vendredi 13 novembre 2009

Le Suivant du Prince - 11

Chapitre VI : De l'épée à la plume

Les épreuves du deuxième jour du concours angoissaient terriblement Youri. C'est la peur au ventre qu'il se rendit sur la grand place où avait lieu les épreuves. Hier, il s'en était tiré de justesse à l'épée et ce, seulement, grâce à l'aide providentielle du mystérieux Al. Youri doutait que celui-ci soit forgeron, comme ce dernier l'avait prétendu - il avait la main trop blanche et trop douce - mais ne se préoccupait guère de savoir pourquoi il avait menti. Ce qui comptait, c'est qu'il avait passé l'épreuve grâce à lui. En revanche, aujourd'hui, Youri serait seul face à sa copie : il devrait répondre aux questions de culture générale et résoudre les différents exercices sans filet. Puis, il serait obligé de se dépatouiller avec ses maigres connaissances en orthographe pour la dictée. Enfin, il y aurait le poème qu'il faudrait déclamer sans butter sur les mots et en sachant donner le ton juste... C'était quasiment mission impossible songea le jeune homme tandis qu'un page le conduisait jusqu'à sa table. La gorge de Youri se serra en voyant les feuilles de papier blanc, la plume et le petit encrier. Bravement, il s'assit et regarda en direction des spectateurs. Ces derniers étaient évidemment peu nombreux ce matin : qui a envie de voir gratter des gens penchés sur un pupitre pendant des heures ? Tous les candidats n'étaient pas encore présents et Youri sentait l'impatience le gagner quand une voix amicale l'interpella :
– Hey Youri ! Content de voir que tu aies réussi à rester dans la course.
Le jeune homme tourna la tête et constata que Al avait pris place sur le pupitre qui était à côté du sien. Seule une petite allée les séparait pour les empêcher de copier. Les grands yeux outremer de Al pétillaient. Sa présence diminua étrangement le stress de Youri.
– Merci encore pour hier.
– Ce n'était rien.
Ils échangèrent quelques mots, puis un gong retentit. Une fois que les bavardages se furent éteints, un page, à l'aide d'un porte-voix fait en corne, expliqua les conditions et la durée de l'épreuve pendant que les sujets étaient distribués. De nouveau le gong se fit entendre. Youri se mit immédiatement à déchiffrer les questions. Au début, il constata avec soulagement qu'il connaissait les réponses, puis en avançant dans la lecture du sujet, il s'aperçut que la difficulté se faisait croissante. Malgré lui, il jeta un coup d'œil à Al. La plume de ce dernier filait déjà sur le papier et Youri ne put s'empêcher d'envier son aisance. Il poursuivit sa laborieuse lecture du sujet, décidé à évaluer la tâche qu'il attendait avant de se lancer.

mardi 3 novembre 2009

Pause

J'avais prévu de faire la pause un peu plus tard que ça, mais pour des raisons indépendantes de ma volonté - oui, je sais, la formule est clichée - je la commence dès aujourd'hui.

Il n'y aura donc pas de nouveau épisode avant le vendredi 13 novembre.

Mais promis, après cette pause, je reviendrai avec plein de beaux épisodes du Suivant du Prince !

lundi 2 novembre 2009

Le Suivant du Prince - 10

Le prince se mit alors à donner des instructions brèves à Youri, une sorte de cours en accéléré sur les manières de bloquer, de feinter et d'attaquer.
– Pourquoi tu m'aides ? demanda le garçon d'auberge entre deux coups d'épée.
– Parce que tu m'es sympathique et que je participe juste pour m'amuser.
Cette déclaration surprit visiblement le jeune homme qui faillit perdre son arme.
– Tu n'as pas envie de gagner ?
Aldrick eut un bref rire : il imaginait la tête de son Grand Chambellan s'il emportait la victoire. Devenir son propre Suivant, voilà qui ne manquerait pas de piquant ! Néanmoins, organiser ce concours avait un coût, et même pour s'amuser, il n'était pas question d'en arriver là...
– En tout cas, pas contre toi, répondit-il en parant avec aisance une attaque du jeune homme.
– Comment se fait-il que tu en saches autant sur le maniement des épées ?
– Je travaille dans une forge, mentit Aldrick. Et maintenant, concentre-toi ! ajouta-t-il.
Youri se tut et continua à mettre en œuvre les conseils que Aldrick lui donnait. Le combat ne pouvait durer trop longtemps, aussi le prince finit-il par laisser son arme voler dans les airs. Cela ferait une victoire pour le garçon d'auberge... Après, c'était à lui de jouer ! A lui, de se débrouiller !
– Bonne chance ! murmura-t-il à Youri juste avant qu'un nouvel adversaire leur soit attribué.
Gagner était facile pour Aldrick, aussi prit-il un malin plaisir à faire durer plus que nécessaire l'ensemble de ses duels.
Avec cette épreuve, c'était la première journée du concours qui se terminait. Le prince aurait aimé attendre que les résultats soient donnés afin d'être certain que le garçon d'auberge n'ait pas été éliminé, mais il devait se mêler à la foule afin de regagner le château. Il préférait utiliser un chemin qu'à l'aller : c'était plus prudent.
Quand Aldrick entra dans le petit salon princier par une porte dérobée, le visage inquiet de Rudolf Hautcœur fut la première chose qu'il vit.
– Votre Altesse ! Enfin, vous voilà ! déclara le Grand Chambellan avec un soulagement évident.
– Je suis revenu aussi vite que j'ai pu.
– Je me faisais du souci et j'ai envoyé votre frère de lait à votre recherche.
Aldrick imagina le pauvre Léo courbé en deux dans le passage secret qu'il avait emprunté un peu plus tôt. Il allait être de mauvais poil à son retour, songea-t-il avec amusement.
– Ce n'était pas nécessaire. Pas plus que cela ne le sera demain.
– Vous ne comptez tout de même pas participer à toutes les épreuves... Si ?
– C'est mon intention, en effet. Et maintenant, si vous le voulez bien, je vais aller prendre un bon bain chaud.
– Comme il plaira à votre Altesse, répondit le Grand Chambellan en s'inclinant.
Il allait se retirer quand Aldrick le rappela :
– Rudolf ! Embrassez bien votre époux, pour moi.
Le Grand Chambellan s'empourpra, fit une nouvelle courbette, puis disparut. Le prince éclata de rire. Ce cher Rudolf était vraiment trop facile à taquiner !

(Fin du chapitre 3)