorphoser ! J'aurais préféré être un simple loup !!
– Je le conçois. A dire vrai, nul ne sait avec exactitude comment son apparus les andromorphes et les garous. Le phénomène est semblable à celui de l'œuf et de la poule. Les premiers sont peut-être à l'origine des seconds, mais l'inverse est également possible. L'influence de la lune sur les garous laisse cependant penser qu'ils sont sûrement à l'origine des andromorphes. Transformés par l'influence lunaire, ils sont allés courir les bois et les champs et poussés par leurs bas instincts, ont copulé avec les animaux dont ils prenaient la forme, si bien qu'à travers les siècles, chez les animaux, sont apparus des êtres hybrides capables de se changer en homme. D'autres pensent que les garous comme les andromorphes sont nés d'unions contre nature entre bêtes et hommes, unions qui par quelque miracle diabolique ont donné naissance à des créatures hybrides.
C'était la première fois que quelqu'un lui donnait des éléments de réponses sur ses origines et Lykandré faillit le remercier. Une méfiance persistance à l'égard de l'épurateur le retint.
– Je vous laisse tranquille. Je vais prendre mon repas dans le salon.
– Tu ne nous gênes pas, objecta Komori.
– Ce serait aussi bien qu'il retourne auprès de son ami, car nous deux, nous avons beaucoup à nous dire, rétorqua Tonoshi.
L'homme loup quitta la cuisine. L'histoire de Tonoshi et Komori était bizarre. A la base, ils étaient ennemis, mais l'amour avait faussé la donne, se moquant une fois de plus du sexe de ses victimes. En même temps, sa propre amitié pour Méroé était curieuse.

mercredi 16 novembre 2011

Lykandré - 107

– Apparemment, la balle a traversé et est ressortie. Je vais pouvoir désinfecter, recoudre et bander proprement. Il ne pourra pas marcher pendant plusieurs semaines, mais devrait se remettre assez vite.
– Et s'il se transforme ? demanda Lykandré qui se rappelait qu'après avoir été frappé par les jeunes à moto, ses métamorphoses avaient été pénibles.
Tonoshi haussa les épaules.
– Il souffrira, je suppose.
– Il y a des anti-douleurs dans le kit, intervint Blacky comme Lykandré paraissait sur le point d'exploser devant l'indifférence de l'épurateur pour la souffrance de Méroé.
– C'est vous qui voyez. En attendant, j'apprécierai avoir un peu d'air pour le soigner. Être ainsi observé me déconcentre. Je suis policier à la base, pas médecin, si je m'y connais, c'est parce que nous sommes souvent blessé durant nos combats contre...
L'épurateur n'acheva pas sa phrase, mais personne n'en avait besoin pour comprendre.
– Je tiens à rester présent, répliqua Lykandré d'une façon qui ne laissait pas place à la discussion.
– Moi aussi, enchérit Komori.
– Pour ma part, je vais aller me coucher. Et pour éviter que le nombre de spectateurs soit trop nombreux, je propose à ceux qui n'ont pas encore dit ce qu'ils souhaitaient de faire de même, déclara Blacky.
La formulation bizarre de la suggestion du garou fit réaliser à l'homme loup qu'il avait omis de faire les présentations. Il répara de suite l'erreur et Blacky conduisit Chveuil et Inuyume dans la chambre à coucher.
Avant que la porte ne se referme sur eux, les occupants du salon purent l'entendre offrir son lit à ses invités imprévus tandis que lui-même s'installerait sur le sol avec des couvertures.
Tonoshi, sous les regards attentifs de Lykandré et Komori s'occupa de Méroé comme il l'avait annoncé quelques instants plus tôt.
Une fois qu'il eut terminé, il partit dans la cuisine se laver les mains, l'homme chauve-souris sur ses talons. Lykandré, lui, s'agenouilla devant le canapé et contempla Méroé qui semblait plus fragile que jamais. Se rappelant qu'il avait faim, l'homme loup décida d'aller se servir dans le réfrigérateur de Bryan. Cependant, quand il entra dans la cuisine, la vue de Tonoshi qui embrassait Komori à pleine bouche l'arrêta. Il n'eut pas le temps de tourner les talons. L'épurateur, bien qu'en apparence très concentré sur le baiser passionné qu'il donnait, l'avait repéré.
– Il y a un problème ?
– Non, je venais juste manger un morceau.