vendredi 30 avril 2021

L'androïde amoureux - 69

Jason imagina un instant le bazar que ce serait si le nouvel androïde fabriqué sur le même modèle qu’Alex, tombait également amoureux de Valérian.
Ce n’était pas une garantie que la copie développe les mêmes symptômes que l’original, mais c’était une possibilité qui aurait constitué une expérience intéressante… Excepté que non, Jason ne voulait pas devenir  comme son père et jouer sans remords avec les émotions des autres.
— Non, non ! s’énerva-t-il. Pourquoi, bon sang, en reviens-tu toujours là ? Je suis debout, devant toi, je te parle et tu t’en moques !
Soudain, Alex entra en action. A une vitesse surhumaine, il dévasta l’atelier sans écouter son créateur qui lui intimait d’arrêter. Il ne devait pas avoir envie qu’existe une copie de lui-même.
— Mon travail ! Ne compte pas sur moi pour te réparer ou assurer ton entretien ! s’écria le père.
— Moi, je m’en chargerai, répliqua Jason qui avait remarqué que l’entreprise de destruction d’Alex visait les données plus que les matériaux.
— Et tu m’apprendras, dit Valérian.
— Je ne renoncerai pas à créer l’androïde parfait, le partenaire amoureux idéal. De sexe féminin, cette fois, pour changer, clama son père.
Jason grimaça, réalisant ce qu’il avait nié jusqu’alors : son père était obsédé par son projet jusqu’à la folie.
Au moins, obligé de repartir de zéro, cela lui prendrait des années pour rebâtir un robot.
En attendant, il fallait que Jason accepte qu’aucune relation n’était possible avec son géniteur.
Il avait heureusement un frère, un de métal qui était à côté de ses pompes pour beaucoup de choses, mais qui avait un cœur aimant. D’ailleurs, Jason avait aussi en quelque sorte un « beau-frère » et c’était déjà bien.
— Jason, Alex, rangez donc ce désordre.
— Non, répondit l’androïde qui en était responsable et venait juste de s’immobiliser.
Jason déclina également. C’était fini, il ne chercherait plus à complaire à son père. Il ne l’assisterait plus dans sa folie.
Valérian attrapa la main d’Alex et le tira vers l’escalier. Jason suivit, laissant son père tempêter seul sur l’ingratitude et la bêtise de ses enfants incapables de concevoir la grandeur de ses idées.

jeudi 29 avril 2021

L'androïde amoureux - 68

— Nous libérons Alex, répondit Valérian.
— Toi, ne te mêle pas de ça, tu as encore moins à être dans mon atelier que mon fils.
Son père s’avança vers eux, les poings serrés, le visage menaçant, mais Jason refusa de se laisser intimider.
— Nous avons fait en sorte que tu ne puisses plus accéder à la mémoire d’Alex, que ce soit pour la trafiquer ou espionner les gens, et qu’il n’ait plus à t’obéir comme s’il n’était qu’un joujou, déclara Jason.
— Tu n’avais pas le droit, Alex est mon œuvre, mon bébé, il m’appartient.
— Non, il n’est à personne d’autre que lui-même, répliqua Jason, tout en se demandant si son père le considérait de la même manière.
— C’est vous qui agissiez de manière déplorable en filmant les gens sans leur consentement, intervint Valérian.
— Comment as-tu pu avoir la stupidité de tout révéler à ton camarade, gâchant l’expérience dans lequel j’ai investi tant d’années et d’efforts ? s’emporta son père. Mais je vois qu’Alex est éteint, j’ai peut-être encore le temps de rattraper en partie ta bêtise, ajouta-t-il, en faisant encore un pas supplémentaire vers eux.
Valérian se plaça aussi sec devant le corps de l’androïde alors que Jason avait bien remarqué, au lycée, que la confrontation, ce n’était pas son truc.
Profitant de son courage, ignorant le cri furieux de son père, Jason se dépêcha de relancer l’androïde.
Alex cligna des yeux et reprit vie.
— Détaille-moi les changements principaux que tu as subi, ordonna son père.
Jason retint son souffle.
L’androïde secoua négativement la tête et passa un bras autour de l’épaule de Valérian dans un geste à la fois protecteur et possessif.
— Comment as-tu pu faire ça, Jason ?!
— Ah, tu veux me parler à présent, c’est une première ! Non, que suis-je bête, quand il s’agit de ta précieuse création, tu es toujours prêt à discuter en long et en large… Et moi, dans tout ça ?
Son père remonta ses lunettes sur son nez, l’air soudain las.
— Je ne comprends pas. C’était notre projet.
— Non, c’est le tien, autrement, cela ne te poserait pas de problème que j’ai modifié le programme d’Alex. Si je t’ai aidé, que j’ai participé, c’est parce que sinon, j’aurais tout le temps été tout seul. Tu ne vis que pour ça depuis la mort de maman… Cela ne m’aurait pas surpris que tu construises un robot à son image.
— C’eût été manquer de respect envers elle... Bref, maintenant que tu as rendu Alex inutilisable, je suppose que je n’ai plus qu’à en fabriquer un autre. J’ai encore les plans et le programme…

