mercredi 30 septembre 2020

Comme les doigts de la main - 13

— Comment ça marche exactement la purification d’une zone ? Comment vous êtes capables de repérer les coins à traiter ? demanda Blaise, rebondissant sur ce que Marin avait dit un peu plus tôt.
Le brun commença à expliquer la façon dont leurs sens sur-développés entraient en jeu pour la localisation et leur élément pour le nettoyage avant que Céleste, comme d’habitude, ne le coupe.
Blaise s’en agaça ouvertement. Il avait besoin de toutes ses informations.
— Pourquoi tu ne le laisses jamais finir ses explications ?
— Parce que c’est barbant et que Marin se prend pour le Schtroumpf à lunettes !
— Cela m’intéresse. Tout est nouveau pour moi. C’est plutôt toi qui est pénible à jouer les petits chefs !
Céleste leva les yeux au ciel.
— J’aurais dû m’en douter que tu étais un des ces gars sans cervelle qui croit que seuls les « vrais » hommes, les grands et musclés, sont à même de diriger.
— Je ne…
— J’en ai assez entendu, coupa Céleste et il s’éloigna sur le champ d’un pas rapide.
Gaïus le suivit, le rattrapa en quelques enjambées, mais ils poursuivirent ensemble leur chemin jusqu’à la maison.
Blaise en éprouva une bouffée de jalousie absurde. Céleste n’était pas son type, et Gaïus non plus. Il avait sucé le premier et avait été baisé par le second, mais cela ne voulait rien dire. Cela avait été juste du sexe, comme avec tous ses coups d’un soir, la fusion bizarre en plus.
— Ils sont en couple ?
La question lui avait échappé.
— Non, mais ils sont amis d’enfance et toujours fourrés ensemble, répondit Marin.
— Certes, mais si j’ai bien compris, ils ne sont pas vraiment compatibles au lit. Ils sont tous les deux du genre actif. Tout l’inverse de moi ! dit Huo.
— Nous sommes tous célibataires et c’est aussi bien pour le moment parce qu’avec l’histoire de mélange de fluides, pas moyen d’être fidèle à un partenaire, déclara doctement Marin.
Il était d’un sérieux à la limite du glacial. Blaise pouvait comprendre que cela fatigue Céleste, ce qui n’excusait tout de même pas tout.
Le blond avait été dans sa tête et aurait pu et dû savoir que Blaise n’était pas bourré de préjugés.
— Nous devrions nettoyer une zone contaminée pour montrer à Blaise comment procéder, annonça Huo, sautant pour ainsi dire du coq à l’âne.
— Ce n’est pas prudent sans Céleste et Gaïus.
— Allons, Marin, sois cool, quelles sont les probabilités que nous tombions sur un des minions du Vide ? Et puis, au pire, nous serons trois, tout à fait à même de nous défendre !
— Blaise ne maîtrise pas encore ses pouvoirs, objecta le brun.
C’était exact, bien que vexant.
Blaise appuya toutefois la demande de Huo et Marin finit par céder.

