mardi 30 juin 2020

Le fée féminin - 24

— Comment va le malade ? s’enquit  Kewyn.
— Mieux. Mais pas assez pour venir en cours cet après-midi, dit Wycka. Tu vas rater la séance de vol !
C’était dommage en effet, car Xavy s’en était fait une joie. Il n’avait jamais eu l’opportunité de vraiment voler.
Wycka commença à lui détailler les cours qu’il avait raté le matin, se lançant dans une description enthousiaste de la beauté de la professeur d’élégance.
— Tu ne t’arrêtes jamais de parler ? demanda soudain Kewyn. Tu n’as donc pas peur de fatiguer Xavy ?
Wycka s’empourpra.
— Cela me distrait, argua Xavy.
Kewyn leva les deux mains devant lui, en signe de défense.
— Je ne sais pas comment tu fais pour supporter. Je connais pas mal de fées qui évitent la demoiselle à cause de cela.
Wycka vira à l’écarlate.
Xavy se redressa sur ses oreillers et s’énerva :
— Va-t-en ! C’est toi qui est pénible !
Kewyn apparemment piqué dans son orgueil, pivota sur ses talons, à priori prêt à partir, puis fit volte-face.
— Je regrette de m’être fatigué à te défendre auprès de nos camarades, lança-t-il avant de s’éloigner à grandes enjambées, les ailes frémissantes.
— Tu n’auras pas dû te le mettre à dos. Même si c’est gentil de l’avoir remis à sa place, il est dans le vrai. Je ne suis pas très populaire, tout l’inverse de lui.
— Cela ne lui donne pas le droit de dire et faire tout ce qui lui chante.
— Je crains que si… Enfin, il doit quand même se plier au règlement sous peine d’encourir les foudres du directeur. Il paraît d’ailleurs que certaines fées font exprès de mal se comporter pour aller le voir...
Wycka s’attarda jusqu’à la dernière minute, puis s’en fut, laissant Xavy seul avec ses pensées.
Le reste de l’après-midi se tira en longueur et Xavy fut bien content quand vint l’heure de prendre le bus scolaire. Il plaignait les élèves qui ne rentraient chez eux que pour les vacances.
Il ne s’assit pas au fond du bus, mais à côté de Wycka qui évoqua des plans pour le week-end. Kewyn passa dans l’allée entre les sièges sans leur adresser un mot ou un regard.
— A lundi, dit Xavy à Wycka quand ce fut son arrêt.
Il descendit et se dépêcha de gagner la maison familiale.

lundi 29 juin 2020

Le fée féminin - 23

Comme s’en doutait Xavy, la fée infirmière ne put rien pour lui. Par crainte de contrarier ses parents, il préféra ne pas mentionner le fortifiant qu’il avait oublié de prendre.
L’infirmière finit par conclure que son état d’épuisement était lié à ses débuts à l’école.
— Je peux appeler chez toi pour qu’on vienne te chercher.
Il était tentant d’accepter, mais Xavy se retint de peur de décevoir sa mère.
— Je peux rentrer ce soir avec le bus scolaire.
— Oui, bien sûr, c’est possible. Ceci dit, je ne pense pas que tu seras capable d’assister à un seul cours aujourd’hui.
Xavy serait bon pour demander ses notes à Wycka.
Dès que l’infirmière fut partie s’occuper d’autres patients, le laissant se reposer, Xavy appela, non sans difficulté le flacon de fortifiant jusqu’à lui, en prit une cuillère et, quand il en trouva l’énergie, le renvoya au fond de son placard, au dortoir.
Xavy se perdit dans la contemplation du plafond, et finalement, s’endormit.
Ce fut l’infirmière qui le réveilla plusieurs heures plus tard pour qu’il mange.
Xavy se sentait mieux. L’infirmerie était calme, les lits de chaque malade séparés par des cloisons rose pâle.
Il avait peine terminé de manger que Wycka apparut, s’inquiétant pour lui.
Xavy s’efforça de la rassurer.
— Je me suis imaginée que tu avais fait une rechute et que tu allais recommencer à étudier chez toi.
C’était presque cela, en un sens. Apparemment, Xavy ne pouvait pas se passer du médicament, pas même une cuillérée.
Il n’aurait rien eu contre quitter l’école. Suivre des cours en classe n’était pas si extraordinaire que cela, il y en avait plus d’ennuyeux que de captivants. Cela dépendait d'ailleurs moins de la matière que du professeur.
Évidemment, si Xavy s’en retournait chez lui, la compagnie de Wycka et ses bavardages lui manqueraient.
— Tu pourrais me visiter le week-end…
— Oui ! Et pendant les vacances aussi ! Mais quand même, ce ne serait pas pareil ! Là, on peut être tout le temps ensemble ou presque vu que nous ne sommes pas dans le même dortoir…
L’arrivée de Kewyn coupa Wycka dans sa lancée.

vendredi 26 juin 2020

Le fée féminin - 22

Les prévisions de Wycka ne se réalisèrent pas. La particularité de Xavy resta sur toutes les lèvres et le sentiment de ne pas être à sa place grandit d’autant plus qu’il avait du mal avec la foule et le bruit.
Le vendredi matin, Xavy ne réussit pas à se lever de son lit. Il réalisa que, la veille au soir, il avait été si fatigué qu’il en avait oublié de prendre son fortifiant à l’abri des regards. Il en aurait pleuré.
Kewyn s’arrêta à son chevet.
— Ça ne va pas ? Tu as la fièvre ? demanda-t-il avant de presser son front contre celui de Xavy.
— Non...
Kewyn avait tendance à se mêler de ce qui ne le regardait pas et il était horriblement tactile. Il avait toutefois le mérite de lui adresser la parole, plutôt que de chuchoter dans son dos des propos peu flatteurs.
— Tu veux que je t’emmène à l’infirmerie ?
— Va plutôt en cours, en tant que chef de dortoir, c’est à moi de me charger des malades, intervint Wylk, en s’approchant d’eux.
— En tant qu’ami, il me semble que c’est plutôt mon rôle, argua Kewyn.
Cette déclaration d’amitié surprit Xavy. Le fée avait un côté théâtral dérangeant.
— Tu pourras prendre de ses nouvelles à la place.
— Très bien, soupira dramatiquement Kewyn. Prends bien soin de lui, ajouta-t-il avant de quitter le dortoir à présent déserté.
— Tu es en état de marcher ? s’enquit Wylk.
— Je ne crois pas.
— Cela te va si je te porte ? Autrement, je peux aller chercher l’infirmière.
Xavy hésita. De toute façon, cela ne servirait à rien.
Face à son silence indécis, Wylk trancha pour lui et le souleva dans ses bras.
C’était la troisième fois qu’il volait en quelque sorte à son secours et une douce chaleur envahit Xavy. Le blond platiné en douzième année avait quelque chose…
— Ne me regarde pas comme ça ?
— Comme quoi ?
— Comme si tu me trouvais à ton goût ! Je ne suis pas attiré par les garçons, moi, même ceux qui ressemblent à des filles !
Xavy cligna des yeux. Il s’était trompé. Wylk n’avait rien de spécial, et, s’il avait interféré chaque fois que les choses dérapaient dans le dortoir, ce n’était pas pour l’aider, c’était pour accomplir ce qu’il considérait être son devoir.