vendredi 10 juillet 2009

Cicatrices - Chap 8 : 180°C (6)

Vers une heure de l'après-midi, il eut faim. Vu son état, manger autre chose que de la soupe semblait impossible. Après une fouille en règle dans les placards, il dégotta un sachet de soupe tomate, vermicelles, poulet. Il mit l'eau sur le feu, attendit qu'elle bout, puis versa la poudre. Il touilla pendant quelques minutes, puis, sortit son bol ébréché qu'il affectionnait tant et versa la soupe dedans. Il venait à peine de tremper les lèvres dedans que son mobile sonna. Sans se presser, il alla le récupérer dans son sac, et décrocha.
– Peter ?
La voix grave de Liam surprit le jeune homme. Il avait parié sur un coup de fil de Vicky. Ou de Jack. Voire même de Tom. Pas un instant, il n'avait songé que cela pouvait être l'homme à la cicatrice.
– Oui ?
Sa lèvre inférieure lui faisait mal.
– Ça te dirait d'aller au cinéma vendredi soir ?
Cinéma ? Cela ressemblait étrangement à un rendez-vous et non à un plan sexe. A moins que Liam ne soit du genre à tenter des trucs sexuels dans les lieux publiques ?
– Voir quoi ?
– Enfer au volant. Le réalisateur n'est pas très connu, mais cela devrait être un bon petit film d'action.
A la réflexion, une autre question se posait : se retrouveraient-ils tous les deux ou s'agissait-il d'une sortie de groupe ? Et puis que faisait Liam de son âge qui l'avait tant gêné...
– Peter, tu es toujours là ?
– Ouep. Désolé.
– Tu n'es pas libre vendredi soir ?
Que cherchait l'homme à la cicatrice ? Cela aurait été si bien d'oser poser la question et d'avoir les réponses.
– Si, si.
– Alors ça te dit ? Si tu veux, après, on pourrait aller chez moi.
Peter sentit une pointe d'hésitation dans cette dernière proposition. Son âge devait toujours déranger Liam, à moins que ce ne soit la crainte qu'il soit à présent engagé dans une relation plus sérieuse. Clarence avait-il eu raison en parlant de jalousie ? Impossible de savoir tout ça, à moins de demander.
Une fois que Peter eut accepté, la conversation se termina vite. Le jeune homme n'eut pas le temps de retourner à sa soupe. Son mobile sonna de nouveau. Cette fois, c'était Vicky qui s'inquiétait de son absence. Peter lui promit qu'il lui raconterait tout plus tard.

Prochain Episode : Mercredi 15 juillet

jeudi 9 juillet 2009

Cicatrices - Chap 8 : 180°C (5)

Tom n'avait pas vu l'aspect positif du baiser de Jack. Il avait sans doute pensé quelque chose comme « cela fait cinq ans que je l'aime sans espoir de retour et le premier homme qu'il choisit d'embrasser, ce n'est pas moi ! » Cela ne justifiait pas une réaction aussi violente, mais cela l'expliquait. Toutefois, Peter en avait assez d'être compréhensif. Non seulement on lui avait volé un baiser, mais en plus, il devait se prendre un coup de poing pour ça ! Il se releva lentement tout en maudissant silencieusement Jack et Tom. Il n'était même pas encore onze heures. Dieu que la matinée lui avait semblait longue... Deux jeunes filles arrivèrent en papotant dans le couloir. Elles jetèrent un regard plein de curiosité à Peter dont la lèvre saignait. Le jeune homme fouilla ses poches, en sortit un mouchoir et se tamponna doucement avec, puis il poussa la porte qui menait aux escaliers et croisa Jack qui remontait. Un instant, Peter fut tenté de l'ignorer.
– C'est Tom qui t'a fait ça ?
– Ouep.
Parler était douloureux.
– Mais pourquoi ?
– Mal de parler, fit Peter en désignant sa bouche.
– Aïe. Une chose est sûre, Tom ne mérite certainement pas d'être pardonné.
Peter n'était pas loin de l'approuver.
– Tu devrais peut-être aller te soigner. Tu rentres chez toi ?
– Ouais.
– Tu veux que je t'accompagne ? Ça va aller ?
Peter secoua très doucement la tête, puis acquiesça tout aussi lentement.
– Je t'amène au moins jusqu'au métro.
Toujours à une distance respectable de lui - Peter ne put s'empêcher de le noter - Jack l'accompagna en silence. Avant de le laisser sur le quai, il lui demanda encore une fois s'il était sûr que ça allait. Après que Peter ait opiné, Jack partit, l'air troublé. Pour lui aussi, la matinée avait dû être difficile... Peut-être aussi regrettait-il ce qu'il avait laissé échappé...