mardi 29 septembre 2020

Comme les doigts de la main - 12

Les mains de Huo étaient brûlantes contre les siennes.
La transformation se produisit plus vite et Huo se métamorphosa en tigre. Cependant, loin de se montrer menaçant, l’imposant félin frotta sa grosse tête contre la cuisse de Blaise.
Sans réfléchir, Blaise lui caressa la tête en retour. Huo redevint lui-même, excepté qu’à présent, il était à quatre pattes. Ses vêtements étaient toujours là. De façon surprenante, ils n’avaient pas souffert du passage d’homme à animal. Blaise se surprit à le regretter.
— Maintenant, nous savons comment tu peux nous rendre notre apparence. A mon tour, décréta Céleste.
Qu’est-ce qu’il était autoritaire et dominateur sous ses airs angéliques ! Le contraste était bizarrement sexy.
Blaise, après avoir aidé Huo à se remettre debout, s’exécuta et Céleste se changea en une magnifique chouette blanche qui s’envola aussitôt, puis atterrit en hululant au pied de Blaise.
Sans certitude, Blaise supposa que Céleste voulait reprendre forme humaine. Il passa une main hésitante sur les plumes duveteuses et la chouette au plumage neigeux fut à nouveau un blond jeune homme aux yeux bleus.
— Tu devrais aussi t’occuper de Gaïus, dit-il.
Se répétant que le colosse n’était pas plus dangereux qu’un immense ours en peluche, Blaise s’approcha, tâta la fourrure du gros animal.
Céleste se précipita vers le colosse barbu dès que la magie eut opérée.
— Ça va ? C’était bizarre, n’est-ce pas ?
Gaïus acquiesça, puis haussa les épaules. Il devait juger qu’ils n’étaient pas à une bizarrerie près.
— C’était surtout trop cool ! s’exclama Huo.
C’était son cheerleader personnel. Il était adorable.
— Cela va être plus pratique pour assainir kes zones teintées par le Vide, déclara Marin. Veux-tu bien me transformer aussi ? Ajouta-t-il.
Blaise hocha la tête. Il était curieux de voir en quel animal le brun allait être changé.
Cela se révéla être un splendide dauphin dont Blaise de dépêcha de caresser une nageoire de peur qu’il ne manque d’air avant de se rappeler que les dauphins respiraient justement hors de l’eau.
Le pauvre Marin se retrouva étendu face contre terre, le nez dans l’herbe.
Avant que Blaise n’ait pu lui tendre une main secourable, Marin roula sur le côté et se remit debout seul.
Il faut dire que Blaise était fatigué. Utiliser son pouvoir coûtait à priori de l’énergie.

lundi 28 septembre 2020

Comme les doigts de la main - 11

 Comme Blaise demeurait embarrassé, immobile et muet, le colosse fut dans son espace en deux enjambées et lui prit les mains.
Elles étaient plus larges que celles de Blaise, plus douces et chaudes.
— Que…
— Excellente idée,Gaïus ! Le bout des doigts  est l’endroit le plus sensible de notre corps. Si vous les superposez, il y a des choses que le pouvoir de Blaise se déclenche…
Comment Marin avait-il pu deviner les intentions du barbu ? C’était un mystère de plus. Faute de savoir quoi faire, Blaise plaqua ses paumes contre celles de Gaïus.
Le colosse demeura de marbre, ses yeux noisettes comme ses cheveux ne reflétant pas la moindre émotion.
Blaise grimaça. Il se sentait ridicule. Et troublé.
Ne voulant pas donner l’impression de renoncer trop vite, il se força à maintenir le contact.
Rien n’allait se passer, songeait-il encore, quand tout à coup, il se rendit compte que la barbe de Gaïus s’étoffait, ses cheveux poussaient, toute sa pilosité s’emballait. L’homme déjà grand et massif gagnait en taille. Blaise faillit lâcher.
— Ne bouge pas, lui intima Céleste, comme s’il avait deviné son intention.
Gaïus se transformait à vue d’œil. Tout son corps changeait, ses os craquants, son visage se déformant. Il se recouvrit de fourrure et laissa place à un immense ours brun.
Blaise recula, intimidé. La rupture de contact ne brisa pas la métamorphose.
Huo se frotta les mains.
— Ton pouvoir est chouette ! Ou devrais-je dire, ours ? Vas-y, fais pareil pour moi. Je me demande en quoi je vais me transformer… Même animal que Gaïus, un autre… ?
— Vous croyez qu’il est toujours lui-même ? demanda Blaise, ignorant pour le moment le rouquin.
L’ours semblait calme, mais quand même cette magie dont il était priori à l’origine, c’était bizarre.
— Oui, autrement, il nous aurait déjà attaqué, affirma Marin.
— Je dois faire quelque chose pour qu’il redevienne lui-même ? s’inquiéta Blaise.
— Deux choses l’une, soit l’effet va s’arrêter de lui-même, soit tu vas devoir le toucher, paumes contre pattes ou quelque chose dans ce goût-là, répondit Marin.
Huo rejoignit Blaise et lui attrapa les mains.
— Allez, occupe-toi de moi, s’il-te-plaît ! s’écria-t-il en battant des cils.
Il avait un côté sale gosse plutôt amusant. Son insouciance avait par ailleurs quelque chose de rassurant. Il n’avait pas peur des conséquences du pouvoir non maîtrisé de Blaise.