mercredi 28 avril 2021

L'androïde amoureux - 67

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Jason avait de la peine à ne pas être jaloux de la rapidité avec laquelle l’androïde tapait du code informatique, mais aussi de son lien avec Valérian. Si leur père avait cherché à programmer Alex pour l’aimer, il n’aurait pas mieux fait.
A l’écran, une ligne de code l’interpella. L’androïde était basiquement en train de s’autoriser à avoir des émotions.
— Tu n’as pas besoin d’écrire cela, tu en éprouves déjà, remarqua-t-il.
Alex s’immobilisa.
— Ce n’est pas dans mes capacités, répondit-il.
Jason lui rapporta toutes les choses qui prouvaient qu’il possédait bel et bien des sentiments.
— Partages-tu cet avis, Val ? s’enquit Alex.
L’adolescent noir vint se positionner dans le dos de l’androïde, passant les bras autour de son cou.
— Je pense que tout ton corps est en métal, si ce n’est ton cœur.
Alex attrapa les mains de Valérian et les serra avec une tendresse évidente.
— Formaliser sera bénéfique, affirma l’androïde.
— Et ça, c’est la preuve que tu as des préférences, intervint Jason.
Comme Alex se remettait à l’ouvrage, Valérian voulut s’écarter.
— Non, reste, dit l’androïde.
— Je ne veux pas te déranger, protesta Valérian.
— Ce n’est pas du tout le cas.
Ils étaient totalement amoureux et Jason se sentait comme la troisième roue du carrosse. Il contempla ses baskets. Il était au final, toujours le laissé pour compte.
— Les changements que tu as effectués et les miens étant importants, il se sera nécessaire de me mettre à l’arrêt avant de me rallumer. Jason, quand j’aurais fini, je compte sur toi pour m’installer ma nouvelle programmation.
Jason releva les yeux. Ce rappel de l’androïde qu’il avait un rôle à jouer tombait à point nommé.
Le programme de reconnaissance des émotions d’Alex créé par son père était redoutablement efficace, ce qui était paradoxal quand on songeait que l’homme lui-même n’était pas fichu de prendre en compte ce que les autres ressentaient.
Le silence tomba dans l’atelier, à l’exception du martèlement des touches sur le clavier, jusqu’à ce qu’Alex annonce qu’il avait terminé.
Valérian se décolla alors de lui et Jason se chargea d’éteindre l’androïde pour lui transférer son nouveau programme.
Concentré sur sa tâche, Jason n’entendit pas le grincement de porte annonçant l’arrivée de son père.
— Que faîtes-vous, ton camarade et toi ? tonna-t-il, ses yeux bleus plein de fureur derrière le verre de ses lunettes.