Vers midi et quelques, après avoir essuyé nombre de regards en coin de passants curieux, le jeune homme arriva dans l'appartement familial à son grand soulagement. A cette heure-ci de la journée, il était désert. Après avoir ôté ses chaussures, Peter se rendit dans la minuscule salle de bain et put admirer dans la vieille glace les dégâts. Il était franchement pâle et sa peau avait commencé à prendre une jolie couleur violette. Il récupéra la trousse à pharmacie qui se trouvait dans le placard sous le lavabo et regarda s'il trouvait un truc pour arranger les choses. Il n'y avait rien de très adapté, mais Peter se désinfecta comme il put et se mit à imaginer l'explication qu'il donnerait à ses parents. Une porte dans la figure ou une chute, était le mensonge le plus fréquemment utilisé dans les romans. Le jeune homme s'allongea avec bonheur sur son lit et attrapa un livre de détente. Tant qu'à faire de sécher, autant paresser !

mercredi 8 juillet 2009

Cicatrices - Chap 8 : 180°C (4)

Peter pêcha au fond de son sac son portable. Cependant, il n'eut pas besoin de composer le numéro. Son mobile sonna à peine l'eut-il allumé... et c'était Tom.
– Salut vieux ! Je suis désolé de t'appeler comme ça... surtout après mon silence radio et tout... mais par hasard, t'aurais pas vu Jack ?
– Il est juste à côté de moi.
– C'est vrai ? Vous êtes où ?
– Au troisième étage, près de la salle 311.
– Bougez pas, j'arrive.
Peter rangea son mobile.
– Il arrive, dit-il à l'intention de Jack.
Ce dernier semblait lutter contre des sentiments contradictoires.
– Je te laisse, répondit-il en ramassant son sac.
– Jack !
Trop tard, il avait déjà disparu. Peter soupira. Il n'eut guère plus de cinq minutes à attendre pour voir Tom arrivé, tout essoufflé au bout du couloir.
– Où est Jack, vieux ?
– Envolé. Désolé.
Tom passa la main dans ses cheveux blonds, visiblement agité.
– Je te jure, j'ai envie de tuer Raoul ! J'ai entraperçu Jack qui se barrait en quatrième vitesse... J'ai essayé le l'appeler et tout, pas moyen de le joindre... J'ai pensé que peut-être, malgré tout, il s'adresserait à toi...
La panique rendait Tom bavard. Peter interrompit le flot de paroles de son ami.
– Et tu avais raison. Il t'en veut surtout de lui avoir menti aussi franchement sur ta sexualité.
– Comme si j'avais eu le choix...
– Vu que tu avais l'air de savoir pour son oncle, tu aurais peut-être pu lui expliquer la différence entre pédophile et homosexuel. Jack semble prêt à faire de preuve d'une certaine tolérance...
La surprise se peignit sur le visage de Tom.
– Il te l'a dit ?
Peter expliqua brièvement dans quelles circonstances Jack avait fait cet aveu. Tom tiqua de suite sur le baiser.
– Jack t'a embrassé ?
– Ouep. Il s'est essuyé les lèvres après, mais...
– Il t'a embrassé ? répéta Tom d'un air dangereusement sombre.
Le coup partit avant que Peter n'eut le temps de le voir venir. Un goût de sang remplit la bouche du jeune homme qui s'effondra. Tom fit volte-face et l'abandonna là. Il ne l'avait pas raté, songea Peter en bougeant doucement sa mâchoire douloureuse. Peter se rendait compte à présent qu'il connaissait fort mal Tom. Boire quelques verres ensemble, jouer à quelques jeux vidéos, aller au cinéma, discuter de la pluie et du beau temps, cela ne suffisait pas.